24/04/2026
LE BOULEDOGUE FRANÇAIS EN 1900
EXTRAIT de la r***e : LE SPORT UNIVERSEL ILLUSTRE N°210 du 28 juillet 1900 pages 474-475
Un petit bijou historique découvert par Mathieu Mauriès
Elevage du Hogan des Vents – Bouledogue français Ancien Type
Evidemment ceux qui suivent le mouvement canin ont sur les lauréats actuels des données suffisantes, mais dans quelques années au lieu de rechercher sur les catalogues les origines, les récompenses, etc, au lieu de feuilleter les chroniques cynégétiques pour retrouver une description plus ou moins faite de chic et une phototypie plus ou moins maquignonnée, ils seront bien content de trouver tous les renseignements chez le secrétaire de leur Club qui n’aura qu’à ouvrir son livre à la bonne page pour avoir sous les yeux le portrait et l’histoire du chien intéressant.
Il est entendu qu’un chien ne doit pas être inscrit sur ce Livre d’Or sans examen.
Dans tout animal il faut considérer le coffre, les membres et le type ; de plus quand l’animal est destiné à un travail il ne peut être déclaré bon qu’autant qu’il a été vu exécutant ce travail de manière satisfaisante.
Examinons pour simplifier les choses une race de chien d’agrément améliorée seulement au point de vue esthétique ; prenons le cas d’un chien très parisien le bouledogue de petite taille dont la production est en ce moment encouragée par une réunion d’amateurs très bien placée pour obtenir des résultats.
Quels sont les éléments actuels de production ? Ce sont des chiens sans origines dûment constatées par des pedigree sérieux. Il ne faut pas croire pour cela que ces animaux soient tous des bâtards, ce serait une erreur profonde, car avant même qu’il existe un Livre d’Origines (L.O.F.) il y avait des amateurs qui conservaient avec un soin jaloux, à l’abri d’unions mal assorties, des races typées. Pourquoi ? Parce que c’était leur goût : « Mon père a toujours eu des petits bouledogues me disait M. Ferrand, il n’a jamais fait couvrir ses chiennes que par des étalons bien établis, et n’a jamais gardé comme reproducteurs que la crème de ses portées ; j’ai fait comme lui, l’amour du chien j’ai ça dans le sang ! »
Tout le monde n’a pas de chiens aussi parfaits que ceux de M. Ferrand, mais en furetant dans Paris je dois avouer que j’ai rencontré quelques amateurs convaincus possédant des petits boules portant sur leur physionomie un cachet très caractérisé de sang pur. Et ces amateurs ne sont pas en général des millionnaires, mais des restaurateurs, des marchands de vins, des maquignons, des cochers, etc, qui ont le sentiment du beau chien et se passionnent pour un élevage pas toujours rémunérateur.
Il me paraît difficile d’inviter ces amateurs à faire une dépense de 10 francs par chien pour l’inscription au L.O.F. mais il est excessivement simple à l’Exposition de Paris d’ouvrir le Livre d’Or du Club à tous les petits bouledogues satisfaisants comme coffre, membres et type à la condition que les propriétaires donneront une photographie en échange de laquelle ils toucheront un diplôme, leur chien sera dit breveté de la Réunion des Amateurs de bouledogues ; il est bien certain que seuls les chiens ainsi désignés à l’attention seront pris comme étalons et comme lices et que l’amélioration de la race se produira dans le sens que désire par le Club.
L’an dernier M. Gordon Benett avait offert des prix importants : l’un d’eux d’une valeur de 200 francs fut gagné par M. Ferrand avec sa jolie petite chienne Bis, mais cette fête n’a pas eu de lendemain et des prix modestes qui ne sont pas en rapport avec les frais d’exposition ont seuls encouragé les éleveurs cette année.
J’ai tout lieu de croire qu’un brevet leur fera un grand plaisir et les aidera à rendre plus fructueuse la vente de leurs toutous.
En ce moment la mode est aux chiens à oreilles droites ; d’ici quelques années la production sera orientée de ce côté certainement. Actuellement les unions entre chiens à oreilles coquilles et chiens à oreilles droites ont été si nombreuses que dans les portées on trouve les deux variétés.
Si le Club se refuse à inscrire les animaux coquillards on les verra disparaître peu à peu dans les expositions et on pourra se convaincre de l’influence d’un Livre d’Or bien surveillé et bien compris.
MARF
NB : dans ma longue expérience d’éleveur de Bouledogue français je constate, même si cela reste extrêmement rare, que 125 ans après cet écrit naissent encore dans mes portées des chiots à oreilles coquilles et que ce trait est transmissible à la descendance.