14/12/2025
D'ordinaire, nous préférons ne pas évoquer l'actualité surtout quand elle est aussi terrible... Mais l'angoisse vécue par des milliers d'éleveurs est aussi la nôtre, il faut que vous le sachiez. Nous avons peur que cette maladie atteigne nos animaux et des conséquences que cela pourrait avoir pour nos troupeaux. En même temps, nous avons surtout peur face à un pouvoir en place qui ne prend pas les bonnes décisions et plutôt que de commenter à notre tour, nous préférons partager cette analyse très juste et mesurée de la situation. L'objectif affiché par le gouvernement et le syndicat principal est de préserver la filière d'exportation en maintenant un statut "indemne de la maladie" sur la plupart du territoire. C'est un objectif économique à très court terme : à long terme notre production de viande et de lait pourrait ne pas s'en remettre et c'est à long terme qu'il faudrait réfléchir...
🔍 DNC en Ariège : ce que la ministre ne dit pas
L’interview de la ministre de l’Agriculture au 13h mérite d’être clarifiée.
Certains passages présentent une réalité très différente de ce que vivent les éleveurs et de ce que disent les données scientifiques.
1️⃣ « La DNC est indétectable et horriblement contagieuse »
La DNC se détecte par PCR et clinique.
Oui, il existe des cas asymptomatiques, comme dans toute maladie virale, mais dire qu’elle est « indétectable » est inexact.
La contagion est réelle mais locale, dépendant des insectes piqueurs.
2️⃣ « 10 % du cheptel français pourrait mourir »
La mortalité moyenne observée est de 1 à 3 % (parfois 5 %).
Le chiffre de 10 % concerne certains troupeaux infectés, pas l’ensemble du cheptel national.
L’interprétation nationale est donc trompeuse.
3️⃣ « Les éleveurs ont accepté l’abattage »
En Ariège, l’éleveur et ses soutiens ont refusé plusieurs jours l’abattage total.
Tous les syndicats locaux ont défendu un protocole alternatif : abattage des seules bêtes malades + vaccination + suivi.
L’acceptation finale a eu lieu sous forte pression, au milieu d’un dispositif policier massif = contrainte
4️⃣ « C’est la seule stratégie possible »
Le cadre européen autorise l’abattage total mais ne l’impose pas systématiquement.
D’autres pays ont privilégié la vaccination élargie ou l’abattage ciblé.
Il existe plusieurs stratégies : la France a choisi la plus dure.
Les textes européens prévoient d'autres alternatives qu'appliquent d'autres pays.
Ce n’est pas une fatalité scientifique : c’est un choix politique.
5️⃣ « La stratégie fonctionne, nous avons éradiqué la maladie »
Oui, certains foyers ont été maîtrisés.
Mais d’autres apparaissent encore (Ariège, Pyrénées-Orientales, Hautes-Pyrénées, Ain).
Parler d’éradication au niveau national est prématuré.
6️⃣ « Pas un centime ne sera perdu »
Les indemnités couvrent la valeur marchande, mais :
pas la valeur génétique,
pas la perte de reproduction,
pas les années nécessaires pour reconstituer un troupeau,
pas les perturbations de trésorerie.
Des éleveurs doivent emprunter pour redémarrer.
Aucune indemnisation ne compense totalement ces pertes.
✔️ Ce que demandent les éleveurs n’a rien d’extravagant
Abattage des seules bêtes malades
Vaccination du reste du troupeau
Suivi renforcé
Indemnisation réelle
Dialogue et transparence
Ce n’est pas de l’irrationalité : c’est du bon sens sanitaire et économique.
📌 Conclusion
Pour apaiser la crise, il faut un discours clair, complet et honnête :
- reconnaître les limites de la stratégie actuelle,
- admettre qu’il existe des alternatives
- écouter les syndicats locaux,
- et accompagner réellement les éleveurs.
La confiance ne se décrète pas : elle se construit, sur des faits pas en envoyant les forces de l'ordre casser la gu**le à ceux qui vous nourrissent.
pierre1911