05/08/2024
"Le petit enfant est rassuré quand sa maman le protège du monde. Il est rassuré et il a raison, car sa génitrice lui garantit protection et sécurité. Cela lui procure un sentiment de paix, source de bien-être. Le petit enfant est donc soumis intellectuellement : il écoute le discours de papa et maman sans jamais le remettre en question. Cela dans son intérêt, car ses parents savent ce qui est dangereux pour lui.
Les personnes soumises intellectuellement sont des adultes recherchant cette même sensation de protection. Elles délèguent leur jugement, leur esprit critique à l’autorité. En elles, les parents sont remplacés par l’autorité. Pour survivre, l’enfant doit inévitablement passer par cette étape de soumission intellectuelle, c’est-à-dire de confiance aveugle dans le récit de « papa-maman ». Néanmoins, pour grandir et prétendre être adulte, il doit la dépasser, s’en affranchir. Il doit viser l’autonomie, la souveraineté intellectuelle, autrement dit la capacité à suspendre son jugement devant le récit de l’autorité ou l’opinion du groupe.
À défaut de quoi, il reste à ce stade de dépendance intellectuelle.
Nombre d’adultes sont à un tel stade. À l’instar des enfants qui délèguent leur esprit critique à leurs parents, ils délèguent le leur à l’autorité. Ils pensent par procuration. On peut alors parler de tutelle intellectuelle, c’est-à-dire du refus de penser par soi-même et de l’attente que l’autorité dicte la bonne opinion. Attitude réconfortante, car elle évite l’effort de penser, permet de faire partie d’un groupe qui pense pareil, empêche de se mettre à dos l’autorité et invite à plaider la non-responsabilité si le récit de l’autorité se révèle faux."
Discours de la servitude intellectuelle
Alexis Haupt Philosophie