Ranch Léonie

Ranch Léonie Ranch Léonie accueille les chevaux en equipiste au Domaine de la Madeleine, 32ha au nord de Limoges.

Ranch Léonie accueille les équidés en pension et leurs humains dans un cadre bienveillant et professionnel avec des installations de qualité : manège, mountail trail, zone de préparation, accès direct à la forêt. Ranch Léonie c'est l'univers du bien-être équin du point de vue du cheval : équipiste sylvestre et pastorale, pâtures avec une grande diversité prairiale, foin maison à disposition, bar à

sel... gestion et apprentissages respectueux de la nature du cheval. Ranch Léonie propose également un accompagnement de la relation équin / humain et du couple cheval/cavalier dans le cadre d'activités avec votre cheval, la formation du cheval basée sur des interactions positives par une équipe professionnelle formée à l'éthologie scientifique appliquée; à l'Equicie, à la physiologie, à la formation équestre du cheval accompagnant l'humain dans les domaines social et médical et à la randonnée. Ranch Léonie c'est aussi l'accueil pour des séjours dans des chalets authentiques, au coeur de la nature dans un univers reposant au plus près des chevaux.

21/08/2026
06/08/2026

Celui que j’ai caché

Cette nuit-là, le silence de l'étable fut rompu par deux souffles nouveaux. Deux petits corps tremblants, encore humides de la vie qui venait d'éclore, se pressaient contre mes flancs. Pendant des mois, je les avais sentis danser en moi. Tantôt l'un, tantôt l'autre. Je ne savais pas qu'ils seraient deux.

Ils étaient là, fragiles, chancelants sur leurs longues pattes malhabiles. Je les ai lavés, l'un après l'autre, inlassablement. Je respirais leur odeur de lait et de paille fraîche, cette odeur qui n'appartient qu'aux nouveau-nés. De mon museau, je les poussais doucement pour les encourager à se dresser. Ils cherchaient mon ventre, guidés par cet instinct ancestral qui lie la mère à son enfant. Pendant cet instant suspendu, nous n'étions que trois au monde, et j'aurais tant voulu que le temps s'arrête là, dans la tiédeur de cette nuit complice.

Mais je connaissais la suite.

J’avais déjà enfanté avant eux. Je connaissais le bruit lourd des bottes sur le ciment au petit matin. Le grincement métallique de la porte qui s’ouvre. Les mains rudes qui saisissent. Et puis, le vide. Je connaissais les meuglements désespérés qui se perdent dans l'indifférence de l'étable. Je connaissais l’attente interminable, cette douleur sourde de chercher un être qui ne reviendra jamais.

Alors, en les regardant tous les deux, la terreur m'a saisie. Je savais qu’au lever du jour, ils viendraient. Qu'ils les verraient. Tous les deux. Je ne pouvais pas les garder. Je ne pouvais pas fuir avec eux. Je n'avais aucun moyen de crier au monde : Ils sont à moi.

Il a fallu choisir.

Comment une mère peut-elle faire un tel choix ? Comment décider lequel de ses enfants restera près d’elle pour affronter l'inévitable, et lequel elle tentera désespérément de sauver ?

J’en ai choisi un. Je l’ai poussé doucement, de la tête, vers la sortie. Quelques pas. Puis d'autres. Nous avons traversé la prairie dans l'obscurité protectrice de la nuit. Il avançait avec peine, s'arrêtant souvent. À chaque pause, je revenais vers lui, je le réconfortais d'un coup de langue, et nous reprenions notre marche silencieuse.

Au bout du pré, à la lisière du monde des hommes, se dressaient les arbres. Je l’ai conduit jusque-là, dans l'épaisseur des taillis, là où j'espérais que leurs regards ne se poseraient jamais. Je l’ai couché dans l’herbe haute. Je me suis attardée un instant, mémorisant sa chaleur, avant de repartir.

Seule.

Il fallait retourner vers l’autre. Celui que j’avais condamné à rester. Celui qu’ils allaient trouver.

Quand l'aube a déchiré le ciel, les hommes sont arrivés. Ils n’ont vu qu’un seul veau. Ils l’ont emporté. Je l’ai entendu m'appeler, d'une voix frêle et terrifiée. Tout mon être hurlait de courir vers lui, de m'interposer. Mais derrière les arbres, un autre petit m’attendait, suspendu à mon silence. Alors, je suis restée immobile. J’ai regardé le premier disparaître, jusqu’à ce que sa silhouette s'efface, jusqu’à ce que sa voix s'éteigne.

Puis, le calme est revenu, lourd et trompeur. Ils pensaient m'avoir tout pris. Ils ne savaient pas.

Chaque matin, après la traite, les portes de la prairie s'ouvraient. Je marchais avec le troupeau, docile, ordinaire. Puis, quand l'attention se relâchait, je m'esquivais. Je traversais l’herbe, le cœur battant, jusqu'aux arbres. À chaque pas, la même angoisse m'étreignait : et s'il n'était plus là ?

Mais il était là. Mon survivant.

Dès qu'il m'apercevait, il se levait, chancelant de joie. Je le lavais de mes larmes invisibles. Il se blottissait contre moi, affamé de lait et de tendresse. Pendant ces quelques minutes volées à la cruauté du monde, tout redevenait simple. L’ombre des arbres, la fraîcheur de l’herbe, le rythme de nos respirations mêlées. Il n’y avait plus de machines, plus de clôtures, plus d'hommes. Il n’y avait que nous deux, clandestins de l'amour maternel.

Mais il fallait toujours repartir. Chaque jour, je l'abandonnais à sa solitude. Chaque jour, je revenais. Et chaque fois que je le retrouvais vivant, une étincelle d'espoir s'allumait en moi : Encore un jour. Encore un jour où je peux être sa mère.

Les hommes, eux, ne comprenaient pas. J’avais mis bas, j’étais robuste, mais mon lait se faisait rare. Ils m'observaient, perplexes. Ils cherchaient la maladie là où il n'y avait que la vie. Mon lait n’avait pas tari ; il nourrissait le secret de la forêt.

Pendant quelques jours, j’avais triomphé. J’avais réussi l'impossible : garder un de mes enfants. Le cacher à la convoitise de ceux qui nous possèdent. Le regarder grandir, ne serait-ce qu'un peu. Peut-être ai-je fini par croire que ce miracle durerait. Que cette fois, l’amour serait plus fort que leurs lois.

Puis, un jour, le vent a tourné.

Les hommes ont marché jusqu’aux bois. Ils avaient deviné. Ils l’ont trouvé.

Mon petit. Celui pour qui j’avais traversé la prairie, tremblante d'espoir et de peur. Celui que j’avais cru pouvoir protéger.

Ils l’ont emmené, lui aussi.

Et cette fois, il n’y a plus eu de secret. Plus d'attente fiévreuse derrière les arbres. Seulement le chemin vide, la prairie indifférente, et les bois silencieux. L’endroit où il m’attendait n'est plus qu'un creux dans l'herbe froissée.

Je suis retournée à la traite. Les machines ont repris leur rythme régulier, aspirant ce lait qui n'avait plus de destinataire.

Je ne sais pas si les hommes ont compris ce que j’avais essayé de faire. S'ils ont perçu la douleur infinie qui m'a poussée à cacher mon propre enfant dans l'ombre d'une forêt. S'ils se sont, ne serait-ce qu'un instant, demandé ce que ressent une mère à qui l'on arrache l'âme, morceau par morceau.

Je sais seulement une chose. J’avais appris, dans ma chair, qu’on me prendrait mes enfants. Alors cette fois, j’avais essayé d'en sauver un.

Et même celui-là, ils n'ont pas su me le laisser.

Combien de cris silencieux résonnent chaque jour derrière les portes closes de nos habitudes ? Cette histoire n'est pas seulement celle d'une vache et de ses veaux. C'est le miroir tendu vers notre propre humanité, nous interrogeant sur le prix de ce que nous consommons, et sur la profondeur des liens que nous choisissons d'ignorer.

06/08/2026

Et si l'on pouvait obtenir une haie sans la planter, simplement en laissant faire les oiseaux ? C'est l'idée géniale de la haie de Benjes, aussi appelée haie sèche ou haie morte — un nom trompeur, car elle grouille de vie.

Le principe, mis au point par un écologue allemand à la fin des années 80, tient en un geste. On plante deux rangées de piquets, et entre elles, on empile tout le bois mort dont on dispose : branches de taille, rameaux d'élagage, feuilles mortes, tiges sèches. On obtient un long andain de branchages, maintenu et aéré. C'est tout. Le plus dur est fait.

Ensuite, la nature travaille seule. Cet amas de bois attire immédiatement les oiseaux, qui viennent s'y percher et y guetter. Et en se posant, ils déposent, dans leurs fientes, les graines des arbustes locaux qu'ils ont mangés alentour : aubépine, prunellier, sureau, églantier. Ces graines, à l'abri des branchages et des prédateurs, germent. Petit à petit, tandis que le bois mort se décompose et enrichit le sol, une véritable haie vive pousse à travers la structure — composée uniquement d'essences locales, parfaitement adaptées, et sans qu'on ait acheté ni planté le moindre arbuste.

En attendant cette transformation, la haie sèche est déjà pleinement utile. Elle sert de brise-vent, de clôture, de limite. Surtout, elle est un refuge de biodiversité de premier ordre : hérissons, crapauds, orvets s'abritent à sa base, les insectes du bois mort la colonisent, les oiseaux y nichent. Et c'est un débouché idéal pour tous les déchets de taille, qu'on n'a plus à brûler ni à évacuer.

En plein champ, cette technique permet même de recréer du bocage sans campagne de plantation. La haie de Benjes, c'est la preuve qu'un tas de bois mort n'est pas un déchet : c'est une haie en devenir, que le vivant construit à votre place.

25/07/2026

Le bocage n'est pas fait que de haies et de talus. Il a un troisième élément, plus discret, qu'on emprunte sans le regarder : le chemin creux. Ces sentiers encaissés, enfoncés entre deux talus plantés, qui serpentent à l'ombre entre les parcelles.

Un chemin creux ne s'est pas construit, il s'est usé. Des siècles de passages de bêtes, de charrettes et de gens, ajoutés au ruissellement de l'eau, ont peu à peu abaissé le sol du chemin sous le niveau des champs voisins. Bordé de ses deux talus surmontés de haies, il s'est retrouvé enfoncé, parfois de plusieurs mètres, dans un tunnel de verdure.

Cet encaissement lui donne des propriétés précieuses. À l'abri du vent et du soleil, entre ses parois végétalisées, le chemin creux est un couloir de fraîcheur et d'humidité, un refuge climatique en pleine canicule. C'est aussi un corridor écologique de premier ordre : fougères, mousses et fleurs d'ombre tapissent ses talus, tandis que les animaux l'empruntent comme une coulée protégée pour circuler d'un bois à l'autre sans jamais s'exposer.

Une précision honnête, car tout n'est pas idéal : orienté dans le sens de la pente, un chemin creux peut au contraire concentrer et accélérer le ruissellement, se transformant en rigole lors des orages. Sa valeur hydraulique dépend, comme pour tout le bocage, de sa position dans le relief. Ce n'est pas un obstacle magique, c'est une pièce d'un système.

Longtemps comblés, élargis ou goudronnés pour laisser passer les engins, les chemins creux ont beaucoup reculé. Les préserver, c'est garder à la fois un fragment de patrimoine, un couloir de fraîcheur et une autoroute pour la petite faune.

Un chemin creux n'est pas un chemin qui a mal vieilli. C'est un tunnel de vie que le temps a patiemment sculpté.

21/07/2026

La nouvelle venant de Pologne résonne en moi comme une libération, non seulement pour ces milliers d'âmes, mais aussi pour nos propres consciences collectives qui acceptent trop longtemps l'inacceptable. C'est une victoire immense quand une nation décide enfin que la loyauté d'un chien ne mérite pas d'être récompensée par une vie passée à regarder le monde passer sans jamais pouvoir en faire partie.

10/05/2026

LES TROTTEURS

Dans les petites annonces de recherche de chevaux, une phrase revient avec la régularité d'une mouche plate sur l'anus d'un poney en plein mois de juillet.
" Tout sauf trotteur".
Une sorte de clause mystérieuse, glissée entre “gentil” et “sort seul en extérieur ”, comme si le trotteur était une option trop dangereuse, une expérience qu'on ne préfère pas tester.
Mais pourquoi ?
Côté santé, ces chevaux ont tout pour eux.
Des pieds solides, un dos qui tient la route, une rusticité presque vexante pour les autres races , pour peu qu’on ne les ait pas pressés comme des citrons dès le départ.
Alors certes , Le trotteur est cheval un peu ... conceptuel.
Quand il trotte comme un deraté , on dirait une grenouille montée sur un vélo , lancée pleine b***e dans une descente.
Quand il galope, il peut, sans prévenir, insérer une foulée de trot sortie de nulle part , n'importe où , n'importe quand. Comme un bug dans le processeur.
Tu demandes un galop, il te propose une interprétation libre d'une figure de capoeira.
Alors oui, ça demande un peu plus de compétence que de s'assoir sur un SF bien calibré sortie d'usine et d'appuyer sur les bons boutons.
Le galop n’est pas une évidence chez lui. C’est une conquête. Un mode à débloquer. Une réunion de crise diplomatique entre ses neurones , ses lombaires et ses postérieurs.
Mais dire qu’un trotteur ne sait pas galoper, c’est comme dire qu’un enfant ne sait pas lire alors qu’on ne lui a jamais appris.
Tous peuvent galoper , certains attendent juste qu’on leur explique.
Et quand on prend le temps…
Là, c'est plus la même limonade.
les trotteurs passés aux crins de verdure ont très vite oublié qu’ils appartenaient à une " sous-race" censée être “limités”.
On a un vice-champion de France en hunter aussi champion de France en CCE, une trotteuse sans titre national mais avec plus de podiums que certains chevaux bardés de papiers, et une autre qui se promène en CCE Pro 2 comme si elle avait lu le mode d’emploi à l’envers.
Et aussi exceptionnels soient-ils , je pense que ce sont surtout des chevaux qui ont croisé des humains qui avaient du temps et de la compétence.
Parce que le trotteur, c’est un miroir assez brutal.
Si tu es pressé, il devient confus.
Si tu es approximatif, il improvise.
Et si tu es patient… il se révèle.
Alors quand je lis “tout sauf trotteur”, je lis un aveu déguisé : “Je n’ai pas le temps.” , “Je n’ai pas envie de chercher.” “Je veux un résultat, pas un chantier.”
Et c’est très bien ainsi ! Mais qu’on appelle ça par son nom.
Le trotteur, ce n’est pas le cheval “facile” mais il a toutes les compétences qu'il lui faut. C’est le cheval qui demande un peu de vous et qui, en échange, vous rend tout… avec intérêts.
Alors non " tout sauf trotteur " équivaut à un
" Sans trop d'efforts " Et finalement, c’est peut-être ça, le vrai problème.

Les crins de verdure

( Livre disponible à la vente sur le lien du profil.)

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