24/03/2026
Article paru dans le journal du Dauphiné Libéré du 16/02/23
Elles dénoncent les « multiples dérives » de la SPA du Chablais
Manque de soins, maltraitance, hygiène « déplorable ». Bénévoles et salariées ont souhaité prendre la parole pour dénoncer une « gestion désastreuse » au sein de la SPA du Chablais. Décryptage.
Dans le milieu de l’aviation, on dit que l’on traverse une zone de turbulences. Une expression que l’on peut relier au quotidien de la SPA du Chablais, secouée par des dissensions en interne qui opposent la direction à une partie des employés et des bénévoles au sein du refuge thononais. C’est ce qui ressort des nombreux témoignages (plus d’une dizaine) qui nous ont été rapportés ces derniers jours.
Animaux gravement malades et laissés sans soins. Locaux inadaptés, insalubres et dangereux. Installations électriques défectueuses. Gestion « désastreuse » de la direction, irrespect du bien-être animal. Voici en substance les griefs dénoncés par voie écrite.
Des accusations qui, en réalité, ne datent pas d’hier. En 2022 une bénévole avait déjà lancé l’alerte par le biais d’un dossier détaillé, photos à l’appui, transmis à la Direction départementale de la protection des populations (DDPP), en charge de la protection de la santé animale. D’autres bénévoles ainsi que des salariées du refuge l’ont récemment rejointe dans son combat.
Comme l’ensemble des témoins cités dans l’article, elle a souhaité rester anonyme. « C’est plus sage, ces gens sont mauvais » explique celle qui a été évincée par la direction, samedi 11 février, informée de ses manœuvres subversives. Celle que l’on appellera Bénédicte raconte, avec ses mots, sept mois d’observations quotidiennes nourries par « une passion inébranlable pour les animaux. » « Il faut que les gens sachent ce qui se passe là-bas ! »
« Mal au cœur de voir des chats crever chaque semaine »
Dans son récit, on apprend que « la sécurité des animaux, des agents et des bénévoles n’est absolument pas respectée », citant des locaux régulièrement inondés et des fils électriques qui pendent « un peu partout ». « Les gamelles d’eau gèlent en hiver, la touffeur est insupportable en été. » Mais un endroit concentre l’essentiel des critiques : la chatterie sauvage. Cet espace, qui fait office de fourrière, accueille les chats trappés à l’extérieur, le plus souvent par des particuliers, et qui n’ont pas pu être remis sur site, pour diverses raisons. Plus de 80 chats (55 selon la direction) y sont « détenus dans des conditions déplorables » confie Aurore*, salariée de la SPA du Chablais.
Contrairement aux chats mis à l’adoption, qui disposent « d’une aire de jeux propre et bien présentée » ceux de la chatterie n’ont pas cette chance. La promiscuité des locaux, leur nombre et leur âge parfois avancé favorisent la prolifération de maladies en tous genres. FIV (sida félin), leucose, coryza ou encore typhus y règnent en maître et se transmettent via les selles et les urines.
Stérilisés à leur arrivée, la plupart des chats ne reçoivent plus le moindre traitement par la suite. « Ils ne sont ni vaccinés, ni vermifugés, ni identifiés. Ils sont livrés à eux-mêmes. » L’insalubrité des locaux joue également son rôle. « L’hygiène fait clairement défaut dans cette SPA. Les sols sont très abîmés et impossibles à désinfecter correctement. Chaque jour, j’ai peur de ramener quelque chose chez moi » confie Léa, une autre employée.
Diarrhées sanguinolentes, vomissements et perte de poids sont les symptômes les plus fréquents avant l’issue fatale. « Récemment on a ramené trois chats à la clinique de la Versoie dans des états pitoyables, qu’il a fallu euthanasier pour abréger leurs souffrances. Cela me fait mal au cœur de voir des chats crever chaque semaine. »
« Il est temps que les choses changent »
Une fois décédés, nos témoins affirment que certains chats sont jetés dans la benne à ordures plutôt que d’être incinérés. « On nous dit que cela coûte trop cher, mais c’est surtout illégal et amendable. »
Avant d’être placés en chatterie, les félins sont triés sur le volet, de façon arbitraire, selon Aurore. « On nous parle d’animaux soi-disant sauvages alors qu’une bonne dizaine d’entre eux pourrait être adoptable, si l’on s’en donnait la peine. » Pour elle, la comparaison avec une structure similaire, où elle a travaillé durant plus d’un an, est édifiante. « Là-bas, ils étaient tous à l’adoption, même les plus agressifs. Une fois chez les gens, ils se comportent souvent de façon différente que dans une SPA, entourés d’autres chats. » « Si le chat n’est pas rapidement sociable, on le met en chatterie. C’est une course contre la montre si on veut qu’il survive. Car une fois qu’il y est, bien souvent il n’en ressort pas. Il est condamné » renchérit Léa. Une issue à laquelle une partie du personnel et des bénévoles refuse de se résoudre. « Les souffrances répétées de ces chats maltraités nous deviennent insupportables. Il est temps que les choses changent ! »