14/01/2026
Alors voilà. Condom. Mardi matin. Pas la fête du slip. Le Gers est toujours bloqué, la paille est toujours là, les pneus fument encore, et les CRS tentent toujours de comprendre si un godet de tractopelle peut être une menace pour la République. Spoiler : oui, surtout quand il transporte la dignité des paysans qu’ils n’ont pas vue depuis deux quinquennats et demi.
Les agriculteurs tiennent bon. Ils n'ont pas bougé. Sauf pour aller pi**er derrière les haies ou ravitailler en merguez sur le barbecue du rond-point. Et qui on envoie en face ? Les CRS. Des gars qui ressemblent à des tortues ninja sous Tranxène, armés jusqu'aux dents contre des types en bonnet Carrefour et salopette délavée. Les mecs sont là, en ligne, boucliers au poing, à attendre l’insurrection des betteraves. On sent que leur formation anti-émeute les a préparés à tout, sauf à faire face à Jean-Paul du GAEC du Coin qui leur offre un café en disant : “T’as l’air tendu, mon gars.”
Et pendant que sur le terrain ça chauffe, dans les hautes sphères de la République fromagère, devine qui débarque ? Annie Genevard, nouvelle ministre de l’Agriculture, castée on ne sait comment — sûrement tirée au sort pendant un brunch Renaissance. La m**f débarque avec le même sourire qu’une pub pour un dentifrice bio, prête à nous expliquer le monde agricole avec l’air de celle qui confond une moissonneuse-batteuse avec un robot Thermomix. Tu sens la vraie femme de terrain : terrain synthétique, dans une cour d’école privée de Neuilly.
Elle te lâche, droit dans les yeux, cette merveille : “On ne peut pas expliquer aux agriculteurs que ce qui est interdit en France est autorisé via les importations.” Oh bah non, Annie, tu rigoles ? T’es en train de découvrir que ça fait vingt ans qu’on les prend pour des jambons ? C’est mignon, t’as fait un petit éveil politique aujourd’hui ? On t’a mis à jour pendant la nuit ? Parce que là, Annie, t’es au niveau 1 du tuto “Réalité du terrain”. Bienvenue. Mets-toi à l’aise, t’as encore 98 niveaux à franchir avant de comprendre pourquoi René veut bloquer la RD930 avec ses bottes qui sentent la vache et la sueur de 2023.
Et le préfet dans tout ça ? Bah il “observe la situation”. Il observe. Tel un ornithologue sans jumelles, posté à la fenêtre de son bureau, en train de googler “comment éteindre un feu de ballots sans se faire insulter”. Le mec tremble dès que son téléphone sonne, de peur que ce soit Matignon qui lui demande si le bouchon de 12 km à Nogaro, c’est une performance artistique ou un acte de guerre civile.
Les citoyens, eux, ils râlent dans leur bagnole. Et franchement, on les comprend. Se retrouver coincé à Lectoure entre un tracteur, un feu de palette et une Renault Mégane qui joue au curling sur gravier, c’est pas l’idée qu’on se faisait du mardi matin. Mais c’est pas les paysans qui foutent la m***e, hein. C’est les mecs en costard qui signent des accords à l’autre bout de la planète pendant qu’ici on crève. Les agriculteurs, ils crament pas les routes pour le plaisir. Ils crament les routes parce qu’on a cramé leur avenir pendant que tout le monde regardait ailleurs.
Alors voilà où on en est. D’un côté, t’as des gars qui vivent à 900 balles par mois pour bo**er 70 heures par semaine, à se faire inspecter tous les trois jours par des mecs qui savent pas faire la différence entre une haie et une clôture. Et de l’autre, t’as une ministre qui découvre que l’incohérence commerciale, c’est pas juste un mot croisé dans un rapport. Et au milieu, t’as les CRS qui se demandent à quel moment de leur carrière on leur a dit qu’un rond-point avec des vaches gonflables serait leur front de guerre.
Mais t’inquiète. Le gouvernement a la situation en main. Il va faire un “point presse”. Il va “écouter les acteurs de terrain”. Il va “ouvrir un dialogue constructif”. En vrai, il va gagner du temps, lâcher trois cacahuètes fiscales, promettre des trucs qu’il tiendra pas, et dans trois semaines, Annie aura disparu dans un remaniement, remplacée par un type qui a fait un stage à la coopérative agricole de sa belle-mère en 2002.
Et nous ? On regarde ça. En klaxonnant. En râlant. En rigolant. En se disant qu’on n’a pas besoin d’être agriculteur pour se sentir solidaires. Parce qu’on sait, nous aussi, ce que ça fait de bo**er pour des clous, d’être méprisé, et de se faire enfler par des gens qui sourient trop.
Bon courage aux gars du Gers. Continuez à bloquer. Parce qu’au final, c’est peut-être vous les derniers à vous battre pour qu’il reste quelque chose à défendre dans ce pays. Qui peut nous confirmer à cette heure-ci que le blocage est toujours vivant et non dégagé par des forces de l'ordre ?