02/08/2026
LE BON ENSEIGNANT
Un bon coach d'équitation, c'est moins un GPS qu'un garde-fou. Il ne choisit pas votre itinéraire, mais il veille à ce que vous ne quittiez pas la route au premier virage. Globalement il est là pour éviter que vous finissiez dans le fossé... ou au milieu de la carrière à expliquer à votre cheval que "normalement, on devait tourner à droite là".
Ça n'est pas évident d'être enseignant du seul sport où beaucoup pensent savoir comment travailler les chevaux... surtout ceux des autres.
D'ailleurs prof, enseignant, moniteur, instructeur, entraîneur, coach... Selon les disciplines, les diplômes ou les habitudes, chacun choisit le titre à lui donner. Mais peu importe l'étiquette collée sur la veste ... Un bon coach avec une appellation a la con restera toujours meilleur qu'un mauvais coach qui collectionne les acronymes derrière son nom comme un général soviétique collectionne ses médailles
Alors parlons ici du bon coach. Pas celui avec un bon CV , je parle du bon enseignant hein ...
Celui qui ne vous promet pas que votre cheval sera métamorphosé en trois séances.
D'ailleurs, il se méfie généralement des phrases qui commencent par : "j'ai entendu parlé d'une nouvelle méthode révolutionnaire..." En général, les seules révolutions qu'il connaît sont celles qui se produisent dans la tête du cavalier quand il comprend enfin pourquoi ce qu'il faisait jusque là ne marchait pas.
Le bon coach ne cherche pas à avoir raison. Il cherche à vous faire progresser. D'ailleurs il ne se contente pas de vous apprendre a monter , il vous apprend aussi à réfléchir. Il s'assure donc que vous avez compris ce qu'il est en train de vous faire faire parce que vous faire reproduire un mouvement a l'infini , de façon parfaitement identique, c'est à la portée d'un GPS.
Mais le refaire seul, trois semaines plus t**d, sur un autre cheval, sans personne pour vous hurler " PLUS DE JAMBE ! REDRESSE-TOI ! REGARDE LOIN ! NON PAS LÀ, PLUS LOIN !' au pont que vous ne sachiez plus si vous êtes en train de monter à cheval ou si vous êtes dans une épreuve de fort boyard.. c'est là qu'on juge la qualité de l'enseignement.
Et si votre cheval fonctionne avec une approche différente de celle du voisin, il ne fera pas une syncope. Et n'essaira pas non plus de le plier en 4 pour le rentrer dans des cases au chausse pied en se persuadant que c'est le cheval qui a un probleme. Parce qu'il a compris depuis longtemps que les chevaux n'ont pas tous lu les mêmes manuels.
Le bon instructeur possède aussi une capacité rarissime , celle de savoir prononcer cette phrase , pourtant dites au moins une fois par chacun des grands écuyers de l'Histoire :
« Je ne sais pas. »
Cette phrase a elle seule mériterait d'être inscrite au patrimoine immatériel du monde équestre . L'entendre est devenue aussi rare que qu'un poney allergique aux carottes.
Car le plus intéressant dans cette phrase c'est qu'elle est presque toujours suivie de celle-ci :
« On va chercher. »
Et c'est précisément là qu'on reconnaît les meilleurs. Non pas parce qu'ils savent tout, mais parce qu'ils savent qu'ils ne savent pas tout ( vous me suivez ?)
Dire « je ne sais pas » n'est pas un aveu d'incompétence mais plutôt la preuve qu'on en sait déjà suffisamment pour ne pas raconter n'importe quoi.
Et puis il y a ce détail qui ne s'apprend dans aucune formation : il sait lire les chevaux. Ceux qui ont peur, ceux qui s'ennuient, ceux qui sont fatigués... et ceux qui savent qu'en faisant semblant de regarder un papillon ou de se gratter ils peuvent gagner quinze minutes de pause.
Et puis surtout Il ne hurle pas. Il n'humilie pas. Il n'a pas besoin de transformer chaque cours en entraînement militaire pour prouver qu'il est compétent , ni de terroriser ses élèves pour gagner en crédibilité. Un cheval crispé et un cavalier au bord des larmes n'ont jamais été les meilleurs ambassadeurs de la pédagogie...
Le bon coach sait également vous freiner. Parce que parfois, le plus beau conseil qu'on puisse recevoir n'est pas "vas-y", mais "pas encore." Il préfère perdre une séance que plusieurs mois de rééducation ou de psychanalyse.
Un puis un bon enseignant ne fabrique pas des cavaliers qui dépendent de lui. Il forme des cavaliers capables, un jour, de ne plus avoir besoin de lui. C'est sans doute le seul métier où la plus belle réussite consiste à ne plus être utile ( même si on a toujours a apprendre quelque soit notre expérience, hein )... tout en sachant qu'ils reviendront quand même, ne serait-ce que pour demander pourquoi leur cheval refuse soudainement de passer devant un caillou qu'il connaît pourtant depuis six ans ou pourquoi il bascule la nuque quand on lui demande l'engagement du postérieur interne au début de sa demi volte renversée ( m***e , ça y est , je crois que j'ai envie de remonter à cheval maintenant ...)
Les crins de verdure
Livre disponible dans le lien en commentaire