23/07/2026
Suite de mon coup de gu**le…
Il y a quelques jours, j'ai posté un coup de gu**le contre celles et ceux qui, bien planqués derrière leur écran, décident qu'ils savent mieux que vous ce qui est bien pour vos chevaux. Brumisateurs, ventilateurs, do**hes : "ça consomme de l'eau et de l'électricité", disaient-elles.
Comme si le confort et la survie d'un animal qui étouffe pesaient moins lourd que leur bonne conscience écologique de comptoir.
Suite à ce post, j'ai eu droit à des commentaires désobligeants. J'ai viré les auteurs. Et ça m'a donné envie d'aller plus loin, parce que visiblement, il faut illustrer pour que certaines personnes comprennent. Et ce post n'est pas là pour me justifier non plus, j'ai passé l'âge de me justifier, et surtout mon travail avec mon troupeau est largement satisfaisant pour moi. Mais je pars du principe que l'éducation doit aussi passer par des pages comme la mienne.
Alors voilà une histoire, une vraie, avec un nom, un dossier médical, et neuf ans de suivi :
Bainoa, petite louloute de 15 ans, porte et fenêtre avec tendance arabe, est chez moi depuis 9 ans. C'est une jument qui a été récupérée par ses propriétaires actuels avec un emphysème lorsqu'elle avait 4 ou 5 ans. Certaines années ont été plus difficiles que d'autres, mais 2026 est clairement la plus dure depuis qu'elle est arrivée.
Cette année, elle a déclaré un emphysème sévère. Une endoscopie a été réalisée (la troisième en 15 ans de vie) pour vérifier l'absence de bactéries ou de champignons : rien de ce côté-là. Elle est allergique, point. Elle a eu le protocole de nébulisation pendant 15 jours, bronchodilatateurs et corticoïdes : ça va mieux, mais c'est pas ouf. Elle a aussi eu des corticoïdes en intramusculaire lors des crises les plus fortes, mais avec ses propriétaires nous avons décidé de ne pas en abuser, parce que oui, il y a des conséquences sur le long terme. Je lui ai proposé de l'enrubanné, elle n'en a pas voulu. Je m'apprête à lui faire cuire son foin.
Pourquoi un emphysème sévère cette année précisément ?
Depuis avril, le temps est beaucoup trop sec, les pollens s'en sont donnés à cœur joie, l'air était saturé de particules allergisantes. Et ce n'est pas moi qui invente ça toute seule dans mon coin : le changement climatique, couplé à la pollution de l'air, est aujourd'hui reconnu comme un facteur d'augmentation des allergies au pollen, d'intensification des symptômes et d'allongement des périodes à risque. Une concentration plus élevée de CO2 dans l'atmosphère augmente la production de pollen, et la pollution facilite la pénétration de ces particules jusque dans les voies respiratoires profondes des chevaux comme des humains. Alors sur des poumons déjà fragilisés depuis qu’elle est petite ? Ben voilà le résultat.
C'est exactement ce que je disais dans mon coup de gu**le : on reproche aux gens comme moi les brumisateurs, les ventilateurs, les do**hes, sans jamais se demander pourquoi on en a besoin. La réponse est là, noir sur blanc, dans un dossier vétérinaire.
L'asthme équin, c'est une réaction inflammatoire des voies respiratoires à des particules ou allergènes inhalés, qui peut endommager durablement les alvéoles et provoquer un essoufflement permanent. La prise en charge exige une gestion environnementale rigoureuse, parce que les médicaments seuls ne suffisent pas si l'exposition aux allergènes n'est pas réduite. Dans les cas les plus graves, un cheval peut même nécessiter un environnement climatisé. Moi je n'ai qu'un tuyau d'arrosage, des brumisateurs, des ventilateurs et de la bonne volonté. On fait avec ce qu'on a.
J'ai donc mis Bainoa au repos dans le parc d'acclimatation avec une copine, pour qu'elle ne soit pas seule. Trois rations par jour, bouchons de foin réhydratés, huile de lin, ration largement mouillée. Je la mets à l'ombre pour qu'elle mange, je la do**he pour qu'elle se refroidisse, elle a sa couverture Equisea tous les matins, en alternance entre programme immunité et programme respiratoire.
Alors oui, je la do**he. Oui, je dépense de l'eau pour elle. Parce qu'elle en a BESOIN. Que devrais-je faire ? Dire à sa propriétaire qu'il faut l'endormir ? Non. Les chevaux n'ont rien demandé. Ils subissent ce que l'humain fait de pire : détruire la branche sur laquelle il est assis, et laisser les plus fragiles payer la note.
J'ai aussi un papi de 31 ans à la maison, et un pur-sang piro chronique de 25 ans. Je les do**he quand il fait trop chaud, eux aussi : le premier parce qu'il ne ressent plus la chaleur ni la soif comme avant, comme nos vieux humains ; le second parce qu'il est affaibli par la maladie. Je les nourris trois fois par jour tous les trois, je vérifie que tout va bien.
Mais non, tout ne va pas bien. Même avec la meilleure volonté du monde, je suis impuissante face à tout ce que l'humain a détruit. Je me sens parfois comme Don Quichotte contre des moulins à vent. Sauf que Bainoa, elle, a été ma toute première pensionnaire, avec Paco. Pour elle, je me bats. Je ne baisserai pas les bras.
Alors non, je ne tolère pas la critique facile. Celle qui se fait confortablement installée derrière un écran, sans jamais avoir posé les mains sur un cheval qui lutte pour respirer, sans avoir compté les respirations par minute, sans avoir eu à discuter avec un vétérinaire des risques d'une énième injection de corticoïdes. Il est facile de juger une pratique quand on n'a jamais eu à l'expliquer à un professionnel. Il est facile de donner des leçons quand on n'est confronté ni à la maladie, ni à la vieillesse, ni à rien du tout, en fait, à part son propre reflet devant l'écran.
Alors avant de me dire ce que nous devrions faire de l'eau, de l'électricité, de notre temps : informez-vous. Lisez. Renseignez-vous sur ce qu'est réellement un emphysème équin, sur ce que le dérèglement climatique fait concrètement à des poumons déjà fragiles.
Ou alors, si lire vous ennuie, venez. Venez ici, chez moi, constater par vous-même ce que je fais et pourquoi je le fais. On verra si vous la ramenez encore autant. Mais si c'est pour balancer un jugement sans connaître ni l'animal, ni son dossier, ni son historique : gardez-le pour vous. Ce n'est pas un avis, C’EST DU BRUIT, et j'ai autre chose à faire que de perdre mon temps avec du bruit.
C'est exactement ce que je disais dans mon coup de gu**le : je ne veux pas qu'on m'impose ses certitudes, ses dogmes, sa culpabilisation facile. Je veux qu'on ouvre le débat, qu'on informe, qu'on guide, au lieu de juger depuis un confort qu'on ne remet jamais en question soi-même.
Bainoa, elle, n'a pas de temps pour les théories de comptoir. Elle a besoin de soins, de rigueur, et de quelqu'un qui ne baisse pas les bras. C'est exactement ce qu'elle a.
Pour celles et ceux qui préfèrent vérifier plutôt que de juger dans le vide :
https://equipedia.ifce.fr/sante-et-bien-etre-animal/maladies/systeme-respiratoire-et-cardiaque/asthme-equin
https://www.equidiva.com/blogs/conseils-veto/impact-dereglement-climatique-sante-cheval
Je ne demande pas de conseils, ma page, mes choix.