04/06/2026
Nous avons regardé avec attention l’émission “Sur le front – D’où viennent les chiens à la mode ?”.
Elle soulève de vrais problèmes : les hypertypes, les races devenues des phénomènes de mode, les morphologies exagérées, les soucis de santé liés à certaines sélections, et la production de chiots sans réel travail sur les lignées.
Sur ces points, nous sommes d’accord : certaines races, certains clubs, certains jugements et certaines pratiques d’élevage doivent se remettre en question.
Un chien ne devrait jamais être sélectionné uniquement pour une apparence spectaculaire, une couleur à la mode ou un détail physique recherché par le public, si cela se fait au détriment de sa santé, de son équilibre ou de sa capacité à vivre normalement.
Mais l’émission nous semble aussi très incomplète.
Elle donne trop facilement l’impression que le problème serait le chien de race en lui-même, alors que le vrai problème est surtout la mauvaise sélection : l’hypertype, la mode, l’absence de tests, le manque de suivi, les reproducteurs mal choisis, ou les productions faites uniquement pour répondre à une demande commerciale.
Ce qui nous gêne également, c’est qu’en regardant le reportage, on a parfois l’impression que les bons exemples viennent surtout de l’étranger, notamment de Suisse. Or, cela oublie complètement que des centaines, voire des milliers d’éleveurs français sérieux font déjà ce travail depuis très longtemps.
En France, beaucoup d’éleveurs responsables n’ont pas attendu une émission de télévision ou une obligation administrative pour tester leurs chiens. Pour beaucoup d’entre nous, les tests de santé font partie du travail quotidien : radios des hanches et des coudes quand cela concerne la race, examens oculaires, tests génétiques, ADN, suivi des lignées, étude des pedigrees, sélection du caractère et recul sur la production.
Ce n’est pas du marketing.
C’est notre responsabilité d’éleveur.
Depuis des années, certains éleveurs demandent même que la Société Centrale Canine et les clubs de race aillent plus loin, en rendant certains tests de santé obligatoires pour l’inscription des reproducteurs ou des portées, au moins pour les maladies importantes connues dans les races concernées.
Beaucoup de bons éleveurs le font déjà volontairement. Malheureusement, dans ce type de reportage, ce sont souvent les mauvais exemples qui sont mis sous les projecteurs, sans expliquer clairement au public la différence entre un éleveur sérieux et une production irresponsable.
Nous avons aussi été surpris par la conclusion laissant entendre qu’il suffirait de trouver un chien croisé, parfois donné, pour éviter les problèmes. En France, la cession d’un chien, même gratuite, est encadrée par la loi. Un chien doit être identifié, âgé d’au moins huit semaines, et accompagné des documents obligatoires.
Et surtout, un chien croisé ne garantit pas automatiquement la santé. Il peut lui aussi hériter de maladies, de mauvais aplombs, de troubles du comportement ou de problèmes liés à une reproduction non contrôlée.
Ce qui protège réellement le chien, ce n’est pas seulement le fait qu’il soit LOF ou non LOF.
C’est le sérieux de la sélection, les tests, la connaissance des lignées, le choix des reproducteurs et la responsabilité de la personne qui produit la portée.
Dans notre élevage, nous avons toujours considéré qu’un chien doit rester fit for function : apte à sa fonction, sain, mobile, équilibré, capable de vivre une vraie vie de chien.
Le Berger Australien n’est pas seulement une couleur, des yeux bleus ou un effet “waouh” sur les réseaux sociaux. C’est un chien de berger actif, intelligent, endurant, proche de l’homme, fait pour travailler, réfléchir, bouger et collaborer. Il doit rester solide, fonctionnel, bien construit et stable dans sa tête.
Dans cette race, les éleveurs sérieux testent depuis longtemps les reproducteurs pour les problèmes connus : dysplasie des hanches et des coudes, maladies oculaires, MDR1, HSF4, DM/SOD1 selon les lignées, identification ADN, suivi des pedigrees et sélection du caractère.
Le Chien Finnois de Laponie, ou Lapinkoira, est un chien nordique de travail, historiquement lié au travail auprès des troupeaux de rennes en Finlande et en Laponie. Il doit rester rustique, solide, stable, mobile, capable de supporter le climat et de garder son mental de chien de travail.
L’Épagneul Nain Continental, Papillon ou Phalène, est un merveilleux petit chien de compagnie, mais “compagnie” ne veut pas dire fragile ou caricatural. C’est un chien vif, intelligent, harmonieux, élégant, mais aussi robuste et fonctionnel.
Oui, le débat est nécessaire.
Oui, il faut dénoncer les hypertypes et les dérives.
Oui, certaines races doivent se remettre en question.
Oui, il faut informer le public.
Mais il faut aussi reconnaître le travail des éleveurs sérieux qui testent, sélectionnent, refusent les excès, connaissent leurs lignées et cherchent avant tout à produire des chiens bien dans leur corps et bien dans leur tête.
Le vrai combat n’est pas contre le chien de race.
Le vrai combat est contre la mauvaise sélection, l’irresponsabilité, les effets de mode et les productions sans contrôle.
Un chien de race bien élevé, bien sélectionné, testé, fonctionnel et sain reste un patrimoine vivant qu’il faut protéger — pas caricaturer.