30/03/2026
Aujourd’hui, je suis dégoûté de mon métier.
On passe des heures à former des jeunes. On les voit arriver maladroits, parfois timides, parfois trop sûrs d’eux. On leur apprend à tomber, à se relever, à comprendre un cheval avant même de chercher à gagner. On les accompagne dans leurs premiers concours, leurs premières peurs, leurs premières fiertés. On les encadre, on les encourage, on les porte quand ils doutent. Bref, on construit.
Et puis un jour, quand le travail commence enfin à porter ses fruits, quand le cavalier commence à avoir du niveau, quand il devient intéressant… les lauriers sont récupérés par d’autres.
Des cavaliers professionnels arrivent alors et expliquent gentiment — ou moins gentiment — que si leur coach actuel ne connaît pas le haut niveau, il ne pourra pas les accompagner au mieux. Que pour aller plus loin, il faut changer. Que le vrai travail commence maintenant.
Mais ce que beaucoup oublient, c’est que ce “maintenant” n’existerait pas sans toutes les années d’avant.
Parce que ces cavaliers professionnels, aussi talentueux soient-ils, s’intéressent-ils vraiment aux cavaliers de club qui débutent ? À ceux qui apprennent encore à seller correctement ? À ceux qui ont peur de sauter 50 cm ? À ceux qui pleurent après une chute ou qui mettent six mois à comprendre un départ au galop ?
Qui est là pour ces cavaliers-là ?
Qui est là le mercredi soir sous la pluie ? Qui est là pour les reprises de 8 poneys débutants ? Qui explique pour la centième fois comment tenir ses rênes ? Qui accompagne les premières compétitions avec des chevaux qui regardent tout ?
Ce métier, ce sont surtout ces moments-là.
Former, ce n’est pas seulement accompagner l’élite. C’est construire les bases. C’est donner l’envie. C’est transmettre une culture du cheval, une patience, une humilité. C’est accepter que la réussite finale ne portera peut-être jamais notre nom.
Et pourtant, sans ces années de travail dans l’ombre, il n’y aurait pas de cavaliers pour le haut niveau.
Alors oui, parfois c’est frustrant. Parfois c’est même injuste.
Mais la vérité, c’est que le haut niveau commence toujours dans un club, un manège, avec un moniteur qui croit en un élève avant que tout le monde ne s’y intéresse.
Et ça, aucun palmarès ne pourra jamais vraiment le remplacer.