04/05/2024
Les choses ont un prix
Après nos débats internes presque philosophiques sur l'indépendance, vient, au travers d'attaques journalistiques dont la médiocre curiosité et l'intérêt pour l'investigation nous laisseront toujours rêveurs, le temps des discussions sur une composante pratique de l'indépendance : la politique tarifaire.
La ligne éditoriale du traitement du sujet « frais vétérinaires » est assez constante et tend à indiquer, avec des adjectifs variables selon la qualité du journaliste (beaucoup pensent que TVA est une défunte compagnie aérienne), que le coût des soins vétérinaires a considérablement augmenté et que la financiarisation n'y est pas étrangère.
La valeur du service et la construction des prix ne sont, à notre connaissance, jamais abordées mais le coût total est présenté comme un manque de considération des vétérinaires en général pour le lien Homme-animal puisque leurs exigences tarifaires perturbent ce lien.
C'est ainsi que nous serions responsables des abandons et de la maltraitance passive que représente l'absence de soins, en attendant pire.
Concernant les abandons, en l'absence de toute définition, la mesure précise du phénomène est impossible et le terme englobe aujourd'hui des situations diverses, allant du décès du détenteur aux suites d'un achat impulsif.
En revanche, la baisse constante du nombre de nouvelles identifications depuis 2 ans est un fait certain. Les motivations au report des projets d'adoption d'un animal de compagnie sont largement économiques, incluant la projection du coût de soins.
Seuls les chirurgiens-dentistes, parmi les acteurs du soin, sont parfois aussi attaqués sur le lien entre le niveau de leurs honoraires et l'accès aux soins.
Les vétérinaires français sont les plus enclins en Europe à accepter le paiement différé, ils ont créé Vétérinaires pour tous et tous ceux qui contractent avec les associations de protection animale défient la comptabilité analytique.
L'accélération de la sophistication des soins pose un dilemme neuf à chaque vétérinaire : informer des thérapies possibles, ne pas porter de jugement sur ceux qui ne peuvent y accéder et garder la distance professionnelle indispensable face aux conséquences des choix du détenteur. C'est dans la résolution au cas par cas de ces dilemmes que s'exprime la plasticité des vétérinaires, reconnue par Cédric Sapin-Defour, sans flagornerie, dans son livre Son odeur après la pluie : « Les vétérinaires sont des êtres supérieurs ».
Peuvent-ils être rémunérés comme tels ?
Pierre BUISSON