19/01/2026
LA VOITURE
Les voitures de cavaliers, c'est un concept.
Un biotope. Un écosystème fragile, classé zone naturelle sensible.
Un simple coup d'aspirateur ou de chiffons et le fragile écosystème s'effondre.
Alors forcément , on se dit qu'il vaut mieux toucher à rien !
J’ai commencé avec ma vieille Clio. Ancienne voiture de ma société qui veut aujourd'hui moins cher qu'une brouette d'écurie ( véridique ).
Une voiture qui n’avait plus vraiment vocation a transporter des passagers mais à se substituer a tous les engins agricoles que je ne peux pas m'offir:
Bétaillère de secours, fourragère occasionnelle, vestiaire mobile et parfois… composteur roulant.
À force, elle avait tellement absorbé de foin, de sable et de crottin qu’on aurait pu y faire pâturer bonbon.
Sauf qu'a un moment, j’ai eu honte.
Pas de la saleté ( non, ça va va , j'encaisse ) mais de l’enseigne.
Mon nom, floqué en gros sur la carrosserie, comme une promesse de sérieux… alors que l’intérieur ressemblait à un champ après passage d’un troupeau de sanglier.
J’ai donc pris une décision adulte et responsable : le déflocage.
À partir d’un certain stade, il vaut mieux circuler dans l’anonymat. Pour ma dignité. Et pour celle du reste de la famille.
Puis un jour, contre toute attente, l’univers m’a proposé une voiture neuve.
À moindre frais.
Une opportunité.
J’ai longtemps juré que jamais, ô grand jamais, je n’achèterais une voiture neuve vu la vie de dingue que je mène. Mais là…
Refuser aurait été cracher dans la soupe. Et cracher dans la soupe c'est moche.
Alors j'ai cédé.
Je me suis dit que celle-là, j’allais la préserver.
Qu'après tout ce serait plus confortable pour tout le monde d’avoir une voiture présentable.
Une voiture qui sente le polyester et le sapin magique, pas l'odeur de ma sellerie humide , un soir de novembre.
Par précaution, je me suis équipée :
– housses de sièges lavables,
– tapis de sol en plastique,
– zéro poil, zéro boue, zéro foin.
Quelle douce illusion.
Trois mois.
Il aura fallu trois mois pour que la terre, le sable et le crottin s’infiltrent méthodiquement dans chaque recoin de cette magnifique voiture, jusqu’à ce qu’un jour…
je me surprenne à alimenter les champs du bord de la route en foin avec ma voiture 😬
À partir de là, j’ai lâché prise.
Et étonnamment, ça ne m’a pas empêchée de dormir très longtemps.
Jusqu’au jour où j’ai réussi l’exploit de crever deux fois dans la même journée.
( Sans roue de secours évidemment ).
Résultat : j’ai l’impression que la moitié du village est passée dans ma voiture.
Entre ceux qui ont aidé, ceux qui ont regardé, ceux qui ont commenté, et ceux qui ont discrètement jeté un œil à l’intérieur.
Ma réputation est faite.
Enfin… confirmée plutôt 😌
Moralité :
On peut changer de voiture,
mais pas de mode de vie.
Y a des choses qu'il faut savoir accepter quand on est cavalier.