02/04/2026
La réactivité congénère est très fréquemment… d’origine humaine.
Directement, ou indirectement.
D'ailleurs, j'irai même plus loin dans l'analyse : la réactivité congénère est souvent mise en avant, mais elle n’est en réalité qu’une facette d’un problème plus global : la difficulté croissante de nos chiens à gérer leur environnement.
Les plus anciens l’ont sans doute constaté : “les chiens d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’avant.”
Ce n’est pas une impression, c’est une évolution logique, liée à plusieurs facteurs.
🔹 D’abord, la fonction du chien a profondément changé.
On est passé d’un animal majoritairement utilitaire (chasse, garde, conduite…) à un animal presque exclusivement de compagnie.
Résultat : on oublie souvent ce pour quoi il a été sélectionné pendant des générations...
Instincts, seuils de tolérance, besoins d’activité, modes de communication.....
🔹 Ensuite, la sélection s’est largement dégradée dans de nombreux cas.
La loi de l’offre et de la demande domine, et la demande n'étant pas toujours cohérente, s'en suivent :
- reproduction sur le physique plutôt que sur la stabilité comportementale,
- mères stressées,
- socialisation précoce insuffisante,
- consanguinité dans certaines lignées
- etc
On récupère donc des chiens parfois déjà fragiles… avant même la moindre intervention éducative.
🔹 À cela s’ajoute un phénomène bien connu : le “chien roi”.
Un peu comme l'enfant roi chez l'humain...
Surprotégé, sur-assisté, rarement frustré.
On pense bien faire, mais on empêche surtout le chien de développer des compétences essentielles : gestion émotionnelle, autonomie, communication adaptée.
Et derrière, il y a un biais massif : l’anthropomorphisme.
On interprète avec des codes humains un animal qui fonctionne autrement.
On rassure quand il faudrait laisser gérer, on intervient quand il faudrait observer, on évite les interactions utiles… et on entretient, sans le vouloir, des comportements inadaptés.
🔹 Autre point non négligeable : le marché du chien.
Accessoires “indispensables”, solutions miracles, méthodes toutes faites…
L’offre explose, parfois au détriment de la compréhension réelle du chien.
- on crée des besoins qui n’en sont pas,
- à l’inverse, certains besoins fondamentaux sont négligés,
- des éducateurs apparaissent en nombre, parfois avec des formations très courtes et inadaptées
- certains forment à leur tour sans réel recul de terrain,
- les formations en ligne se multiplient… avec des approches parfois contradictoires mais présentées comme des promesses miracles.
Sans jeter la pierre aux professionnels, il faut reconnaître que le marketing simplifie à l’extrême un sujet qui ne l’est pas. Et trop souvent, la communication vise davantage à rassurer le propriétaire… qu’à réellement résoudre le problème.
Résultat : des propriétaires perdus, et des chiens incohérents.
🔹 Ajoutons à cela nos modes de vie modernes, notamment en milieu urbain :
- interactions sous contrainte (laisse, espace restreint)
- manque d’expériences progressives et encadrées.
Un chien ne naît pas avec une communication parfaite. Il l’apprend.
Et aujourd’hui, cet apprentissage est souvent incomplet, mal guidé… ou parasité.
On voit alors des chiens qui :
- évitent, fuient ou montent en pression,
- ou au contraire, foncent “comme des brutes” sans lire l’autre.
Dans les deux cas, ce n’est pas un problème de “méchanceté”, c’est un déficit de compétences.
Et même avec un chien équilibré, un paramètre reste incontrôlable : l’autre binôme en face.
C’est pourquoi il est illusoire de comparer nos chiens actuels à des chiens errants vivant en groupes stables. Le contexte n’a plus rien à voir.
Oui. Cette hausse de chiens "à problème" est alarmante. Cette hausse de chiens abandonnés chaque année est alarmante. Peut-on penser à un retour en arrière ?
Il faudrait une réelle prise de conscience collective :
- Sur les besoins fondamentaux du chien, sur le fait que l’éducation dépend de chaque individu et qu’il n’existe pas de méthode miracle.
- Arrêter de surprotéger… ou, à l’inverse, de laisser les chiens livrés à eux-mêmes, à tourner en rond dans un jardin jusqu’à se dérégler.
- Arrêter d’adopter pour combler un manque
- Arrêter de vouloir un chien “parfait” ou impressionnant pour valoriser une image.
- Arrêter de choisir un physique… en ignorant tout ce que cela implique derrière.
Et sans être de nature pessimiste, restons lucides : on en est malheureusement encore loin.