03/07/2025
Avec les professionnels de notre collectif, pas besoin de cet arrêté ministériel !!
On travaille tous dans le respect du chien et c'est d'ailleurs ce qui nous réunit !
Depuis la publication de l’article 14 du nouvel arrêté de juin 2025, ça s’emballe sévère sur les réseaux. Et franchement ? C’est à la fois triste, prévisible… et un peu risible. Le monde évolue, les mentalités avancent… et certains restent cramponnés à leur collier à pointes comme si leur vie en dépendait.
Ce texte interdit enfin, dans les structures pros, l’utilisation ET l’enseignement de toutes ces méthodes archaïques basées sur la douleur, la peur ou le stress. Colliers à pointes, colliers étrangleurs sans boucle d'arrêt, colliers électriques ? Game over. Mais ce n’est pas tout : sont aussi visés les cris, canettes, jets d’eau, air sous pression, gestes menaçants, pressions physiques ou morales… bref, toutes les techniques qui visent à effrayer ou soumettre un chien plutôt qu’à l’éduquer (c'est en tout cas comme cela que je le comprend, mais l'on n'est pas à l'abris des mauvaises surprises).
Alors oui, la vente reste autorisée. Parce que bon, faut pas trop brusquer les marchands d’outils coercitifs. Apparemment, tant que tu fais ça en dehors d’un cadre pro, tu peux toujours vendre de la douleur en boîte. Mais c'est peut-être encore dans les tuyaux d'une seconde bonne nouvelle.
Et là, comme à chaque avancée, débarque la fanfare des pleureuses de la répression douce :
"Le monde part en vrille !"
"Les chiens vont devenir des monstres !"
" il va y avoir une vague d'euthanasies et d'abandons"
"Les gosses aussi ! d'ailleurs ils vont se faire dévorer"
"C’est l’anthropomorphisme qui tue !"
"On peut plus rien dire, on peut plus rien faire !"
Certains crient même au wokisme (?)
(si si , je l'ai lu )
Tout ce qu’ils ne peuvent plus frapper, étrangler ou électrocuter devient, comme par hasard, responsable du déclin de la civilisation. Faut dire que quand ton plan B c’est “on l’attache ou on le pique”, c’est pas la société qui dégénère… c’est ta façon de bo**er qui date sérieusement.
Et bien sûr, il faut un coupable. Alors on tape sur les éducateurs bienveillants. Ceux qu’on appelle avec une pointe de mépris les "positifs extrêmes", "les cheveux bleu", "les bobos Montessori" ... comprendre : ceux qui essaient juste de comprendre les chiens et de ne pas les faire souffrir.
On les accuse d’avoir créé une génération de chiens instables, fragiles, tordus. Spoiler : ce n’est pas l’éducation respectueuse qui pose souci. C’est le monde qu’on impose aux chiens.
La méthode Montessori, c’est pas un trip de bobo en sandales. C’est une pédagogie rigoureuse, fondée sur l’observation, le respect du rythme individuel, la construction de l’autonomie et de la coopération, pas de la soumission de l'enfant. C’est efficace, éprouvé, humain. Alors oui, certains en font n’importe quoi, mais les fondements sont solides.
Pendant qu’ils râlent contre les "bisounours du clic", ils oublient un détail fondamental : les lois de l’apprentissage. Celles-là mêmes qui permettent aux soigneurs de brosser les dents d’un tigre ou de vacciner un gorille sans chaines ni violence. Celles qui fonctionnent avec des chiens, des chats, des chevaux, des poules, des dauphins… et même des poissons rouges.
Et pendant que les vrais pros travaillent avec respect, patience, coopération, eux préfèrent faire croire que seul le rapport de force fonctionne. Triste vision du vivant.
Explosion du nombre de chiens, dérives dans l’élevage, hyper sélection, stress constant, solitude, manque d’activités, humains surchargés, environnement anxiogène, méconnaissance du langage canin, infos TikTok, alimentation pauvre…
Mais non. Le souci, c’est le renforcement positif. Bien sûr.
Heureusement, des pros comme Charlotte de WAF the fck - comportement et éducation canine bienveillante ont pris le temps de tout détailler. Un bijou d’analyse qu’on vous conseille de lire pour comprendre pourquoi les chiens ne sont pas plus durs aujourd’hui, ils sont juste plus visibles dans un monde inadapté.
Ahhh, le grand classique. Et là, ça fuse :
"Avec un chien agressif de 40 kg, tes friandises tu te les mets dans le *** avant de te faire bouffer!"
Cette phrase, à elle seule, résume toute l’ignorance. Elle nie des décennies de recherches sur l’apprentissage, la communication canine, le stress, l’éthologie. Elle nie aussi l’existence de centaines de pros qui rééduquent des chiens agressifs sans jamais lever la main ni crier.
J’ai même lu :
"Mieux vaut choquer un chien pendant 6 mois que passer 2 ans à le rééduquer."
Donc l’efficacité rapide vaut mieux que le soin de fond ? Sérieusement ? C’est comme dire : "Arrache la dent au marteau, c’est plus rapide que d’aller chez le dentiste." On touche à l’absurde.
La bienveillance ne veut pas dire absence de cadre. Elle demande des compétences, de l’analyse, de la rigueur. Elle n’est pas plus lente; elle est durable.
Et puis, soyons clairs : si un chien n’avance que sous collier à pointes, collier étrangleur ou la peur… est-ce qu’on peut encore parler d’éducation ? Ou juste de formatage par la peur et la douleur ? C’est comme retirer le fusible d’un voyant de frein parce que la lumière t’agace. Le symptôme disparaît, mais le danger est toujours là. Et tu continues de rouler. En serrant les dents.
Et là, y’a Roger qui débarque :
"Moi, ça fait 30 ans que je sauve des chiens, je sais mieux que tout le monde. Les jeunes maintenant ils sont tous formés en ligne, c’est du vent."
Roger, moi ça fait un bail que j’ai des ovaires, c’est pas pour autant que je suis gynéco.
30 ans à casser des chiens, ça ne fait pas de toi un pro. Ça fait de toi quelqu’un qui s’est jamais remis en question. Et ton égo, il est plus gonflé que ton carnet de suivi. L’expérience ne vaut rien sans introspection.
Et puis y’a ceux qui surfent sur la vague : "Je suis dans le positif, MAIS..." ... ce fameux "mais" qui efface tout ce qui précède. Quand ils disent : "J’adapte mes méthodes à chaque chien", faut entendre : si j’y arrive pas, je ressors l'artillerie lourde. Pas : je réfléchis, je me forme, je m’ajuste avec bon sens.
L’article 14, c’est pas la fin de la liberté. C’est le début d’un nouveau standard éthique. Une piqûre de rappel (sans jeu de mot) : la coopération vaut mieux que la soumission. La peur n’est pas une pédagogie. Le respect, ce n’est pas de la faiblesse.
Et si ton seul outil, c’est de faire mal… c’est peut-être que t’as pas compris le métier.
Les chiens méritent mieux. Le public aussi. L’époque change. Le savoir avance. Et si certains grincent des dents, c’est peut-être parce qu’on leur retire l’excuse parfaite pour ne jamais se remettre en question.
En 2025, on peut choisir : piquer, choquer, écraser… ou éduquer, écouter, comprendre.
Le choix est simple. Et franchement, les chiens valent bien ça, non ?
Sabrina Ricard / Cani'Spirit
Educateur comportementaliste canin