04/05/2026
On continue notre série sur les 5 sens du cheval pour mieux comprendre ses réactions et adapter notre relation avec lui. 🐴
L'odorat
Le cheval perçoit le monde par l'odorat avec une précision que peu d'autres mammifères égalent. C'est un sens d'identification, de mémoire et de communication — bien plus important pour lui que la vue dans la majorité des situations sociales.
Ce qu'il faut savoir :
Le cheval possède environ 300 millions de récepteurs olfactifs dans la cavité nasale, contre 5 à 6 millions chez l'humain. Sa surface olfactive est en proportion plus de 50 fois supérieure à la nôtre — il reconnaît un cheval, un humain ou un objet familier à plusieurs mètres uniquement par leur signature olfactive.
Le cheval possède un organe voméronasal (organe de Jacobson) situé au-dessus du palais, spécialisé dans la détection des phéromones — composés chimiques volatils émis par d'autres chevaux pour signaler leur état reproducteur, leur statut social, leur niveau de stress. Cet organe est totalement absent chez l'humain.
Le comportement de flehmen — lèvre supérieure retroussée, dents apparentes, tête levée — n'est pas un sourire ni une grimace. C'est l'acte par lequel le cheval transfère une odeur intense vers son organe voméronasal pour l'analyser en profondeur. Les mâles flehmen plus souvent que les femelles, surtout face à l'urine d'une jument en chaleur ou à une odeur entièrement nouvelle (médicament, parfum, désinfectant).
Le cheval sent le sol qu'il croise — chaque crottin, chaque flaque d'urine sur un chemin lui transmet l'identité, le sexe, l'état hormonal et parfois même l'humeur des chevaux passés avant lui. Un chemin de promenade régulièrement emprunté par d'autres chevaux est lu comme un journal d'informations sociales pendant des kilomètres.
Le cheval est sensible aux odeurs émotionnelles humaines
Plusieurs études récentes (notamment celles de l'université de Pise en 2022) montrent que le cheval distingue par l'odeur la sueur d'un humain stressé de celle d'un humain calme. Il modifie son comportement en conséquence — vigilance accrue, fréquence cardiaque qui s'élève, recul du contact si la personne en face de lui transpire la peur. Cela explique pourquoi un cavalier anxieux contamine systématiquement son cheval, même sans gestes brusques. Le cheval ne voit pas la peur — il la sent.
L'odorat permet aussi la reconnaissance individuelle. Une jument retrouve son poulain dans un troupeau de plusieurs dizaines d'individus uniquement par l'odeur, dans l'obscurité totale. Un cheval reconnaît son propriétaire absent depuis des mois dès que celui-ci ouvre la porte de l'écurie, avant même d'avoir vu ou entendu sa silhouette. Les présentations entre nouveaux chevaux passent par un long contact museau-à-museau qui n'est pas un câlin — c'est un échange d'identité olfactive complet.
Comprendre son odorat, c'est comprendre pourquoi il refuse soudainement d'avancer sur un chemin, pourquoi il fixe un buisson sans rien voir, pourquoi il flaire vos vêtements au retour d'une longue absence. Dans le prochain post, on parlera du toucher et tout deviendra encore plus cohérent quand on relie ses sens entre eux.