03/11/2020
Le rat ce mal aimé que nous devrions adorer
Laisser un commentaire.
https://savoir-animal.fr/le-rat-ce-mal-aime-que-nous-devrions-adorer/?amp&__twitter_impression=true
« Tout comme l’homme, les animaux ressentent le plaisir et la douleur, le bonheur et le malheur »
Charles DARWIN
Le poids de l’histoire, le poids des rumeurs et quelques vérités…
Qualifié de nuisible, il dégoute, il effraie, et cristallise sur lui depuis les grandes épidémies de peste, des peurs irraisonnées, des haines et des déchainements de violence.
Pourtant, rendre responsable le rat de la peste bubonique est une injustice, car ce dernier en était la première victime par l’intermédiaire de puces infectées. Ces dernières abandonnant leur hôte mort, et ne trouvant pas d’autres rongeurs ou petits animaux se rabattaient alors sur l’homme, qui à son tour succombait à ce mal affreux.
De nos jours, le rat des greniers, réservoir de la maladie a presque totalement disparu des villes depuis la création des égouts, mais son cousin le surmulot ou plus communément appelé « rat d’égout » continue de porter la croix et les mythes qui collaient à la peau de son frère de souffrance.
Les rumeurs sont tenaces et malgré l’invention d’un vaccin par l’institut Pasteur et le fait que la puce du surmulot ne soit pas porteuse de la bactérie Yersinia pestis, comme celle qui contaminait son cousin le rat noir, les peurs se transmettent encore dans l’inconscient et par ignorance de génération en génération.
Concernant la Leptospirose, cette maladie d’origine bactérienne (Leptospira interrogans), le rat en est effectivement l’un des réservoirs parmi beaucoup d’autres, comme les bovins, les chevaux, les cochons, les chiens qui excrètent eux aussi la bactérie par leurs urines. Cette bactérie se maintient ensuite dans les milieux extérieurs humides (eau douce, sols boueux) dont le rat, excellent nageur est le locataire.
Souvent bénigne chez l’homme, elle infecte cependant gravement plus de 1 million de personnes dans le monde entraînant dans les cas les plus sévères la mort pour 5 à 20% des malades. Certaines professions (agriculteurs, éleveurs, égoutiers, éboueurs) et certaines pratiques de loisirs nautiques (baignade, canoe, Kayak etc) ou encore la chasse et la pêche sont particulièrement à risque.
En France, un vaccin monovalent, est proposé aux travailleurs exposés pour les égoutiers et les éboueurs. Un vaccin multivalent existe aussi pour les chiens et est particulièrement utilisé. Néanmoins, le risque de contracter cette maladie reste faible pour le citoyen lambda.
Le rat, un auxiliaire de l’environnement et un lanceur d’alerte
Le rat nuisible ? Quoi qu’il en soit, il n’est pas classé comme tel par la préfecture…et que dire alors des services qu’il rend à la collectivité ? Rien qu’à Paris d’après le WWF, c’est près de 800 tonnes qui seraient éliminés par ce petit animal capable d’ingurgiter l’équivalent de 10% de son poids par jour. A lui seul, le rat brun, élimine près de 10 kilos de déchets par individu et par an que l’homme produit. Que se passerait-il, si nous écoutions les partisans de son éradication, les égouts seraient-ils suffisamment entretenus ? On est en droit de se poser la question, au regard de la mauvaise gestion des déchets dans de nombreuses communes.
De plus, le rat brun est une sentinelle, qui indique des problèmes dans le sous-sol de nos villes comme la montée des eaux ou les fuites de gaz. Ses remontées en surface ne sont jamais anodines, si l’on excepte celles où notre ami part faire ses courses dans la masse de détritus que nous générons et jetons au sol.
La solution ne se trouve pas dans son élimination
Des légendes urbaines indiquent qu’il y aurait autant de rats que de Parisiens, cependant aucune étude n’a évaluée le nombre exact du petit muridé. Pour certains experts, ils seraient près de 4 millions.
Le simple fait de voir des rats en surface n’est pourtant pas un indicateur d’une éventuelle prolifération, mais plutôt un signe de perturbation de son territoire. Par exemple, l’importance et la multiplication des travaux sur Paris font que les rats sont dérangés et remontent en surface. L’état de saleté de nos rues et de nos jardins est aussi une source d’attrait pour ce petit gourmand qui se nourrit de nos déchets.
Les rats sont des animaux territoriaux qui s’autorégulent selon la disponibilité de nourriture, il est donc important que le civisme l’emporte sur le barbarisme de son éradication.
Car comme bien souvent, les édiles locaux réagissent sous la pression médiatique et mettent en place, souvent à la suite de vidéos devenues virales sur la toile, des campagnes de dératisation coûteuses, cruelles et inutiles. Ces dernières se sont multipliées à l’approche des élections municipales de 2020. Le rat était devenu dans beaucoup de communes, et malgré lui, un enjeu de campagne, autant que la propreté des rues.
Si beaucoup d’actions vont dans le bon sens, comme la mise en place de poubelles spéciales, de campagne de sensibilisation à la propreté et d’opérations de verbalisation à l’encontre des contrevenants qui jettent leur nourriture par terre. Il reste néanmoins le problème de l’empoisonnement des rats qui en plus d’être cruel, ne répond en rien au casse-tête de la saleté des rues.
Des villes comme New-York expérimentent depuis quelques années des méthodes contraceptives (Contrapest) dont la molécule utilisée, le Vinylcyclohexene, n’agit, selon l’entreprise qui la produit, que sur les cellules des rats et n’affecte pas les autres animaux, ni les humains. Cette piste moins cruelle devrait être étudiée par nos municipalités afin d’envisager d’autres solutions que l’empoisonnement.
En conclusion, cette lutte barbare et sans fin qui se joue dans nos villes ne montre aucun résultat pérenne et ressemble bien trop souvent à des opérations de communication où le rat est présenté comme un ennemi générateur d’un potentiel risque sanitaire, alors que le principal problème réside encore et toujours dans notre comportement.