21/03/2026
LES 4 TYPES DE CAVALIERS
Il existe officiellement 4 types de cavaliers.
( Non en fait il y en a 784 , mais on va rester sur les grandes familles, si vous le voulez bien… ).
4 profils que l'on reconnaît de loin et qu'on a tous vu immanquablement dans les écuries de l’Hexagone. Chacun croit secrètement être unique, même quand ils pourraient inspirer un auteur de BD à eux tout seul.
D’abord il y a le MINIMALISTE radicale, celui qui considère que tout ce qui n’est pas strictement vital pour la survie du cheval est un luxe décadent. Souvent un cavalier de la génération d'avant Naca , PLP et Hermes (...Ha non ! pas Hermes).
Son cheval vit dehors toute l’année car " La pluie renforce les défenses immunitaires , le gel durcit les sabots et le vent parfait le brushing "
Il connaît par cœur la vie sociale du troupeau :
qui domine, qui triche, qui fait semblant de boiter.
Il monte trois fois par saison , sauf les jours où :
“Non mais aujourd’hui je veux pas le déranger.”
Alors que son cheval , lui, ne s’est jamais senti dérangé par l’idée de sortir se promèner au pas.
Il arrive avec des bottes en caoutchouc héritées de son grand père , un vieux licol qui a connu trois générations de poneys ,un bouchon avec trois poils sur le cailloux qui date de l'époque où Johnny Hallyday faisait encore des concerts debout pour finalement gratter son cheval pendant quarante secondes en murmurant « t’es content hein mon grand », et repart convaincu qu’il a passé la meilleure journée de sa vie.
" non mais moi je n'fais pas de chichi, mon cheval il est heureux comme ça ".
Ensuite vient la PRINCESSE bling-bling, pour qui le cheval est un accessoire de mode ambulant de six cents kilos.
Rien ne compte plus que ce que les gens pensent d'elle et de son cheval.
Côté matos , si ce n’est pas rose gold, pailleté ou personnalisé avec le prénom brodé en fil d'or, ça n’existe pas.
Son cheval vit dans un box ou paddock individuel qui ressemble à la loge VIP de Beyoncé : ventilateur Dyson, diffuseur d’huiles essentielles " sérénité & ambition olympique ".
Elle dépense en un mois ce que la plupart des gens gagnent en un trimestre, et juge sévèrement quiconque ose mettre de la graisse de sabot vendue dans un magasin de fourniture agricole.
Quand on lui demande pourquoi elle a commandé des guêtres incrustées de vrais cristaux Swarovski pour un cheval qui passe ses journées à brouter, elle répond avec un petit sourire supérieur qu'un cheval a ce prix , est forcément plus fragile qu'un vase en porcelaine ( ..." He ba , ça valait le coup ")
Son cheval vit en box ou paddock individuel et a plus de tapis qu'il n'existe de couleurs de l'arc en ciel alors que son cheval n'est pas sorti du club depuis 2009.
Il y a aussi le COMPETITEUR chronique stressé, celui qui calcule son pourcentage de réussite au dixième près et qui vit dans la terreur constante de redescendre dans son classement permanent.
Il se lève à l’aube pour décortiquer la vidéo de son dernier parcours image par image, envoie des vocaux de huit minutes à son coach avant même que le jour soit levé, et nourrit son cheval avec des compléments alimentaires dont le prix au kilo dépasse celui du caviar.
Un petit saut maladroit dans le pré lui fait dire immédiatement " il est chaud, je te jure on tape le Grand Prix la semaine prochaine ", tandis qu’un refus à 90 cm déclenche une crise existentielle où tout est remis en question , sauf lui :
" C’est la selle. C’est forcément la selle. J’appelle le sellier ce soir. "
Quand toi tu trouve que ton cheval “ est un peu raide à gauche.” lui il “observe une dissymétrie fonctionnelle probablement liée à une compensation scapulo-thoracique avec engagement postérieur insuffisant.”
Il gère son cheval comme une PME en redressement judiciaire.
Tout est noté :
ration au gramme près , planning hebdomadaire
suivi ostéo, dentiste, maréchal, météo, phases de lune et probablement horoscope ...
Sa vie tourne autour d’un seul objectif : prouver que le juge avait de la m***e dans les yeux le jour où il a eu 72,3 au lieu de 75.
Il connaît le prix de tout.
Sauf celui de sa dignité quand il court derrière son cheval dans le pré avec un licol sous le bras.
Enfin, la dernière catégorie : la THÉRAPEUTE émotionnelle.
Elle ne possède pas son cheval , elle “chemine avec un être vivant doté d’une sensibilité propre dans une relation d’échange énergétique”.
Quand elle l'a acheté , elle rêvait de galop au coucher du soleil, complicité, regards profonds pour finalement apeller son cheval 12 fois dans le pré et finir par aller le chercher avec un seau, en se faisant poursuivre par une chèvre qui n’était même pas concernée.
Pour elle, le cheval n’est ni un athlète, ni un accessoire, ni même vraiment un animal : c’est son confident, son enfant, un ami qui ne l'a jamais trahi ou ghostée sur insta , son psy gratuit (quoique..si on y réfléchit bien...).
Elle passe des heures au box à lui raconter par le menu ses déboires amoureux, ses angoisses existentielles et ses notes de frais non remboursées. Elle brosse, masse, huile, chuchote, s’excuse d’avoir pleuré sur son encolure lundi dernier, et repart apaisée parce que " il m’a fait un gros câlin il sentait que j’étais pas bien "
Elle monte parfois… mais surtout elle ressent. Elle passe plus de temps à réfléchir à sa relation avec le cheval qu’à réellement monter dessus car elle n’a aucun projet technique.
Son objectif est simple :
rester sur le cheval jusqu’à la fin de la balade.
Il dit des trucs du genre : “Je ne cherche pas à contrôler… je cherche à dialoguer.”
Son cheval, lui, cherche surtout à manger.
Il peut passer 45 minutes à le regarder bouffer du crottin frais dans son champ en se demandant : “Est-ce qu’il est vraiment heureux… ou est-ce qu’il joue un rôle social imposé par l’homme moderne ?”
Évidemment aucun de ces personnages n'existe vraiment.
Dans la vraie vie la plupart des propriétaires sont un mélange instable de ces quatres profils, avec un jour minimaliste quand le compte en banque tousse, un jour princesse quand arrive le nouveau catalogue Schockemöhle, un jour compétiteur quand la météo est parfaite, et un jour psy ( ou patient ) quand le moral est dans les chaussettes
Mais quelque soit le profil on a tous un point commun :
On commence la journée avec des convictions…
Jusqu'à ce que le cheval en decide autrement.
Parce que dans cette grande comédie équestre,
le vrai patron c’est toujours celui qui n’a pas de pouce opposable... Tout ça pour ça 🤷
Les crins de verdure