10/02/2026
Une nouvelle entrée au Bestiaire !
Amour Noir : La Gardienne du Seuil
Au château des Devil’s Shadow, il y a des chevaliers en armure, des grimoires qui soupirent quand on les dérange, et puis il y a Amour Noir.
Amour Noir n’est pas une chatonne ordinaire. Elle est née avec un léger re**rd sur la réalité.
À la naissance, elle a fait un détour pour accompagner ses deux sœurs vers le Voile qui sépare le monde des vivants de celui des étoiles, s’assurant qu’elles ne se perdent pas en chemin. Elle est restée avec elles jusqu’au bout, puis elle est revenue.
Depuis, Amour Noir vit sur le seuil, là où les mondes se frôlent.
Elle voit tout :
Les humains, qu’elle trouve un peu lents.
Les mouches, qu’elle juge franchement impolies.
Et surtout les "zinzinvisibles" : ces âmes errantes parties trop tôt et ces ancêtres un peu trop bavards qui hantent encore les couloirs du château. Personne ne les voit, sauf elle !
Essayez de sauter sur un canapé pendant qu’un arrière-arrière-grand-oncle invisible vous mime la chasse à la souris au XIVᵉ siècle, pendant qu’un esprit du tapis crie « attention au bord ! » et qu’un autre demande s’il peut passer avant les autres.
Voilà pourquoi Amour Noir rate souvent ses sauts. Ce n’est pas de la maladresse. C’est une surcharge de réalité !
Un mardi après-midi, le calme fut rompu par une cacophonie invisible. Toutes les voix décidèrent de parler en même temps. Les ancêtres donnaient des conseils, les disparus cherchaient leur chemin, et même son ombre semblait chargée de souvenirs.
Amour Noir courut à droite, puis à gauche, essayant de faire de la place.
Elle bondit sur la bibliothèque pour tenter d’y voir plus clair, provoquant une avalanche de grimoires.
Dame Dolores, sa tante, ne manqua pas l'occasion de lui passer une sacrée soufflante !
C’en était trop.
Amour Noir s’arrêta net, gonfla son pelage jusqu’à ressembler à un oursin, planta ses pattes dans le sol et lança un formidable :
« MIAOUTUS ET BOUCHE COUSUE ! »
Un cri qui signifiait que le prochain fantôme qui l’ouvrait sans autorisation allait finir rangé dans un tiroir à chaussettes.
Pour les vivants, ce n'était qu'une petite boule de poils se battant contre le vide. Mais du côté du Seuil, Amour Noir remettait de l'ordre dans la famille.
Elle faisait des allers-retours frénétiques, distribuant des regards sévères pour apaiser ce tumulte.
Elle ne se contenta pas de les faire taire, elle les classa.
Elle instaura le stationnement alterné : les ancêtres à gauche les mardis, les âmes errantes à droite les mercredis, et priorité absolue aux vivants dans la cuisine aux heures des repas !
Elle traça des lignes invisibles avec sa patte pour délimiter les couloirs de circulation.
Peu à peu, le silence revint. Les rangs se formaient, chacun respectant sa place de stationnement, et le bazar invisible devenait enfin paisible.
Amour Noir s’effondra au milieu des livres, épuisée mais fière. Elle observa son œuvre, puis poussa un petit miaulement satisfait : « Ne me remerciez pas. C’est gratuit. Et pour le vase cassé, voyez ça avec l’esprit du couloir. C’est lui qui a commencé. »
Depuis ce jour, quand Amour Noir fixe le vide ou saute comme un ninja pour attraper un jouet imaginaire, personne ne l’interrompt.
On sait qu’elle gère les affaires sacrées de la lignée et qu'elle a mis de l'ordre dans l'au-delà.
Elle garde toujours une oreille tendue pour écouter ses sœurs qui lui murmurent des secrets depuis les étoiles, ou pour aider un ancêtre à transmettre, enfin, son dernier message.