17/06/2021
Mon (humble) avis sur la stérilisation de nos animaux
Je reçois souvent des messages de clients qui me demandent mon avis sur la stérilisation avant de l’envisager (ou non) pour leur chien. Il est tout à fait légitime de chercher à améliorer le bien-être de son compagnon en tendant vers le « naturel » : on nourrit davantage au BARF, on veille à combler les besoins exploratoires, masticatoires, olfactifs, sociaux de son animal, on a contribué à abolir l’otectomie de convenance, on remet en cause l’hypertype au sein de certaines races pour revenir vers un type racial plus originel, etc. Et bien sûr, on s’interroge sur les effets néfastes de la gonadectomie (l’ablation des testicules pour les mâles/des ovaires pour les femelles). On a beaucoup plus de considération pour l’intégrité physique du chien, et c’est une très bonne chose.
Cependant, chaque fois qu’un sujet est un peu sensible (et le sujet « coucougnettes de mon chien » l’est particulièrement - les ovaires de la chienne semblant intéresser beaucoup moins certains propriétaires… serions-nous un poil macho, nous Français ?), il déchaîne les passions et entraîne des prises de position extrémistes. J’ai récemment lu, atterrée, les propos d’une personne qui, commentant un article sur le thème de la stérilisation, affirmait qu’elle n’adopterait plus jamais en refuge car les chiens y étaient systématiquement stérilisés… là, ça va trop loin. Si cette personne venait passer du temps dans un refuge (pas une après-midi, pas une semaine, je parle là de bénévolat actif sur une durée conséquente), il est certain qu’elle ne pourrait plus tenir ce genre de discours. Quand on récupère une portée de chiots abandonnée devant un cabinet vétérinaire parce que le propriétaire de Mirza n’a pas daigné dépenser de l’argent pour stériliser sa chienne et éviter qu’elle soit saillie par les chiens des alentours, quand on recueille des chiens abandonnés par leurs maîtres pour cause de « manque de temps » après qu’ils les ont accueillis chez eux sur un coup de tête suite à un tour sur un site de petites annonces, ou quand une collègue doit amener chez le vétérinaire une ribambelle de chatons qui appellent leur mère de toutes leurs forces pendant tout le trajet en voiture, mère qu’ils ne reverront jamais parce qu’ils vont être endormis définitivement (les associations ont rarement les moyens de sauver des portées entières d’animaux), on ne peut décemment pas s’opposer à la stérilisation.
On pourrait compter sur la responsabilité des propriétaires, et se rassurer en pensant qu’ils sont tous assez matures pour comprendre qu’on ne fait pas reproduire un animal pour son bon plaisir, ou pour se faire un petit billet. Mais ce serait utopique ! Combien de propriétaires sont surpris de découvrir leur chienne gravide parce qu’ils ne pensaient pas que les mâles étaient capables d’escalader une clôture pour rejoindre une femelle en chaleur, combien veulent faire reproduire leur chienne pour en garder un chiot (sans se préoccuper outre-mesure de l’avenir des huit autres), parce que « elle a besoin de faire une portée pour être équilibrée » (aberrant), ou simplement parce que c’est mignon et pédagogique pour les enfants. La reproduction, ça se réfléchit, et ca ne devrait être réservé qu’à des éleveurs responsables, ayant une vraie éthique, une véritable passion du chien et de leur race de cœur, formés en génétique pour éviter de faire des bêtises, et ayant de solides connaissances en comportement canin pour la même raison. Ça ne court pas les rues, mais ça existe.
La gonadectomie a des conséquences sur l’organisme, bien sûr. Elle n’est pas non plus la solution à tous les problèmes de comportement ! Elle peut être efficace en cas d’agressivité entre mâles entiers par exemple, en cas d’hypersexualité ou d’autres soucis liés à un excès de production de testostérone, mais elle ne va pas « calmer » un chien au tempérament actif ou présentant des comportements agressifs envers les humains, par exemple. Cependant, elle a aussi de gros avantages : le premier, éviter les portées non désirées, bien sûr, mais aussi supprimer la frustration sexuelle permanente de certains mâles qui sont bien plus sereins une fois débarrassés de ce fardeau. « Ce n’est pas naturel », me direz-vous, mais pour un chien, ce n’est pas non plus naturel de ne pas pouvoir se reproduire quand il le souhaite… Quant au fait d’envisager de faire faire une saillie à votre mâle entier pour l’apaiser, n’y songez pas, cela ne sert strictement à rien.
Concernant les femelles, oui, certaines femelles stérilisées peuvent présenter une petite incontinence (j’ai connu ça avec ma femelle Amstaff il y a quelques années), oui, d’autres peuvent souffrir d’un dérèglement hormonal avec des conséquences physiques et/ou comportementales, bénignes à importantes. Mais il y a aussi de nombreuses chiennes non stérilisées qui développent un pyomètre quand elles atteignent l’âge moyen. C’est extrêmement douloureux et cela peut leur coûter la vie. Je ne suis pas vétérinaire, je n’ai pas de chiffres à vous donner, je ne fais que constater ce que je vois autour de moi depuis plusieurs années. J’ai été bénévole en refuge pendant sept ans, tous nos mâles et nos femelles étaient stérilisés, et je suis loin d’avoir constaté les effets catastrophiques de la stérilisation dont on parle tant à l’heure actuelle. Je partage ma vie avec deux chiens mâles castrés qui se portent merveilleusement bien, qui ne sont pas de grosses patates amorphes (quoique, Farouk 😄…), et qui ne sont pas perturbés par les chaleurs des chiennes des environs. Je ne sais pas si je ferai castrer le prochain : s’il est entier et qu’il vit une vie sereine, il sera inutile de penser à cette intervention, en revanche je le ferai si je constate que cela lui pose problème dans son existence quotidienne de chien.
Quand une personne me demande si je pense que stériliser son chien serait nécessaire, je ne lui réponds pas systématiquement par l’affirmative. La stérilisation doit être considérée au cas par cas. Si votre mâle entier se porte à merveille, vit très bien sa vie sans être obsédé par l’idée de se reproduire jusqu’à se mettre en danger et ne harcèle pas les autres chiens, pourquoi le faire castrer ? Soyez ouvert d’esprit, renseignez-vous auprès de professionnels autour de vous avant de prendre une décision définitive, testez l’implant provisoire pour évaluer les futurs effets de la castration. Prenez la décision de l’opération si vous pensez qu’elle améliorera le confort de votre compagnon où renoncez-y si vous pensez que ses problèmes de comportement éventuels trouvent leur cause ailleurs, mais surtout, ne diabolisez pas la stérilisation. Elle a permis jusqu’à présent d’éviter des milliers de portées non désirées et de faire en sorte que les refuges pour animaux ne soient encore plus remplis qu’ils ne le sont déjà.
(Sur la photo : Indiana, Border Collie, et Farouk, American Staffordshire Terrier, tous deux adoptés en refuge)
Elsa Weiss / Cynopolis
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