10/01/2026
LE PUPPY BLUES
👶 On parle de “baby blues” chez l’humain, ce moment de détresse et de perte de repères qui arrive après la naissance d’un enfant. Chez la femme, on note même des marqueurs hormonaux à l’origine de cet état émotionnel.
😭 On parle aussi de puppy blues (ou doggy blues) lors de l’arrivée d’un chiot… ou d’un chien adulte. Et non, ce n’est pas un caprice. C’est un véritable état de détresse émotionnelle, encore trop souvent minimisé ou jugé.
Pourquoi je veux parler du puppy blues ? Parce que j’en ai vécu un après l’arrivée de Laponie en 2016, sans savoir ce que c’était. Et j’en ai vécu un autre (carabiné) l’année dernière, après l’arrivée de Big Ben, chiot chihuahua de 2 mois.
😶🌫️ Pourtant, j’avais tout anticipé, tout préparé pour que ça n’arrive pas. J’avais même fait des séances de psy / hypnothérapie pour être au top à son arrivée. Et très rapidement, le rêve s’est transformé en cauchemar.
Il était si petit, si perdu, si bébé.
🤯 Je m’étais mis une pression de malade pour ce chiot. J’avais lu et relu toutes les ressources possibles et imaginables sur l’éducation du chiot.
▶️ La période de sociabilisation entre 2 et 4 mois, primordiale. Si vous la loupez, votre chiot est foutu et sera un monstre. (Ca y est, vous êtes dans ma tête).
▶️ Les gamelles qu’il ne mangeait que si j’étais à côté de lui. Il sera une petite chose fragile assistée toute sa vie.
▶️ Les cris au loup dès que je sortais de son champ de vision. Il ne supportera jamais la solitude.
▶️ Les ratés sur les pipis malgré les réveils nocturnes et la surveillance presque H24. Il ne sera jamais propre.
▶️ L’angoisse totale de mettre un collier ou un harnais. Il se fige, se secoue, pleure. Il ne supportera jamais aucun matériel.
▶️ Les balades collé à mes basques, sans aucune prise d’odeur ni signe de plaisir. Il n’aimera jamais les balades. Et moi, je n’ai que ça à lui offrir.
▶️ Les minutes interminables à réussir (ou pas) à le faire sortir de la maison juste pour aller dans le jardin. Il ne me suit pas. Il ne m’aime pas. Il ne m’aimera jamais.
On est mardi 18 mars 2025, Big Ben est là depuis 11 jours, et je vais rappeler l’éleveuse pour lui ramener.
😔 Je ne le dis à personne, j’ai honte. Mais personne ne comprend ma détresse. “T’as voulu un chiot, t’as un chiot ! Ca va, tu sais faire ! Mais pourquoi tu te mets dans des états pareils ?”
🥺 Finalement, j’aurai encore plus honte de le ramener. Alors je continue à pleurer tous les jours, plusieurs fois par jour. Quand je le regarde, je vois le futur chaotique du chien réactif à tout, mordeur, agressif avec les autres chiens, les humains, le chien que je ne pourrai jamais lâcher… mes rêves de vie harmonieuse avec un petit chien câlin, amical et sociable s’envolent.
Voilà ce qui s’est joué, à peu près, dans ma tête pendant quasiment un mois et demi.
🙏 Et je me suis sentie seule, très seule. Clara, Pauline et ma mère étaient là, et heureusement. Sans elles, je crois que j’aurai craqué et je l’aurai ramené, ou placé ailleurs. Elles m’ont soutenue, peut-être pas comprise, mais elles ont été présentes, presque quotidiennement. Elles m’ont dit ces mots : “je suis là pour toi”. Et ça a fait toute la différence.
😶 Beaucoup de gens traversent un puppy blues à l’arrivée d’un chiot. Les chamboulements sont importants, tout le rythme de vie est bousculé, les habitudes aussi. Toute l’attention est tournée, presque H24 sur ce nouveau petit être dont on est responsable pour les 15 ans à venir. C’est une pression énorme. Et quand, comme moi, on projette tous les problèmes qu’on veut éviter, on court à la catastrophe.
Le puppy blues est plus ou moins long et plus ou moins important selon les gens et les profils psychologiques. Mais le chien est rarement le réel fond du problème. Sauf s’il y a effectivement des difficultés comportementales à régler.
Chez moi, c’est venu titiller des peurs profondes : être aimée - ne pas être aimée - être rejetée - ne pas être à la hauteur.
Avec un chien adulte avec qui on partage le quotidien depuis des années, tout est facile, calé, routinier. Et surtout, il y a cet amour réciproque dans nos yeux quand les regards se croisent.
Avec un chiot (ou un chien qui débarque), il n’y a pas cette lueur dans les pupilles. Il y a juste des milliers de questions : “t’es qui ? tu me veux quoi ? pourquoi je suis là ? elle est où ma famille ? c’est quoi ces tissus ? Et cette grande pièce ? et ce truc autour de mon cou ? …”
Mon puppy blues s’est arrêté quand Big Ben a commencé à prendre ses marques, me regarder autrement et quand je l’ai presque entendu dire “maman”.
Une règle simple, que j’avais lue mais eu beaucoup de mal à intégrer : la règle des 3-3-3.
🔵 3 jours pour que le chien prenne conscience qu’il est dans un nouvel environnement
🔵 3 semaines pour qu’il commence à prendre quelques habitudes et comprenne le fonctionnement de la maison
🔵 3 mois pour qu’il se sente chez lui
❤️🩹 Alors à toutes celles et ceux qui vivent un puppy blues : n’ayez pas honte, c’est normal. Et ça va passer. C’est horriblement difficile à vivre, entre tristesse, incompréhension, angoisse de l’avenir, peur d’être jugé… mais on s’en sort. La clé, c’est de ne pas être seul, d’être soutenu par des proches, amis, famille etc.
🤝 Donc à toutes celles et ceux qui connaissent quelqu’un en train de traverser un puppy blues : par pitié, ne le jugez pas, ne lui sortez pas les “yakafokon”, ne minimisez pas. Aidez-le, soutenez-le, montrez lui votre présence, ne l’abandonnez pas, même si vous ne comprenez pas ce qu’il vit.
❤️ Aujourd’hui, ça fera bientôt un an que Big Ben est arrivé à la maison, et c’est un petit chien extraordinaire : sociable avec les autres chiens, un peu en difficulté avec les humains mais en progression, infatigable en balade et parfaitement adapté à la vie en meute chez les Huard !
🎧 Pour aller plus loin, je vous invite à écouter le podcast de Claire Gerboud (La Niche Aventure). Ça a été salvateur pour moi !
https://podcast.ausha.co/la-niche-aventure/tem01-leonie-clement-et-billy-le-puppy-blues
https://laniche-aventure.fr/portfolio-items/ep30-puppyblues