27/04/2026
On m’a appelé pour intervenir auprès d’un chien croisé Malinois et Cane Corso. C’était un adolescent, encore en phase d’apprentissage.
Lorsque j’ai rencontré sa maîtresse, j’ai tout de suite remarqué quelque chose de particulier : elle parlait extrêmement doucement. Elle s’adressait à moi, mais je distinguais à peine ses mots, seulement quelques syllabes.
J’ai commencé à travailler avec son chien. Puis, à un moment donné, je lui ai simplement demandé d’essayer de parler un peu plus fort. Mais elle n’y arrivait pas. Elle était gênée, mal à l’aise, comme bloquée.
Nous sommes donc rentrés chez elle, avons lâché le chien, puis sommes partis prendre un café. Là, tranquillement, je lui ai proposé un exercice un peu particulier. Je lui ai demandé de dire :
« Assis, co***rd ! »
Elle m’a regardé, extrêmement gênée.
Je lui ai alors expliqué : si tu demandes « assis » à ton chien et qu’il ne le fait pas, puis que tu répètes « assis, co***rd ! », ce n’est pas le mot qui fait la différence. Ce qui compte, c’est l’intention, l’énergie, l’expression du visage. Ta voix devient plus ferme, plus engagée… et c’est cela que ton chien perçoit.
Mais malgré tout, elle restait bloquée.
Alors je l’ai provoquée, avec humour et un peu de défi :
« Assise, co****se ! »
Elle m’a regardé. Dans ses yeux, il y avait tout ce qu’elle n’osait pas dire… comme si elle me répondait intérieurement : « co***rd ».
Je lui ai dit :
« Dis-moi ce que tu dois faire. »
Et là, elle a essayé :
« Asssssiiiiiiisssss… coooonnnnard… »
À peine audible.
Je lui ai demandé de recommencer :
« Redis-moi ce que tu as dit. »
Et cette fois, elle a lâché :
« ASSIS, CO***RD ! »
On a éclaté de rire.
À partir de là, nous avons travaillé cet exercice dans différentes situations. Petit à petit, quelque chose changeait chez elle : plus de présence, plus d’intention, plus d’assurance.
Puis le chien est revenu.
Nous avons repris l’exercice. Elle a demandé « assis » — rien.
Puis elle a tenté : « Assis» sans le dire «co***rd ! » mais ça tête lui disait.
Et là, quelque chose était différent. Son visage, son énergie, sa posture… tout avait changé.
Le chien s’est assis.
Je lui ai dit :
« Tu as vu ? Il s’assoit… et pourtant, tu n’as rien changé aux mots. C’est toi qui as changé. »
Elle m’a regardé et m’a répondu :
« C’est toi qui m’as changée… en mieux. Quand tu m’as dit “assise, co****se”, tu m’as rendue plus forte. Et je t’en remercie. »
Nicolas Greveldinger