29/06/2022
Le choix (ou le poids ?) des mots.
Récemment, lors de l’un de mes passages à la radio, mon père m’a refait une remarque, qu’il me fait régulièrement lorsqu’il m’écoute sur ce média : « Quand tu parles des ‘humains’ du chien, c’est choquant ! ».
Nous avons alors, de nouveau, échangé sur le choix de ces mots, qui n’a rien d’anodin, et j’avais envie de vous faire partager cette réflexion, qui est effectivement très importante à mes yeux.
La sémantique (ou le sens de mots dans le langage) revêt une grande importance dans mon quotidien d’éducatrice canin, car j’ai la sensation qu’ils sont porteurs des valeurs que je tente d’incarner et de transmettre.
Il s’agit donc d’utiliser les bons mots pour parler des bonnes choses et, par voie de conséquences, de cesser d’en utiliser certains.
Pour prendre un exemple très concret, parlons des mots que nous utilisons pour nous qualifier vis-à-vis de nos chiens. Dans la majorité des cas, le terme employé est celui de « maitre.sse ».
On remarque que ce sont les mots que beaucoup utilisent spontanément, sans y prêter attention, car c’est rentré dans une sorte de langage commun, c’est accepté, normalisé. Nous sommes les maître.sses de nos chiens, c’est comme ça, c’est évident. « Et puis, tu voudrais dire quoi d’autre de toutes façons ? »
De mon côté, et depuis plusieurs années déjà, je me refuse à utiliser ces termes, car il m’apparait que je ne suis en aucun cas la « maîtresse » des mes chiens, pas plus qu’ils ne sont mes esclaves.
Eh oui ! Ces mots, si innocents puissent-ils paraitre, ont un sens, un vrai.
Voici celui que lui donne l’Académie Française, par exemple :
"Celui, celle qui commande, qui domine, soit de droit, soit de fait.
Personne qui en dirige d’autres selon sa volonté, qui tient des hommes, des lieux sous son autorité."
Pourtant, dans mon quotidien, je ne suis en aucun cas en situation de dominance dans ma relation avec mes chiens, je ne cherche pas à les assujettir et ne souhaite pas que nos rapports soient basés sur une forme d’intimidation quelconque.
Au-delà de ça, il me semble que, si l’on fait preuve d’honnêteté, nous sommes bien loin de ces idées lorsque nos chiens vivent au cœur de nos quotidiens, dorment dans nos maisons, chambres et canapés. Car la grande majorité des gens que je rencontre adoptent un chien pour qu’il fasse partie de leur famille, qu’il en soit un membre à part entière. C’est alors une belle idée, une volonté de partager sa vie entière avec un être vivant unique mais en aucun cas un esclave que l’on veut soumettre à son autorité.
Là où le bât blesse, comme on dit, c’est que nous confondons respect et totalitarisme.
Non, je ne domine pas mes chiens mais ils ne me dominent pas non plus. Non, je ne domine pas mes chiens mais, oui, ils me respectent, ainsi que nos règles de vie, autant que je les respecte dans leur intégrité et leurs spécificités liées à leur espèce.
Ne pas être le maître, la maitresse de son chien ne signifie pas céder la place au chaos. Cela signifie vivre ensemble, dans le respect de chacun, simplement.
Cesser d’utiliser ces termes, c’est peut-être choquant mais c’est aussi nécessaire.
Pour en finir avec des idées reçues, de vieilles croyances qui n’ont aujourd’hui plus aucun sens et qui doivent être abattues car elles véhiculent des messages ainsi que des pratiques obsolètes voir même dangereux.
De tous temps, certains se sont levés pour s’opposer à des idéaux qui paraissaient pourtant d’une normalité absolue à ce moment-là. Les femmes n’avaient pas le droit de voter, de travailler et c’était une évidence pour tout le monde, c’était ainsi que le monde fonctionnait depuis si longtemps que fort peu pensaient à remettre cela en question.
Pourtant, certains ont protesté et ce qui semblait être des règles éternelles se sont vu modifiées pour devenir la norme actuelle dans beaucoup de pays occidentaux (ne revenons pas sur ce qui se passe actuellement aux USA svp, un pauvre article de ma plume serait si loin d’être suffisant pour parler d’un tel sujet…).
Nous sommes les humains de nos chiens, leurs gardiens. Éventuellement, si l’on doit s’en remettre strictement à la dimension légale de notre relationnel, nous sommes leurs propriétaires… et encore que la notion de propriété m’interpelle grandement mais bon… admettons.
Je suis éducatrice canin professionnelle, je vis et travaille dans le respect du Chien et refuse que la richesse de notre langue française les relègue à une place qui n’est plus la leur depuis longtemps.
Alors ceci est un manifeste, un texte qui, je l’espère, sera partagé afin de faire réfléchir et comprendre, sur un sujet qui me parait d’une importance capitale.
C’est, pour moi, le point de départ de toute création de relation. Comment envisager de vivre bien avec nos chiens si même nos mots ne sont pas les bons ? Comment se déclarer bienveillant, respectueux si l’on ne parle même pas correctement d’eux ? De nous avec eux ?
Il m’apparait qu’avant de se prôner « positif.s » ou autre, nous devrions déjà commencer par employer les termes adéquats et cesser de les reléguer au second plan. Car ils sont bien plus pesants et signifiants que qu’on ne se plait à le penser.
Alors allez-y, choquez, dérangez, interpellez !
Faites bouger la croyance populaire et amenez une vision honnête, cohérente, vraie de la vie que nous partageons avec nos chiens.
Bousculez ce langage erroné, soyez acteurs et orateurs de nos idées, soyez respectueux jusqu’au bout de vos mots.