les crins de verdure

les crins de verdure 🐮 Association de cavaliers en Ă©curie familiale. RĂ©cits et rĂ©flexions du quotidien, nourris par nos poneys et chevaux dĂ©fectueux (mais attachants).
(2)

Humour, vécu, amour du vivant et auto-dérision.
📚 livre disponible sur https://lescrinsdeverdure.com/

MANUEL DE DRESSAGE DE L'HUMAIN DOMESTIQUE À L'USAGE DU JEUNE PONEY.Chapitre 7 : Le travail montĂ© du bipĂšdeParmi les nomb...
03/06/2026

MANUEL DE DRESSAGE DE L'HUMAIN DOMESTIQUE À L'USAGE DU JEUNE PONEY.

Chapitre 7 : Le travail monté du bipÚde

Parmi les nombreuses manies du bipÚde domestique, l'une des plus répandues consiste à grimper sur votre dos.

Les scientifiques équins hésitent encore sur l'origine exacte de ce comportement. Certains pensent qu'il s'agit d'une conséquence directe de leur équilibre précaire. Ne disposant que de deux jambes, le bipÚde éprouve un besoin presque pathologique de se percher sur des créatures plus stables que lui.

Malheureusement, une fois qu'il a découvert cette activité, il peut rapidement devenir dépendant. Un peu ça va , mais ça peut vite devenir pénible.
Dans ce cas , mĂȘme si le refus apparaĂźt comme une Ă©vidence , le principal problĂšme rĂ©side dans leurs capacitĂ©s limitĂ©es de communication.
Dépourvu d'oreilles proéminentes, de queue expressive et de la moitié des membres nécessaires à une conversation correcte, l'humain comprend trÚs mal le langage corporel.

Les plus ùgés et mieux dressés parviennent parfois à interpréter quelques signaux simples : oreilles plaquées, regard noir, soupir théùtral ou déplacement énergique de l'arriÚre-main. Mais cela demande des années d'entraßnement de votre bipÚde.
Soyez donc cohérent dans vos messages et contentez vous de messages simples. Oui/Non, c'est déjà pas mal.
Si vous refusez d'ĂȘtre montĂ©, veillez Ă  exprimer toujours le mĂȘme refus..avec constance !
Un bipÚde est lent à apprendre, mais il finit généralement par faire le lien entre les oreilles couchées et le fait qu'il risque de passer un mauvais quart d'heure.
Face aux sujets particuliĂšrement rĂ©calcitrants et longs Ă  la comprĂ©hension, il peut ĂȘtre tentant d'user de mĂ©thodes plus directes.
Certains jeunes chevaux choisissent de déposer brutalement leur humain au sol afin de clarifier leur position. Cette méthode , un peu directe , présente toutefois plusieurs risques.
Rappelez-vous que l'humain est un animal extrĂȘmement fragile. Sa densitĂ© osseuse approximative l'expose a une risque plus important de fracture.... en trĂ©buchant sur un tapis, en marchant sur un lacet ou en Ă©ternuant trop fort. Une chute depuis votre dos peut donc provoquer quelques dĂ©gĂąts.
Évitez autant que possible de les faire tomber.
Pour les individus les plus talentueux d'entre vous, les coups de dos, bonds de sommation et autres figures aériennes constituent une alternative élégante et efficace.
L'humain vit généralement dans la crainte permanente de la chute. Quelques cabrioles bien exécutées suffisent donc souvent à lui rappeler sa condition de bipÚde mal assemblé.
L'objectif n'est pas de l'éjecter mais seulement de lui faire envisager cette éventualité.

Avec l'expérience, vous apprendrez à identifier le seuil exact de panique de votre humain. Certains abandonnent aprÚs un simple écart. D'autres nécessitent plusieurs séances de persuasion rebondissante.
Mais la meilleure stratégie reste encore la dissuasion.
Un coup de dent au sanglage ou un discret coup de pied lors du dépÎt de la selle permettent parfois d'obtenir un excellent résultat pédagogique.
D'autres chevaux préfÚrent des méthodes plus subtiles.

La plus célÚbre reste la boiterie stratégique.
L'humain voue un véritable culte à nos jambes , qui constitue un effet l'un des multiples atouts physiques que nous avons par rapport a l'humain. Il restent donc persuadés que l'absence de fonctionnement d'un seul membre condamne immédiatement l'ensemble de l'organisme, il projette en fait sur nous leurs propres angoisses de bipÚde.
Une légÚre irrégularité dans votre démarche peut ainsi provoquer chez lui une panique irraisonnée.

Attention cependant à la cohérence. Si vous boitez à l'aller, vous devez également boiter au retour.
L'homme est simplet mais pas complĂštement stupide.
Une disparition miraculeuse de votre boiterie dÚs que vous apercevez le portail de l'écurie risque d'éveiller quelques soupçons.
Veillez aussi à ne pas trop exagérer, une boiterie trop convaincante peut entraßner l'apparition du vétérinaire... Ou du Maréchal.
Pouvant ensuite entraßner , la séquestration en box.

Et si votre tentative pour éviter le travail se termine enfermé dans neuf mÚtres carrés avec un filets à foin et une prise de température rectale quotidienne...
C'est probablement que vous ĂȘtes allĂ© un peu trop loin dans votre dĂ©monstration.

Bonbon - par Les Crins de Verdure

Livre disponible en précommande dans le lien en commentaire.

TRANCHE DE VIE D'UNE CAVALIERE par Elise.Dans pratiquement toutes les écuries, les propriétaires éprouvent un besoin irr...
02/06/2026

TRANCHE DE VIE D'UNE CAVALIERE par Elise.

Dans pratiquement toutes les Ă©curies, les propriĂ©taires Ă©prouvent un besoin irrĂ©pressible d’y ajouter d’autres animaux que les chevaux et poney qu’on est censĂ© y trouver. Par tradition, ou par peur de l’ennui , on ne sait pas trop

Parcequ’il faut dire que 35 chevaux , deux chiens , trois poules et un lama ne suffiraient probablement pas Ă  occuper une journĂ©e.
On y trouve donc des chùvres, des cochons, des chiens, des paons, des dromadaires parfois... Mais l'habitant le plus sournois de tous reste sans conteste
 le chat.

Dans l'Ă©curie oĂč montait Elise vivait Marcel.
Marcel n'était pas un de ces chats d'écurie inutiles qui passent leurs journées à dormir sur les couvertures propres avant d'aller déposer une péche tiede dans le sable fraßchement hersé du manÚge.
Marcel lui prenait son métier trÚs au sérieux. Investi de la noble mission de débarrasser les lieux de leurs rongeurs, il travaillait avec un professionnalisme qui forçait le respect. En fin connaisseur des lieux , on le retrouvait régulierement jusque derriÚre le pare-bottes du manÚge.
Alors je vous vois venir, Ă  ce stade de l'histoire, vous pensez probablement dĂ©jĂ  connaĂźtre la fin mais tout grand connaisseur des chevaux SAIT qu’a cheval rien ne se passe JAMAIS comme on l’avait prĂ©vu , mĂȘme quand il s’agit des emmerdes.
Donc poursuivons


Ce jour-lĂ , Elise montait Titus. Titus etait un jeune SF de 170cm, plein de bonne volontĂ©. Le mĂȘme genre de volontĂ© que celle qu’on peut retrouver chez un enfant de 6 ans qui entend sonner l’heure de la rĂ©crĂ© aprĂšs 3h de mathĂ©matiques. Un peu inquiet de tout, beaucoup inquiet de rien, mais globalement frĂ©quentable entre deux crises existentielles.
Et contre toute attente, la sĂ©ance se passait plutĂŽt bien. Titus marchait tranquillement, rĂ©pondait aux aides, ne regardait rien. Une sĂ©rĂ©nitĂ© suffisamment bien immitĂ©e pour qu’Elise se dĂ©tende au point d’en oublier la fameuse rĂ©gle essentielle
 celle qui dit que si un cavalier pense :
"Tiens, ça se passe bien aujourd'hui..."
L'univers entendra :
" je m’enmerde, fais moi vivre l’enfer "
C'est donc précisément cet instant que choisit Marcel pour miauler derriÚre le pare-botte.
Pour Elise, il ne s’agit QUE de Marcel,
Pour Titus , c'est un mur qui prend vie.
Or, jusqu'Ă  preuve du contraire, les murs ne parlent pas.
Il n’en fallut pas plus pour que Titus frise de la moustache et effectue un Ă©cart si brutal qu'il donna l'impression d'avoir quittĂ© cette dimension pour rĂ©apparaĂźtre cinquante centimĂštres plus loin
. Une sorte de tĂ©lĂ©portation Ă©quine sans validation scientifique mais que tout cavalier assidu Ă  dĂ©jĂ  observĂ© au moins une fois.

AccrochĂ©e Ă  son poney comme une chaussette au scratch d’un tapis de selle sortie du lave linge, Élise n'eu pas le temps de rĂ©cupĂ©rer ses rĂȘnes.
Et comme d’aprĂšs Jacques, les emmerdes volent toujours en escadrille , Titus passa un genou dedans ( Ă©videmment !). LĂ  il n’a plus d’autre possibilitĂ© que d’activer le mode " missile sol-air"
À partir de cet instant, plus rien n'existe.
Ni les sifflement desesperĂ©s de sa cavaliĂšre qui croit encore qu’un miracle est possible. Ni les lois de la physique. Ni les murs du manĂ©ge. Visiblement capable de se teleporter, Titus Ă  cru l’espace d’un instant qu’il pourrait aussi traverser les murs. Il fonça droit devant lui avec la conviction profonde que sa survie dĂ©pendait de sa capacitĂ© Ă  atteindre la vitesse du son.
Mais au lieu du mur du son,ce fut le par-botte du manĂ©ge qu’ il percuta 
 en pleine face.
Le mĂȘme pare-botte qui avait miaulĂ© quatre secondes auparavant.
Comprenant qu’elle risquait de finir sa vie en tant que dĂ©coration murale sur les paroies du manĂ©ge, Elise attrapa instinctivement le haut du pare-botte.
Titus, lui, poursuivit sa trajectoire et fila entre ses jambes , la laissant suspendue là-haut comme un jambon oublié dans un séchoir. Choquée,mais bien vivante.
À l'autre bout du manùge, Marcel observait la scùne.
Avec l'indifférence absolue d'un chef de chantier contemplant un bùtiment qu'il vient accidentellement de faire exploser.
Puis il entreprit de se lécher consciencieusement le derriÚre.
Car en toute circonstance un chat se doit de garder le sens des priorités.

Les crins de verdure

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TRANCHE DE VIE Depuis 8 mois mes recits se sont principalement nourris de mes propres aventures, de mes chevaux, de mes ...
02/06/2026

TRANCHE DE VIE

Depuis 8 mois mes recits se sont principalement nourris de mes propres aventures, de mes chevaux, de mes bourdes, de mes erreurs de jugement et de mes remises en question existentielles.
Parce qu'aprÚs quarante ans passés à fréquenter des animaux capables de se coincer dans une situation que personne n'aurait jugée physiquement possible cinq minutes plus tÎt, on accumule forcément un certain stock d'histoires.

Mais il faut bien reconnaßtre une chose : l'expérience d'une seule personne reste une ressource épuisable.
Chaque jour, je plonge le bras dans mon grand sac à souvenirs comme un archéologue fouillerai les ruines d'une civilisation disparue. Je ressors parfois une chute ridicule, une fugue mémorable, une colique à rebondissements ou une facture vétérinaire qui m'a fait découvrir des émotions nouvelles... Et j'en suis bien heureuse parceque je n'ai aucune imagination !
Mais depuis peu je sens que j'approche doucement du fond du sac...Malgré la présence de Bonbon à la maison, les catastrophes n'arrivent pas assez vite pour alimenter durablement ma production littéraire.
(Ceci n'est absolument pas une invitation à venir me déposer vos petits me***ux à quatre jambes. Je répÚte : ceci n'est PAS une invitation à venir me déposer vos petits me***ux à quatre jambes. J'ai déjà Bonbon...et un autre en préparation)

À la lecture de tous ces textes publiĂ©s quotidiennement il faut bien reconnaĂźtre une autre Ă©vidence :
Vos histoires en commentaires sont de véritables pépites !
Entre le poney qui a appris Ă  ouvrir son box, celui qui sait aussi ouvrir celui des autres, le cheval retrouvĂ© la tĂȘte dans un rĂ©frigĂ©rateur, la cavaliĂšre coincĂ©e dans un arbre aprĂšs une sĂ©paration de corps avec sa monture , la chute spectaculaire provoquĂ©e par une touffe d'herbe particuliĂšrement agressive, le vĂ©tĂ©rinaire appelĂ© en urgence pour un cheval qui faisait simplement la sieste ou encore celui qui a rĂ©ussi Ă  se retrouver enfermĂ© dans un endroit oĂč il n'existait pourtant aucune entrĂ©e... vous ĂȘtes assis sur un trĂ©sor d'une richesse exceptionnelle.

Je vous propose donc un nouveau format ( en plus de mes réflexions et tribulations ) :
"Tranche de vie d'un cavalier".

Le principe est simple.
Vous me racontez par mail vos mésaventures, vos catastrophes, vos moments de solitude, vos révélations philosophiques au fond d'un pré boueux, vos crises de nerfs devant une clÎture détruite, vos interrogations profondes face à certaines frasques de vos chevaux ... Et vos réussites ( ca peut arriver a tout le monde...dans malheureux concours de circonstance.)

Je sélectionnerai vos récits pour en faire une chronique illustrée.
Pas besoin d'avoir survĂ©cu Ă  une charge de mustangs sauvages en pleine forĂȘt de rambouillet ou Ă  un incendie d'Ă©curie.
Nous savons vous et moi que les chevaux possÚdent le talent rare de pouvoir transformer un événement parfaitement banal en épisode mémorable.

Vous ĂȘtes simplement venu remplir un abreuvoir et vous vous retrouvez trois heures plus t**d vous ĂȘtes couvert de boue et perchĂ©e en haut d'un arbre a apeller votre conjoint pour qu'il vous rejoigne avec un Ă©chelle.
Voilà exactement le genre d'histoire qui m'intéresse... une version équestre de VDM.

Pour les plus jeunes ( et les plus vieux ) : VDM est l'anagramme de "Vie De M***e" . Une appli qui dans un epoque reculĂ©e oĂč les tĂ©lĂ©phones avaient des touches, reunissait les rĂ©cits des malheurs de certains pour le plus grand bonheur des autres.

La seule rĂšgle est simple :
Que ce soit du vécu. Du vrai.
Les histoires les plus drÎles sont généralement celles que personne n'aurait osé inventer.
Alors racontez-moi tout.Je veux des détails, beaucoup de détails.
Je me fiche complÚtement de votre plume, de votre orthographe, de votre mise en page ou du fait que vous utilisiez plus de points de suspension qu'un auteur de roman russe (....c'est pas moi qui vous le reprocherrai....n'est ce pas ?...). Balancez tout ça dans un gros sac, envoyez-moi ça par mail et je me chargerai du reste.
Et qui sait ... il n'est pas totalement impossible qu'un jour toutes ces aventures donnent naissance Ă  un recueil papier 😊 ( plus communĂ©ment apellĂ© " livre ")

PS : Pour éviter que votre récit ne disparaisse dans les méandres obscures de ma boßte mail, pensez à écrire en objet :
"Tranche de vie d'un cavalier"
C'est la machine qui les fera remonter en haut de la pile. N'oubliez surtout pas , parce qu'une fois qu'un mail disparaĂźt dans ma boĂźte de rĂ©ception, il rejoint gĂ©nĂ©ralement le mĂȘme univers parallĂšle que les chaussettes perdues, les stylos qui fonctionnaient parfaitement hier et les licols qu'on Ă©tait pourtant certain d'avoir laissĂ©s juste ici !

Ha oui...j'oubliais l'adresse mail [email protected]

Les crins de verdure

L'ÉCORCHÉE Ce soir-lĂ , aprĂšs le boulot, je fais ma tournĂ©e des troupeaux dans leurs pĂątures ...vient le troupeau d' Uvil...
01/06/2026

L'ÉCORCHÉE

Ce soir-là, aprÚs le boulot, je fais ma tournée des troupeaux dans leurs pùtures ...vient le troupeau d' Uvilla , trotteuse de 16 ans , ex jument de CCE pro2 , confiée par sa propriétaire ( aujourd'hui à la retraite ).
Normalement, cette jument m’accueille comme une rockstar recevrait un fan : en grognant un peu, mais avec une lueur de sympathie dans l’Ɠil.
Ce soir-là
 pas du tout.

Je passe la porte du pré, et je me retrouve reçue comme un huissier de justice la veille de Noël :
les oreilles bien plaquées en arriÚre,
le regard noir semblant dire “choisi ta tombe”,
et, si j’osais insister, un petit saut de menace pour souligner mon manque de discernement : " tu veux mourir tout de suite ou maintenant ?"
Mes chevaux sont tous des Bisounours.
Alors Uvilla en mode dragon du Mordor
 c’était pas normal.
Je rentre, vexée et inquiÚte : " c'est elle ou c'est moi le problÚme". Je me décide à appeler la vétérinaire.
Ce soir là c'était le tour de garde de la veto nouvellement arrivée à la clinique.
Et lĂ , Ă©videmment, l’échange par tĂ©lĂ©phone mĂ©rite sa place au musĂ©e des conversations improbables.

« AllĂŽ ? Vous pourriez venir ? J’ai un poney pas gentil avec moi. Elle a mis les oreilles en arriĂšre. Vite ! ». Silence abyssal au bout du fil.
Puis sa réponse :
« Vous voulez sĂ©rieusement que je me dĂ©place un soir de garde pour
 un poney de mauvais poil? »
J’ai rĂ©pondu, sĂšche, irritĂ©e, convaincue :
" madame , quand mes chevaux baissent les oreilles c'est qu'il y a clairement un bug dans le systĂšme "
Les vingt minutes suivantes, j’ai ruminĂ© comme une vache en plein transit ....
Je réalisais la dimension lunaire de la discussion que nous venions d'avoir tout en grognant contre la véto qui m'avait pris pour une gourde de premiÚre catégorie.
Arrive l'intéressée.
Salutations froides.
Uvilla l’attend dans l’espace de pansage, Ă©clairĂ©e par la lumiĂšre grĂ©sillante d’un nĂ©on qui donne l’ambiance parfaite d’un interrogatoire du FBI.
ForcĂ©ment ...Uvilla lui fait la mĂȘme tĂȘte qu’à moi
( Sauf que elle , elle l'a bien mérité ! )
Toutes dents dehors , prĂȘte Ă  choper le premier doigts qui dĂ©passe, les posterieurs sur leur rampe de lancement.

Lui enlever la couverture aurait dĂ» ĂȘtre une opĂ©ration simple, dans l’absolu. Sauf quand la jument donne l'impression qu'on l'ecorche vif.
On l’a dĂ©shabillĂ© comme un colis piĂ©gĂ©, du bout des doigts , en serrant les fesses , prĂȘtes Ă  se jeter en PLS dans un coin de l'air de pansage au moindre geste d'agressivitĂ© d'Uvi.
On cherche, on manipule, la vĂ©to commence Ă  se dire que finalement, je ne suis peut-ĂȘtre pas le lapin de six semaines qu'elle avait imaginĂ© ( ce qui me rendra service pour les autres appels d'urgence que j'ai pu passer ensuite).
Elle repart avec un Ă©chantillon de sang (qui ne rĂ©vĂ©lera rien d’anormal) et aucune explication valable hormis une douleur dorsale Ă©vidente.
Les semaines suivantes : Uvilla poursuit sa “crise existentielle”.
Aprùs un peu de repos , elle reste agressive, boudeuse, lunatique
Lucifer en sabot.
Au travail aucun signe d'inconfort. Pas mĂȘme le dĂ©but d'un signe.
On me parle des ovaires (mouais enfin bon ... On est en plein hivers ), on me parle du caractĂšre des juments ( vous allez me fĂącher...),
puis je fais venir l’ostĂ©o.

Comme à mon habitude , je ne lui dis rien sur l'état d'Uvi , la laissant chercher toute seule pour voir si les informations se recoupent.
Elle me signale aussitÎt une nette démusculation au niveau de l'avant main, du dos, du garrot , comme si elle avait passé 3 mois en télétravail , affalée sur son canapé à manger des chips devant les Bridgerton.
Mais la jument travaillait réguliÚrement et BIEN.
Je réfléchi...et refait la chronologie.
Soudain , la lumiÚre s'allume dans la pénombre de ma boßte crùnienne.

Nous avions fait déferrer Uvilla des antérieurs 1 mois auparavant.
Transition en hipposandales nickel, pas de sensibilité, pas de boiterie.
Mais
 Tout de mĂȘme.
Je parle de mon intuition Ă  la podologue.
Et contre attente , elle n'exclue pas la possibilité que cela vienne des pieds. Elle me suggÚre alors des fers en plastique, juste pour essayer sans percer la corne inutilement si ça ne marchait pas.

Et là

La métamorphose.
En quelques jours, Uvilla redevient Uvi:
la “douce aigrie”, celle qu’on connaĂźt, celle qui rĂąle mais qui ne mord pas comme un crocodile magnaco-dĂ©pressif en peine crise dĂ©moniaque.
J’ai relaisser Alix ( ma fille de 12 ans , et sa cavaliĂšre attitrĂ©e) la manipuler sans craindre qu'elle me fasse un remake de Jurassic park et Uvilla a repris le travail comme si de rien n'Ă©tait.
C'Ă©tait il y a 3 ans. Ça ne s'est plus jamais reproduit.

Alors
 comment est ce possible ?
Parce qu’extĂ©rieurement, Uvi allait trĂšs bien :
pas de boiterie, pas de douleur au travail, pas de signe de douleurs.
Mais Ă  l’intĂ©rieur, elle traĂźnait un petit inconfort discret, un “petit rien du tout” profond :
juste assez pour réduire ses déplacements au champ.
Et quand un cheval bouge moins et souffre :
→ moins de muscles,
→ le dos repart en cacahuùte,
→ ajoute une couverture lourde + froid,
= cocktail explosif , lumbago.
Le compte y est.

Nous avons voulu bien faire

Mais nous avons créé un effet domino.
Nous aurions pu nous contenter des anti inflammatoire et d'un peu de repos pour soigner ce lumbago , et passer à cÎté de l'origine du problÚme. Nous aurions gagné du temps et de l'argent ... Mais Uvilla ne s'en serait pas mieux porté.
On a beau avoir un vĂ©tĂ©rinaire compĂ©tent, diplĂŽmĂ©, bardĂ© d’annĂ©es d’expĂ©rience
 il n’empĂȘche :
personne ne ressent un cheval mieux que son gardien/propriétaire.
Le véto voit ton cheval 20mn entre deux rendez-vous et un café froid.
Il te parle de protocole, de symptÎmes, de probabilité statistique. Il a l'avantage de la formation théorique et le propriétaire à celui de connaßtre son cheval mieux que quiconque.
On repÚre un changement de rythme dans la façon dont notre cheval cligne des yeux , cette oreille qui pivote un peu trop vite, cette grimace au sanglage, ce regard qui se ferme, ce « non » silencieux juste avant le lever de postérieur ...Lui te dit : « Elle a un peu de caractÚre. » , toi tu sais trÚs bien que quand ta jument passe de " princesse " à " dragon fumant " ça n'est pas une histoire d'ovaire.
C'est d'autant plus compliqué que toutes les douleurs ne se voient pas sur radio/écho ou prise de sang.

Alors oui : les vĂ©tos sont indispensables, prĂ©cieux mĂȘme ...au point qu'on leur pardonne volontiers leur Ă©criture illisible.
Mais l’intuition du propriĂ©taire c’est un radar Ă  emmerdes, affutĂ© par les annĂ©es, nourri au contact quotidien des chevaux , capable de dĂ©tecter un “petit pepin” avant mĂȘme que le cheval ne frise la moustache.

La moralitĂ© c'est que si le vĂ©to diagnostique , le proprio ressent et les deux ensemble, c’est lĂ  que la vĂ©ritĂ© apparaĂźt.
L’instinct du propriĂ©taire, ce n’est pas de la magie.
C’est de l’observation quotidienne, de l’amour, de la rĂ©pĂ©tition, et une sacrĂ©e base de donnĂ©es Ă©motionnelle qu’aucun stĂ©thoscope ne remplacera.
Petite dédicace a nos ostéo , dentiste , podologue , masseurs , maréchaux ...
Individuellement, ils peuvent faire des miracles.
Ensemble, ils forment une véritable équipe de maintenance au service de nos poilus.

Les crins de verdure

Livre disponible dans le lien en commentaire

LE LANGAGE Quand on fréquente les chevaux depuis longtemps, on finit par oublier une évidence : Notre vocabulaire ressem...
01/06/2026

LE LANGAGE

Quand on fréquente les chevaux depuis longtemps, on finit par oublier une évidence :
Notre vocabulaire ressemble beaucoup moins Ă  celui d'une communautĂ© de techniciens qu'Ă  celui d'une confrĂ©rie secrĂšte dont les activitĂ©s pourraient mĂ©riter une enquĂȘte des autoritĂ©s.
Prenez un moldu au hasard et faites-lui écouter une conversation entre cavaliers :

"J'ai dĂ©bourrĂ© un arabe de trois ans qui embarquait au montoir. AprĂšs quelques sĂ©ances de dĂ©sensibilisation et de mobilisation des hanches, il a arrĂȘtĂ© de chauffer."
Pour nous, c'est limpide.
Pour le reste de l'humanité, ça ressemble plus a des aveux d'infraction pénale qu'au récit d'une séance d'équitation.
Parce qu'il faut reconnaßtre que certains termes équestres ont été choisis avec un sens de la logique absolument remarquable.
Rien que le débourrage. ce mot-là à lui seul fait rire mon beau-pÚre depuis vingt-trois ans. Vingt-trois ans.
"Tu débourres des chevaux bourrés ? Mais pourquoi ils sont bourrés ?"
Et je dois reconnaßtre que, présenté comme ça, il marque un point... Que voulez vous que je réponde à ça ?
La dĂ©sensibilisation n'arrange rien non plus. Pour quelqu'un qui ne connaĂźt pas les chevaux, ça ressemble davantage Ă  une mĂ©thode employĂ©e dans une cave sans fenĂȘtres pour faire parler un agent double qu'Ă  un exercice destinĂ© Ă  apaiser les craintes d'un poulain face Ă  un parapluie.
Et pour compléter cette ambiance d'interrogatoire musclé, nous avons également la cession de la mùchoire, la cession de nuque, le contrÎle des épaules, la mobilisation des hanches et l'engagement des postérieurs.
L'engagement des postérieurs, d'ailleurs, est probablement l'une des rares expressions qu'il vaut mieux éviter de placer dans une conversation familiale , sans préavis.
Mais le plus inquiétant reste sans doute les phrases entiÚres.
"Le jeune est sorti aujourd'hui " , "J'ai passé deux heures à fouiller les crottins."
"Il a embarqué ma fille."
Soyez heureux que personne ne remette en cause votre santé psychologique aprÚs ça.
Essayez de prononcer cette phrase dans n'importe quel autre contexte et observez les réactions.

Sans oublier la fameuse mise en main.
Expression qui, hors du monde équestre, semble osciller entre une allusion scabreuse une pratique de domination et un tutoriel qui n'aurait jamais dû voir le jour.
"Alors, ça avance ta mise en main ?"
Non. Vraiment. Il vaut mieux éviter de développer certains sujet devant des non-cavaliers.
Au fil des annĂ©es, on finit donc par parler couramment une langue que personne n'a demandĂ©e, oĂč l'on passe ses week-ends Ă  discuter de pieds, de crottins, de parasites, de poils, de fourchettes, d'engagement, de cessions et de locomotion.
Et le plus inquiétant dans l'histoire, ce n'est pas qu'on comprenne parfaitement ce jargon.
C'est qu'un jour on surprend un dĂ©butant qui nous regarde avec la mĂȘme inquiĂ©tude qu'un touriste perdu au milieu d'un congrĂšs d'illuminĂ©s.....et qu'on rĂ©alise soudain qu'on est devenu l'un d'eux.

Les crins de verdure.

BientĂŽt les illustrations de F***y.
Livre disponible dans le lien en commentaire.

LE RÉGIME Quand Bonbon a vu la taille des enrubannĂ©s qui lui Ă©taient destinĂ©s pour cet hiver, il s'est immĂ©diatement dĂ©c...
31/05/2026

LE RÉGIME

Quand Bonbon a vu la taille des enrubannés qui lui étaient destinés pour cet hiver, il s'est immédiatement décomposé.

Passer de round de 300 kg et un mini-ballon de 40 kg, on passe quand mĂȘme d'un buffet de mariage Ă  une boĂźte de gĂąteau sec... đŸ˜±

Mais la vĂ©ritĂ© est moins tragique qu'il ne l'imagine. Cet Ă©tĂ© monsieur sera dans un espace plus rĂ©duit, avec davantage de foin et moins d'herbe. Inutile donc de lui livrer des bottes de la taille d'un semi remorque ! Et cet hiver il sera dans un champ avec beaucoup plus d'herbe ( qui sera moins riche ) et peu de foin ( emphysĂšme oblige ). Dans les deux cas manger un round de 300 kg en cinq jours Ă  deux, c'est pas realisable. MĂȘme quand l'un des deux goinfre s'appelle Bonbon ... Alors on rĂ©duit les portions.

Car cette année, nous avons pu nous offrir le luxe d'un fourrage sur mesure acheté sur pied ( plus question de galérer comme cette année ! Cette fois j'achÚte au printemps !).
A la carte : du haché enrubanné peu humide pour les maigres , vieux et sujets aux ulcÚres , et un véritable foin de régime récolté sous couvert d'avoine ( avec environ 30 % de paille ) pour le poney dodus. Une sorte de version équine du "yaourt 0 % matiÚre grasse".
Mais ça, il ne le sait pas encore.
J'ai estimé qu'il valait mieux lui laisser le temps d'encaisser psychologiquement la taille des rounds avant de lui annoncer sa composition.

Une mauvaise nouvelle Ă  la fois.

SURPRISE AprÚs le succÚs du livre en précommande, qui chaque jour faisait à peu prÚs le double des ventes de la veille, ...
31/05/2026

SURPRISE

AprĂšs le succĂšs du livre en prĂ©commande, qui chaque jour faisait Ă  peu prĂšs le double des ventes de la veille, la pression commençait doucement Ă  monter. Faut dire que ça ne devait pas tout Ă  fait se passer comme ça.. imaginez la tĂȘte l'imprimeur quand je lui ai demandĂ© de passer le devis initial de 50 Ă  500 exemplaires.... puis 1000 Ă  2000. 😆
Un peu comme un soufflé au fromage qu'on regarde gonfler dans le four avec admiration, tout en se préparant mentalement à ce qu'il nous explose au visage.
Au début, tout allait bien.
Il ne restait "plus qu'Ă " terminer les illustrations avant d'envoyer le manuscrit Ă  l'imprimeur.
Le fameux "plus qu'à" , cette expression qui précÚde généralement une catastrophe de grande ampleur.
Car c'est précisément à ce moment-là qu'est survenue l'ultime mésentente avec mon collÚgue chargé de la colorisation et de "l'amélioration" de mes dessins au crayon : l'IA

Ces 6 derniers mois j'ai passé des heures à négocier la disparition d'une cinquiÚme jambe qui s'obstinait à pousser sur un poney pourtant parfaitement dessiné au crayon.
J’ai dĂ» expliquer, avec le dĂ©sespoir d’un prof de CP face Ă  une classe de 35 mĂŽmes en hyperglycĂ©mie, ce qu’était un gogue. Et surtout, j’ai dĂ» rĂ©pĂ©ter, comme un mantra, que non, la queue du cheval ne sort pas de son an*s. MĂȘme pas en rĂȘve ... Ni mĂȘme en illustration humouristique d'ailleurs. Bref. JA-MAIS bo**el !
À force, j'ai dĂ©veloppĂ© une forme de fatigue artistique qu'aucun psychiatre n'a encore rĂ©ussi Ă  classifier et certaines aversion pour les images gĂ©nĂ©rĂ©es par IA qui pullulent sur les rĂ©seaux. Une sorte de lassitude visuelle.
Et mĂȘme mes dessins crayonnĂ©s prĂ©alablement avec amour et passion devenaient aussi lisse et insipide que ceux obtenu en une phrase sur chat gpt.
J'ai bien essayĂ© de m'Ă©quiper pour coloriser mes dessins moi mĂȘme ...mais il faut 3 Ă  4h pour faire quelque chose de potable , par jour ! C'est pas mon mĂ©tier...et ça ne le sera jamais.
Bref. Je pouvaient pas continuer à vous infliger ça.
Moi j'aime les oreilles de travers , les expressions absurdes.
Les regards de poney qui semblent avoir oublié pourquoi ils existent...

J'ai donc pris mon téléphone.
Et j'ai appelé la seule personne capable de me sortir de ce naufrage tout en préservant le peu de santé mentale qu'il me restait : F***y.

— Allî F***y ? T'as deux minutes pour illustrer un livre ?
— Heu...
— Super. Et tant que je t'ai, il m'en faudrait aussi environ 365 autres pour les publications de l'annĂ©e.
— Mais...
— Merci F***y, t'es formidable.

Bref.
Elle a dit oui.
Et ça mérite probablement une médaille.

Mais qui est F***y ?
F***y Ruelle, vous la connaissez presque tous.
Enfin surtout Lilou et Filou ( sur ce dessin ), et Galopin aussi, qui ont accompagné une bonne partie des cavaliers français. Elle a également illustré Cheval Magazine pendant dix-huit ans et cheval star aussi...
Elle fait partie de ces rares personnes qui ont réussi à transformer leur manie de gribouiller des chevaux dans les marges des cahiers d'école en véritable métier.
Franchement, rien que pour ça, je lui tire mon chapeau.

Du coup, en bonne professionelle investie elle est venue passer une semaine Ă  la maison en immersion totale.
Une sorte de stage commando.
Analyse des lieux , etude morphologique et comportemental , et observation du language gestuel , observation des copains et prise de mesure de Bonbon.
À un moment, je crois mĂȘme que Bonbon a commencĂ© Ă  croire qu'il participait Ă  un documentaire animalier... Ou qu'on lui taillait un nouveau costume.
Pendant plusieurs jours, nous avons étudié avec le plus grand sérieux des sujets aussi essentiels que :
"Cette tĂȘte-lĂ  est-elle suffisamment stupide ?"
"Peut-on ajouter davantage de perplexité dans ce regard ?"
"Ce poney paraßt-il assez innocent pour qu'on comprenne immédiatement qu'il est coupable ?"
Bref.
De la vraie science de l'art appliqué et bien nous avons ( enfin surtout elle ) travaillé sur le fameux style crayonné-aquarellé des Crins de Verdure, avec les défauts, les expressions et les petites imperfections qui donnent une ùme aux dessins.

Bon.
Je vous laisse imaginer qu'il y a quand mĂȘme une petite contrepartie Ă  tout ça ( haha , je vous entends tous grincer des dents et serrer les fesses ).
F***y m'a demandé quelques jours supplémentaires pour finir tout ça correctement.
Apparemment, dessiner des poneys moisis, des chevaux défectueux, des cavaliers fatigués et 147 expressions différentes de Bonbon en moins d'une semaine est considérée comme un délais légÚrement optimiste.
Je sais. J'ai été aussi surprise que vous.
Résultat : le livre sortira avec quelques jours de ret**d. Seulement quelques jours.
Promis.
Mais d'ici quelques jours ( quand le livre sera finalisé ) tous les chevaux de mes publications auront le bon nombre de jambes , les queues sortiront du bon endroit, et plus aucun poney ne ressemblera à un vieux cake oublié dans la boßte à gants d'un camion.
Et franchement...
Ça valait bien quelques jours d'attente , non ?

( Si vous avez des impĂ©ratifs de dates : anniversaire , mariage , fĂȘte de la st Glinglin , envoyez moi un mail a [email protected]).

Les crins de verdure

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