28/05/2026
Hommage à Dartagnan 🤍
Petit Dartagnan était de ces poneys dont le passé serre le cœur. Après une vie entière passée à tourner en rond dans un manège pour faire des tours, le refuge l’avait recueilli pour lui offrir enfin une douce vie. Mais avec l'âge, ses yeux étaient devenus fragiles. Nous nous sommes battus pour les sauver, faisant face à des ulcères à répétition. Après plusieurs combats douloureux, il a fallu se résoudre à prendre la décision de lui énucléer son premier œil, tout en protégeant celui qui restait avec un masque qu’il portait en permanence.
Dartagnan avait un cœur immense et un besoin viscéral de compagnie. Malheureusement, à son retour de l’hôpital, son compagnon de pré n’était plus là : il avait rejoint les anges des oubliés. Mais ce poney au grand cœur a trouvé la force de se lier à la douce Idiga. Fidèle parmi les fidèles, il ne pouvait plus vivre loin d’elle. Pendant un peu plus d’un an, ce cher pépère a pu brouter paisiblement à ses côtés.
Puis, les douleurs du passé sont revenues. Le diagnostic est tombé : un nouvel ulcère. Connaissant désormais trop bien la musique des soins, Dartagnan a exprimé son refus : il ne souhaitait plus qu’on touche à son œil pour le soigner. Sa cécité grandissante a alors commencé à poser problème au sein du troupeau. Confondant les autres chevaux à cause de la couleur de leur robe, Dartagnan s'est mis à courir, paniqué, cherchant éperdument celle qui le rassurait par sa présence. Dans un premier temps, l'équipe a tout fait pour le maintenir dans le groupe, le surveillant, le guidant et le ramenant patiemment auprès de son Idiga dès qu'il était perdu. Mais cette panique constante a fini par agiter tout le troupeau.
Face à ce danger, l'équipe a dû se résigner à le placer dans un paddock plus sécurisé au centre du refuge, où sa cécité ne le mettait pas en péril. Là, il pouvait au moins sentir Jixie, les poneys, les ânes et les chevaux. Pour adoucir son quotidien, il profitait d'un deuxième paddock bien vert l'après-midi pour brouter, en plus de ses quatre repas par jour.
Face à cet ulcère récurrent et toujours aussi douloureux, le vétérinaire est intervenu pour lui coudre temporairement l'œil afin de le soulager, et un rendez-vous a été planifié à Nantes pour sa deuxième énucléation. La veille du départ, le coup de téléphone de la chirurgienne au sujet de sa prise de sang bascula son destin : le bilan sanguin n'était pas bon, les globules blancs étaient élevés. À son âge, cela pouvait cacher une autre pathologie. Face à une impasse médicale, la décision s’était imposée comme une évidence déchirante : la douleur ne devait plus durer. Dartagnan commençait à montrer des signes d’agacement, lui qui était de ceux qui aiment de tout leur être, pour qui la compagnie était son souffle, la solitude commençait doucement à alourdir ses journées.
Face à cette impasse et pour préserver Dartagnan d'une déchéance certaine, la décision finale a été la plus dure. Ce choix dicté par l'amour pour lui éviter de souffrir davantage.
Un déchirement qui laisse aujourd'hui le cœur si lourd. Avoir conscience de cette fin programmée, tout en regardant ce petit être totalement ignorant de l'avenir choisi pour lui, est une épreuve qui arrache une partie de soi-même. Avant que le voyage ne commence, le temps est devenu une étreinte. Il y a eu la tendresse du brossage, ses dernières gourmandises et ce dernier repas spécial avec des carottes râpées, pensées pour ses vieilles dents, afin qu’ils puissent avoir ce dernier plaisir. Notre vétérinaire, empreint d’humanité, a guidé ses derniers instants, veillant à ce que le départ soit une caresse plutôt qu’une fin. Le petit Dartagnan est parti, emportant avec lui ce doux ba**er comme étant la dernière tendresse ressentie avant de s’endormir. Et il y a cette rose déposée à ses côtés par notre bénévole qui touche profondément 🌹🕊️