06/05/2026
LES TROTTEURS
Dans les petites annonces de recherche de chevaux, une phrase revient avec la régularité d'une mouche plate sur l'anus d'un poney en plein mois de juillet.
" Tout sauf trotteur".
Une sorte de clause mystérieuse, glissée entre “gentil” et “sort seul en extérieur ”, comme si le trotteur était une option trop dangereuse, une expérience qu'on ne préfère pas tester.
Mais pourquoi ?
Côté santé, ces chevaux ont tout pour eux.
Des pieds solides, un dos qui tient la route, une rusticité presque vexante pour les autres races , pour peu qu’on ne les ait pas pressés comme des citrons dès le départ.
Alors certes , Le trotteur est cheval un peu ... conceptuel.
Quand il trotte comme un deraté , on dirait une grenouille montée sur un vélo , lancée pleine b***e dans une descente.
Quand il galope, il peut, sans prévenir, insérer une foulée de trot sortie de nulle part , n'importe où , n'importe quand. Comme un bug dans le processeur.
Tu demandes un galop, il te propose une interprétation libre d'une figure de capoeira.
Alors oui, ça demande un peu plus de compétence que de s'assoir sur un SF bien calibré sortie d'usine et d'appuyer sur les bons boutons.
Le galop n’est pas une évidence chez lui. C’est une conquête. Un mode à débloquer. Une réunion de crise diplomatique entre ses neurones , ses lombaires et ses postérieurs.
Mais dire qu’un trotteur ne sait pas galoper, c’est comme dire qu’un enfant ne sait pas lire alors qu’on ne lui a jamais appris.
Tous peuvent galoper , certains attendent juste qu’on leur explique.
Et quand on prend le temps…
Là, c'est plus la même limonade.
les trotteurs passés aux crins de verdure ont très vite oublié qu’ils appartenaient à une " sous-race" censée être “limités”.
On a un vice-champion de France en hunter aussi champion de France en CCE, une trotteuse sans titre national mais avec plus de podiums que certains chevaux bardés de papiers, et une autre qui se promène en CCE Pro 2 comme si elle avait lu le mode d’emploi à l’envers.
Et aussi exceptionnels soient-ils , je pense que ce sont surtout des chevaux qui ont croisé des humains qui avaient du temps et de la compétence.
Parce que le trotteur, c’est un miroir assez brutal.
Si tu es pressé, il devient confus.
Si tu es approximatif, il improvise.
Et si tu es patient… il se révèle.
Alors quand je lis “tout sauf trotteur”, je lis un aveu déguisé : “Je n’ai pas le temps.” , “Je n’ai pas envie de chercher.” “Je veux un résultat, pas un chantier.”
Et c’est très bien ainsi ! Mais qu’on appelle ça par son nom.
Le trotteur, ce n’est pas le cheval “facile” mais il a toutes les compétences qu'il lui faut. C’est le cheval qui demande un peu de vous et qui, en échange, vous rend tout… avec intérêts.
Alors non " tout sauf trotteur " équivaut à un
" Sans trop d'efforts " Et finalement, c’est peut-être ça, le vrai problème.
Les crins de verdure
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