22/07/2025
Journal – Jour 1
Le temps que je ne lui ai pas donné.
Je commence ce journal aujourd’hui, parce que j’ai besoin de poser les mots. Parce que, peut-être, c’est le seul moyen de comprendre ce que nous sommes devenus, lui et moi.
Ce cheval, je ne l’ai pas choisi par coup de cœur. Il est arrivé dans ma vie pour le travail : un dépôt-vente, un cheval espagnol, pas encore débourré, à valoriser en un mois. C’était simple, professionnel. C’était censé l’être.
Je suis allée le chercher en Espagne. Six heures de route, puis enfin, la maison. Pour la première fois, il passait d’un box à un grand pré. Une liberté soudaine. Une immensité. Et moi, face à lui, déjà incapable de l’approcher. Parfois, on mettait 45 minutes à deux pour lui passer un simple licol.
Et puis, une fois attrapé, il se figeait. Comme s’il disparaissait à l’intérieur de lui-même. Plus un geste, plus une pensée qui filtre, sauf celle de se contenir. Son corps disait “je suis là”, mais son esprit criait “je n’ose pas”.
Chaque brossage, chaque tapis posé, chaque tentative de préparation réveillait une crispation. Une tension sourde dans ses muscles. Il n’était pas là, pas avec moi, pas dans son corps. Et moi, je devais le débourrer. Vite. Parce qu’il fallait le vendre. Parce qu’il n’était pas à moi. Parce que je croyais savoir faire.
Mais ce que je faisais, c’était violer son temps.
Et il me l’a rendu au centuple. Il m’a montré la force brute, les explosions sans avertissement. Il transformait ses muscles en catapulte. Un jour calme, le lendemain dangereux. Moi, à côté, je sautais, j’évitais, je gérais. Et pourtant, il ne m’a jamais fait mal. Il m’a bousculée, oui, mais jamais brisée.
C’est moi qui ai fini par l’acheter. Pour pouvoir, enfin, lui offrir ce temps que je ne lui avais pas laissé.
Mais la vie a continué à me bousculer. Mon activité professionnelle a pris de l’ampleur, je n’avais plus le temps.
Et puis, l’été 2022. Une sortie en bouée tractée. Une chute. Une fracture de vertèbre. Le genre d’accident absurde qui fige tout.
Convalescence. Immobilité. Silence. ➡️Suite en commentaire 📸