23/03/2026
Ce texte raisonne en moi comme en toute notre équipe. C'est notre moteur et notre talon d'achille.
Il y a des soirs où la clinique est plus silencieuse que d’habitude.
Pas parce qu’il n’y a plus de bruit…
Mais parce qu’il manque un souffle.
À vous, les enfants.
À vous, les familles.
À vous qui attendiez ce soir un retour qui n’aura pas lieu.
Je veux vous dire quelque chose de vrai. Quelque chose que l’on ne dit pas assez.
On ne gagne pas toujours.
On fait tout.
On cherche, on tente, on se bat contre le temps, contre la maladie, contre l’invisible.
On ajuste, on surveille, on espère.
Et parfois… ça ne suffit pas.
Et ce n’est pas un manque d’envie.
Ce n’est pas un manque de compétence.
C’est juste la réalité, brutale, de la vie.
Mais ce qui nous fait le plus mal, ce n’est pas de perdre.
C’est vous.
C’est votre silence quand on annonce.
C’est les yeux qui cherchent encore une solution qu’on n’a plus.
C’est la voix qui tremble.
C’est l’enfant qui ne comprend pas pourquoi son compagnon ne rentre pas à la maison.
Ça, on l’absorbe.
On le prend.
On le garde.
Parce que quelqu’un doit tenir debout à ce moment-là.
Alors oui…
On paraît solides.
On paraît professionnels.
On tient, on explique, on accompagne.
Mais la vérité, c’est que la douleur reste.
Elle ne disparaît pas.
Elle s’accumule doucement, comme une pluie fine qui ne s’arrête jamais vraiment.
Elle use, elle érode…
Elle laisse des traces.
Un peu comme si, à force, on se désintégrait par endroits.
Pas complètement.
Mais assez pour sentir chaque perte.
Ce soir, vos animaux ne sont pas juste “partis”.
Ils sont là.
Ils dorment à côté de moi.
Dans ce calme étrange d’après combat.
Et je pense à eux.
À vous.
À la place vide dans votre maison.
Au jouet qui ne bougera plus.
À la gamelle qui restera pleine.
Et je pense surtout à ce lien.
À cet amour simple, brut, sans calcul.
Je fais ce métier pour ça.
Parce que moi aussi, j’ai perdu.
Moi aussi, j’ai attendu.
Moi aussi, j’ai espéré qu’on me dise “ça va aller”…
Et parfois, on ne me l’a pas dit.
Alors aujourd’hui, quand j’en sauve un…
Je sauve un peu de mon enfance.
Je sauve mon Mistigri à moi.
Et quand j’en perds un…
Je le reperds une deuxième fois.
Il faut que vous sachiez une chose essentielle.
Votre animal n’a pas été “juste un cas”.
Il a compté.
Vraiment.
Jusqu’au bout.
Et même si je ne m’effondre pas devant vous,
ce n’est pas parce que je ne ressens rien.
C’est parce que si je tombe,
il n’y a plus personne pour vous soutenir.
Mais une fois la porte fermée…
le silence revient.
Et avec lui, tout le reste.
Alors ce soir, si votre compagnon ne rentre pas…
sachez qu’il n’a pas été seul.
Sachez qu’il a été entouré.
Sachez qu’il a été aimé.
Et que quelqu’un, ici,
pense encore à lui.
Et à vous.