25/08/2026
Je suis actuellement en train de remettre entièrement à jour ma formation Échauffement & Récupération du chien sportif.
Et forcément, après l’été que nous venons de passer, il y a une partie que j’ai beaucoup développée : la chaleur et le coup de chaleur. Parce que je pense qu’on associe encore beaucoup trop le coup de chaleur à la canicule, au chien enfermé dans une voiture ou à une activité réalisée par 35 ou 40 °C.
Alors oui, évidemment, les épisodes caniculaires augmentent énormément le risque. Quand les journées très chaudes s’enchaînent, que les nuits ne refroidissent quasiment plus, qu’il y a de l’humidité, peu d’air… forcément, les organismes sont mis à rude épreuve. Mais ce qui est important à comprendre, c’est qu’un chien n’a absolument pas besoin d’attendre 35 °C pour faire un coup de chaleur. Il peut en faire à moins de 20 °C.
Parce qu’en fait, pendant l’effort, le chien produit lui-même énormément de chaleur. Et toute la question est de savoir s’il arrive à l’évacuer. La température extérieure compte, évidemment, mais aussi l’humidité, le soleil, le vent, l’intensité et la durée de l’effort, et bien sûr le chien que vous avez devant vous.
Et ce n’est pas parce qu’on attend tôt le matin ou 22 heures après une journée de canicule que, d’un coup, toutes les conditions sont redevenues bonnes. Contrairement à ce que l’on imagine souvent, la voiture n’est pas la première cause. Dans une grande étude vétérinaire britannique, 74,2 % des épisodes de maladie liée à la chaleur dont la cause était connue étaient déclenchés par l’exercice, contre seulement 5,2 % par le confinement ou le transport dans un véhicule chaud. Et parmi les épisodes liés à l’exercice, une grande partie survenait simplement lors de promenades...
Éléonore, que vous connaissez tous, a par exemple reçu cet été un Berger allemand qui avait simplement fait une petite balade hygiénique vers 22 h 30. Rien qui semblait être un effort énorme.
Il a fait un coup de chaleur. Et il est mort, d’un coup… Un traumatisme que je ne souhaite à personne…
Parce qu’un coup de chaleur, ce n’est pas juste « avoir eu très chaud ». Quand l’hyperthermie devient sévère, on peut avoir des troubles de la coagulation, des atteintes rénales, hépatiques, digestives, neurologiques et cardiovasculaires. On peut aller jusqu’à l’œdème cérébral, au choc, à la défaillance de plusieurs organes et même à l’arrêt cardiorespiratoire.
Et ça peut aller très vite : de quelques minutes à quelques heures dans les formes les plus sévères.
Personnellement, ça fait déjà plusieurs années que je fais vraiment attention à ce que je demande à mes chiens en été. J’adapte les horaires, les activités, l’intensité et, quand les conditions ne sont pas bonnes, je ne fais pas.
Et ne parlons même pas de mes seniors, que je préserve plus que tout. L’objectif est toujours de leur maintenir une activité suffisante parce qu’elles en ont besoin, mais certainement pas au prix d’une dégradation de leur état. Avec elles, encore plus, c’est l’activité qui s’adapte au chien et aux conditions, jamais l’inverse.
Mais je crois que cet été a encore renforcé cette vigilance et surtout changé certaines de mes limites. J’ai très peu entraîné mes chiens au troupeau. Je les ai utilisés quand j’avais réellement besoin d’elles pour déplacer mes brebis d’un parc à un autre, très tôt ou très t**d. Mais entraîner juste pour entraîner alors que les conditions étaient mauvaises, non.
D’autant qu’au troupeau, il n’y a pas que les chiens : les brebis aussi subissent la chaleur.
Pour le reste, j’ai fait autrement : activités au frais, beaucoup de renforcement musculaire, un peu de nage, très peu d’efforts physiques intenses et surtout mon emploi du temps complètement décalé quand c’était nécessaire.
Et finalement, cette réflexion ne date pas de cette année. L’année dernière déjà, pendant un concours de troupeau, j’avais été assez choquée de voir quelqu’un que j’estimais faire tourner sa chienne encore et encore autour du terrain alors qu’il faisait vraiment très chaud. Elle est sortie en titubant…
Je m’étais dit à ce moment-là qu’on pouvait finalement très vite perdre de vue certaines évidences dès qu’on avait un objectif derrière. Parce que oui, je pense que la compétition peut parfois nous faire faire n’importe quoi. On a fait la route, payé l’engagement, réservé le logement, on veut passer, faire un résultat, ou même juste ressentir l’adrénaline du parcours… et on finit parfois par accepter pour nos chiens des conditions qu’on n’aurait probablement jamais acceptées autrement (enfin j'espère...).
Cette année a donc surtout fini de poser ma limite : je ne souhaite plus faire de concours en été lorsque les conditions ne sont pas réunies. Et je n’aurai aucun scrupule à annuler ma participation à la dernière minute si les conditions évoluent défavorablement quelque soit le moment de l'année.
Car on peut hydrater, refroidir, décaler les horaires, adapter l’échauffement, prévoir des manteaux rafraîchissants, des boissons spéciales… Mais parfois, la meilleure prévention reste simplement de ne pas prendre le départ.
Et sans attendre qu’une organisation ou finalement un arrêté préfectoral, hein… parce que c’est bien beau de parler de bien-être animal et d’éthique après coup, prenne cette décision à notre place.
Parce que notre chien ne sait pas qu’on a payé l’engagement ou le logement. Il se fiche complètement du classement. C’est à nous de savoir dire non pour lui. Parce que, pour le coup, sa vie peut réellement être en jeu.
Préparer son chien à l’effort, c’est important. Savoir quand ne pas lui demander cet effort l’est tout autant.