08/01/2026
En réalité, les jeunes qui filmaient l'incendie à Crans-Montana, n’avaient quasi aucune chance de s'en sortir, comme tous ceux qui se sont retrouvés piégés dans cette pièce.
Rien à voir avec la génération instagram, Facebook, ou des réseaux sociaux dépeinte par certains pour expliquer la catastrophe.
Quelques précédents historiques et études scientifiques ont permis de décrire ces comportements, et ce que l'on appelle le biais de normalité.
L’incendie de la discothèque The Station en 2003 en est un exemple tragique : à l’époque, sans smartphones ni réseaux sociaux, une centaine de personnes seraient mortes sur place en observant les flammes, convaincues qu’il s’agissait d’un effet pyrotechnique du groupe Great White.
Elles n’ont pas fui immédiatement, probablement victimes du biais de normalité.Ce biais, décrit notamment par Amanda Ripley dans The Unthinkable (2008) à partir d’analyses de catastrophes réelles, pousserait le cerveau à minimiser une menace soudaine pour la faire entrer dans un cadre familier et rassurant.
On retrouve le même mécanisme lors de l’incendie du 5-7 à Saint-Laurent-du-Pont en 1970 : 146 jeunes ont péri, beaucoup attendant des signaux clairs (arrêt de la musique, intervention du personnel) avant de bouger, selon les rapports d’enquête et les études ultérieures.
D’autres cas concrets illustrent ce phénomène.
Pendant les attentats du 11 septembre 2001, de nombreux occupants des tours situés en dessous du point d'impact des avions ont attendu plusieurs minutes avant d’évacuer, pensant à un simple incident technique ou à une alarme intempestive, comme le documente le rapport de la Commission 9/11 (2004). Ils ont même continuer à travailler et de traiter leurs mails jusquà reception d'un ordre clair d évacuation.
Dans l’incendie récent qui circule en vidéo sur les reseaux, le même schéma semble se répéter.
Si la musique continue et que le personnel ne panique pas, le cerveau des clients inhibe l’instinct de fuite pour intégrer la menace dans un contexte « normal ».
Ces jeunes se disent que quelqu'un va sans doute venir éteindre le feu et n'ont pas conscience du danger.
De plus, et sans doute sous l'effet de l alcool, ce comportement est amplifié. Il y a fort à parier qu'ils filmaient la soirée en général sans se rendre compte que la catastrophe était irrémédiable.
Les normes de sécurité incendie intégrent justement cette latence, et prévoient typiquement 1 à 2 minutes de temps de réaction avant le début effectif de l’évacuation dans les lieux publics.
Les systèmes de détection et d’extinction automatique sont d'ailleurs dimensionnés pour offrir ce sursis.
Toutefois, le matériau composant le plafond a rendu cette marge de temps dérisoire.
Un plafond en mousse de polyuréthane brûle de manière non linéaire.
En d'autres termes, il y a un embrasement generalisé (flashover) lorsque la temperature atteint environ 600 °C.
Cette température est atteinte en moins de 90 secondes.
Ce que ces gamins avaient au dessus de leur tête était en realité de l'essence solidifiée.
La pièce a donc basculé en embrasement généralisé avant que la majorité des personnes ne puisse sortir rapidement.
Avec un tel combustible au plafond, le temps disponible pour s'enfuir a été quasi nul ; même en cas de réaction instantanée, la densité de foule aurait probablement bloqué les issues avant que la salle ne se vide.
Ces adolescents etaient donc déjà quasi tous condamnés des que le plafond a commencé à prendre feu.
Ils ne sont pas morts à cause d’Instagram, facebook, les reseaux sociaux où la "génération perdue" des milllenials.
Ils sont morts parce que la physique du feu a dépassé de très loin la capacité humaine à traverser une foule dense, et sans doute parce qu’un mépris des principes de sécurité leur a ôté, dès le départ, toute chance réelle de s’en sortir.
J'ai été confronté plusieurs fois à des clients propriétaires de bars de nuit ou de discothèques, qui ne comprenaient pas le haut niveau d'exigence en France en matière d'ERP et de règles incendie.
Ils restent souvent bouche bée lorsque je leur dis que je je refuse le dossier et que je n'attaquerai pas la décision administrative leur imposant des travaux avant réouverture.
Ils s'imaginent qu'un bon avocat est celui qui trouve la solution, en dépit des faits....
Non, c'est celui qui explique concrètement la règle, et l'incidence de son irrespect sur des sujets aussi sensibles.