19/11/2025
Je dis souvent à mes filles " si tu aimes vraiment les chevaux , n'en fait pas ton métier ".
Pourtant on entend souvent dire : « Travaille dans ce que tu aimes et tu ne travailleras jamais. » … sauf peut-être dans le milieu du cheval.
Parce que si tu adores les chevaux, vraiment, profondément, au point de trouver que leur odeur de foin humide mériterai d'être vendu en flacon chez sephora … eh bien je te déconseille gentiment d’en faire ton métier. Pas par cynisme, non.
Plutôt du genre : « Je t’aime bien, donc je préfère t’éviter un ulcère. »
Car derrière chaque cheval “de rente ", il y a une équation économique qui ressemble un peu à une recette de cuisine impossible :
→ prends un animal qui coûte une blinde à nourrir , (quelque soit sa valeur d'ailleurs)
→ ajoute un terrain qui avale l’argent plus vite qu’un poney ne gaube une pomme.
→ mélange avec les charges, les assurances, la paille, le foin, l’eau, l’électricité et le vétérinaire qui passe parfois “juste pour vérifier”
→ fouette énergiquement jusqu’à ce que ... ta marge ai complètement disparu.
C'est moche de parler d'argent quand on aime ses animaux. Mais quand on devient professionnel, on peut pas y couper.
Le trésors public, la MSA et ton banquier t'attendent tapis derrière un buisson et seront les premiers a bondir en cas de pépin.
D'autant que le confort du cheval , ça coûte un rein :
dentiste , osteo , abri au sec , matériel adapté, espace de travail sécurisé....
Mention spéciale pour " le respect des besoins fondamentaux " ( sur lequel quelques pros décident de faire l'impasse ): vie au pré en troupeau , foin a volonté, ....de l'attention ( oui parceque quand on est pro ,ça aussi ça coûte de l'argent ! Parceque ça prend du temps !)
Alors je ne dis pas que c'est impossible de gagner sa vie en vendant des chevaux ... Je dis que si tu veux sortir un peu de rentabilité sans pratiquer des prix dignes d’un palace all-inclusive pour poneys, il va falloir faire des choix. Pas forcément des mauvais choix — juste… des choix.
Rationner les surfaces de pature, revoir les quantités de foin, limiter les sorties , retarder le changement de clôtures, repousser la rénovation de l’abri, optimiser chaque minute de main-d’œuvre ( si tu as un salarié... Parceque ton temps à toi, il compte pas. Tu peux travailler H24 365j/an, ça coûte pas plus cher. C'est cool d'être indépendant, hein ? ...youpi ).
Bref, choisir le confort que tu peux financer, pas celui que tu offrirais à ton propre cheval si tu vivais au pays des Bisounours.
A la fin c'est le cheval qui subit ces décisions.
Parce que c’est simple : dans la réalité de la vie on peut difficilement proposer le meilleur du meilleur à ses chevaux et espérer, en même temps, que l’opération soit rentable.
c'est souvent là que le bât blesse.
Allier confort du cheval et rentabilité, ca revient a marcher sur un fil un jour de grand vent. Et c'est là que pour un véritable amoureux du cheval consciencieux, les choses peuvent devenir psychologiquement compliquées.
Entendons nous bien : je ne dis pas que c'est impossible .
Certains parviennent à vivre de l'élevage ou de la vente de chevaux sans compromettre la qualité de vie de leurs protégés ( et heureusement d'ailleurs ! Nous avons besoin d'éleveurs ... Et certains font ça avec brio ) mais il faut commencer avec de vrais atouts... Une mise de départ élevé par exemple , voir prendre la suite d'un élevage qui a déjà pignon sur rue , ou avoir :
– Des perles rares avec des origines solides ( en sachant qu'une glissade dans un champ pourra vous faire passer a tout moment de fortune a faillite )
– une résistance morale à toute épreuve,
– et un sens de l’humour obligatoire, car parfois il ne reste que ça.
Comme disait l'autre : " Pour devenir millionnaire avec les chevaux , il faut d'abord avoir été milliardaire "
Évidemment, je ne parle pas des professionnels prestataires de service : type maréchal, saddle-fitters, ostéos, cavaliers pros… mais bien de ceux qui vivent du cheval en tant que tel , et uniquement de cela.
Faire de son animal de coeur , un animal de rente, en espérant en vivre dignement sans renoncer à ses principes … c’est un peu comme vouloir remplir un seau percé : tu peux essayer, mais il faut courir vite.
En résumé :
Si tu aimes les chevaux, aime-les fort.
Si tu veux travailler avec eux, fais-le avec lucidité.
Et si tu veux en vivre… offre un baptême de poney a ton banquier. On sait jamais ...sur un malentendu 🤷
En bref, ce ne sont ni la passion ni les compétences des professionnels qui sont en cause, mais bien un système économique et social qui se marie mal avec la réalité du vivant et la passion animale.
Ce sont des métiers passion ... Qui te rappellent tous les jours que l’amour, c’est beau…
… mais que ça ne paye pas le foin.
Illustration de Pierre Milon