15/04/2026
BANNIR LE « NON » AVEC LE CHIEN ?
Je resterai toujours perplexe d’entendre ou de lire qu’il est aversif et brutal de dire « non » à son chien, quand je vois dans le même temps que le conseil est donné d’ignorer ses comportements inacceptables pour plutôt le conditionner à agir comme bon nous semble avec des récompenses alimentaires.
Conditionner, façonner, modeler un être intelligent en devenir comme s’il n’était qu’un simple automate serait donc la voie bienveillante à suivre, mais lui opposer des limites claires avec un mot qui fait partie de notre langage et de notre culture relationnelle serait néfaste ?
Quand ma fille avait 4 ans, je l’ai vue dire « non, recule » à Scarlet de manière spontanée et non violente. Elle dessinait sur la table basse et notre chienne essayait de lui prendre un feutre. Naturellement, ma fille a dit « non, recule » en la regardant. Scarlet s’est arrêtée. Le « non, recule » de ma fille de 4 ans était ferme, mais sans colère. Il était limpide car assumé. Qu’aurait pensé ma fille de 4 ans si je lui avais dit « tu ne dois pas lui dire non parce que c’est violent » ? M’aurait-elle trouvé sensée ? Se serait-elle sentie comprise et respectée ? Aurait-elle développé la même relation avec notre chienne ? Peut-être me serais-je exposée à ce qu’elle me réponde que cette interdiction du « non » vaudra pour elle aussi à l'avenir...
Pourtant aujourd’hui, on enseigne aux adultes à ne plus l’employer avec leur propre chien.
QUEL EST LE RÉSULTAT ?
Le résultat depuis dix ans est loin d’être satisfaisant. Je rencontre de plus en plus de chiens désorientés, et des humains tout aussi perdus à force de s’entendre répéter qu’ils sont maltraitants parce qu’ils disent « non ». Pourtant, un chien est parfaitement capable de comprendre cette indication lorsqu’elle est juste, cohérente et reliée au contexte.
Dire « non », c’est transmettre une information, signaler une limite ou un danger, mais c’est aussi protéger une relation. Il est vrai que dans certaines situations, le chien aura également besoin de savoir « quoi faire », et que le lui indiquer pourra se révéler nécessaire. Mais cela ne signifie pas que c’est systématique et qu’on n’a pas le droit de lui dire de « ne pas faire » avec un « non ».
Se forcer à ne plus employer ce mot conduit les gardiens à ne plus savoir comment réagir face à des comportements réellement problématiques. Certains finissent par tolérer des conduites dangereuses ou inacceptables par peur de mal faire ou d’être jugés. Or, accompagner un chien, c’est aussi lui apprendre le cadre dans lequel il aura à évoluer. Et qu’on le veuille ou pas, le cadre relationnel respectueux passe par le fait de dire « non » parfois. Et c’est valable pour le chien comme pour l’enfant.
LE FOND ET LA FORME
Il est possible de dire « non » sans crier.
Il est possible de dire « non » sans colère.
Il est possible de dire « non » avec calme et cohérence.
Il est possible de dire « non » de manière juste et justifiée. Et surtout, un « non » opposé n’a de sens que si en parallèle existe des « oui » encourageants.
En somme, le chien a besoin de saisir ce qui est interdit, pas seulement de comprendre ce qui est attendu de lui. Il en va de sa sécurité et de son intelligence sociale en général. Lui montrer la bonne direction, valoriser ses efforts, reconnaître ses progrès, tout cela participe à construire sa confiance et son équilibre. Mais lui permettre de rencontrer des limites claires reste essentiel.
UNE RELATION ÉQUILIBRÉE SE CONSTRUIT À DEUX
La limite saine est le cœur battant de toute relation équilibrée. C’est aussi la notion du consentement. Quand nous supprimons un mot de notre vocabulaire nous en bannissons aussi l’idée. Et il n’est pas possible de vivre une relation décente sans dire « non ». Le « non » est sain, salutaire et nécessaire, autant que le « oui », même avec le chien. Dans la nature comme dans la vie sociale, les repères et les bornes existent. Ils rassurent, structurent et facilitent la cohabitation. Un « non » justifié n’est pas une violence, c’est une guidance. Dire « non » c’est assumer son rôle de référent et offrir à son chien un cadre lisible dans lequel il pourra évoluer sereinement.
On oublie un peu trop souvent que le « non » enseigne progressivement à maîtriser ses impulsions (apprendre à se retenir). La vie sociale n’en sera que plus riche. Le « non » n’est pas l’ennemi du respect. À bien des titres, il en est souvent le premier apprentissage. L’enfant l’utilise spontanément avec le chien qui le comprend, et c’est d’ailleurs l’un des premiers mots qu’il prononcera. Les deux sont des êtres sociaux, et le refus, même exprimé par un « non » d’enfant, est souvent mieux accueilli par le chien que nos commandes d’adulte.
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