31/03/2025
Pourquoi les discours marketing et business trouvent leur voie dans le monde de l’entreprenariat canin ?
Depuis quelques années - sans que cela ne soit sous-tendu par une quelconque étude, je précise donc qu’il s’agit simplement d’une analyse toute personnelle, réfléchie, mais personnelle - les pros du monde canin qui se forment et proposent des formations en marketing et business prennent de la place - de plus en plus ? - sur les productions de contenus ou les productions médias tout court.
Je me demande si cela montre quelque chose ou si c’est simplement une conséquence directe des lacunes des organismes de formation qui ne préparent pas assez les stagiaires à l’arène du monde économique ?
Les organismes de formation - publics ou privés - proposent des modules sur la commercialisation des services, la vie d’une entreprise, peu sur la communication des services.
Est-ce assez ? Les jeunes pros disent que non. Mais est-ce vraiment de cela dont ils manquent ? Ou est-ce tout simplement que le marché est saturé par des vagues cumulatives de nouveaux professionnel-le-s, alimentées par des formations toujours plus nombreuses ?
En somme l’idée est que si on a besoin de mettre en avant son « business » c’est aussi parce qu’il ne trouve pas ou plus aussi facilement sa clientèle. En d’autres termes, et c’est aussi pour cela que les discours tout business me chagrinent, c’est bien parce qu’il y a un effet de structure qu’il y aurait le besoin de formation en commerce.
Mais alors cela fait reposer sur les simples épaules des entrepreneur-e-s, quelque chose qui n’est que le résultat d’une mauvaise gestion des flux de professionnels. Pour le dire encore autrement, le monde de l’éducation canine ne réussit pas - toujours pas - à sortir d’une analyse individualisante alors que c’est bien une pensée socio-politique qui pourrait le sortir de ses marasmes.
D’ailleurs, le fait que ce soit en majorité les entrepreneur-E-s qui font appel à ce type de formation courte en dit long. Là encore on ne vient pas travailler une approche socio-politique qui rappelle que le syndrome de l’imposteur est largement vécu par les femmes, que ce sont elles qui doutent souvent de leurs compétences à faire et à réussir. A parcours de formation égal, on doit retrouver une proportion hallucinante de femmes dans ces modules.
L’Etat défaillant ne régule toujours pas. Pire, il continue à permettre le financement de plus en plus de formations. Les organes représentatifs n’en disent rien et s’engouffrent gentiment dans les propositions de cursus pour augmenter son business, développer son business, trouver sa clientèle, exploser le marché… bref, autant de vocabulaires, au choix, entre l’agressivité empruntée au pire discours des années 80 et le ressourcement de soi pour échapper aux désastres économiques que vivent beaucoup de jeunes pro.
Les modules de formation épongent alors les craintes et les affres économiques de pros en perdition, en agitant la promesse d’un succès tout proche .. si on s’en donne les moyens.
Ce que ces types de discours et d’offres de formation montrent c’est aussi, surtout, que le monde de l’éducation canine n’arrive toujours pas à sécuriser des parcours d’entrepreneur-e-s. En somme, ceux et celles qui arrivent à en vivre vraiment sont peu nombreux-ses. Et la solution la plus simple qui est présentée pour affronter cela est de venir travailler sa capacité à vendre.
Voilà pourquoi ces discours et ses formations me chagrinent. Parce qu’ils ne mentionnent pas la possibilité que si une entreprise ne marche pas, c’est aussi peut être parce que le marché est saturé, ou parce que tous les pros ne sont pas bien formé-e-s au métier, aux techniques, aux savoir-faire et que ce faisant, ils ne savent pas travailler, pas assez bien. Parce que les parcours de formation sont tellement inégaux, en tout point, qu’il produit des inégalités qualitatives démesurées.
Les instances représentatives devraient sans doute maximiser leurs efforts pour instaurer un cursus de formation à la hauteur des enjeux de ce que sont les chiens dans nos vies aujourd’hui.
L’Etat ne peut plus se satisfaire de laisser faire, en fermant les yeux au passage sur des centres de formation qui continuent à former aux méthodes coercitives (autre débat, certes, mais difficile de ne pas faire des liens), en feignant de ne pas voir que la multitude d’organismes privés se goinfre en utilisant l’envie pressante de devenir un-e éducateur-trice canin, mieux, un-e comportementaliste canin.
Les centres de formation devraient peut être envisager une auto-régulation, une concertation collective et interpeller les pouvoirs publics pour enfin obtenir une feuille de route qui respectent les stagiaires et les futurs professionnel-le-s, mais aussi les propriétaires de chien, les clients donc.
Les collègues qui profitent de l’aubaine et développent des contenus en business, marketing, accompagnement de la fatigue et de l’épuisement de soi … il faut sortir de l’impasse, vite, parce qu’à un moment donné, les pros qui essaient de muscler leur business, en réussissant d’ailleurs pour certain-e-s, ils vont sans doute se rendre compte que ça colmate, mais ça ne règle pas le problème.
Est-ce que je suis pessimiste ? non, tout le contraire. Je crois fermement au combat politique, collectif. Et l’issue se situera par là.
A quand des groupes d’analyse de la pratique collectifs et proposés par les organes représentatifs du métier ? A quand une réflexion sur les quotas professionnels ? A quand une réflexion honnête sur le parcours professionnel ? A quand une formalisation de ce que cela devrait impliquer d’être réellement formé-e au métier ?