02/09/2026
« Mais avant, on ne se posait pas toutes ces questions ! »
« On avait des chiens et ça se passait très bien. »
« Aujourd’hui, les comportementalistes voient des problèmes partout ! »
Ce sont des phrases que l’on entend régulièrement.
Et parfois même : « Mais enfin… ce n’est qu’un chien ! »
C’est probablement l’un des arguments que j’entends très souvent. Et c’est vrai. Il y a quelques décennies, nous parlions beaucoup moins de comportement canin. Nous nous interrogions moins sur les émotions du chien. Nous cherchions moins à comprendre pourquoi il aboyait, pourquoi il détruisait, pourquoi il avait peur, pourquoi il fuyait ou pourquoi il pouvait devenir agressif.
Mais attention à ne pas confondre deux choses : ne pas identifier une difficulté ne signifie pas qu’elle n’existait pas.
Avant, les chiens vivaient attachés dans les jardins, les chiens étaient isolés, les chiens passaient une grande partie de leur vie dans un chenil ou une cour. Les chiens qui aboyaient étaient simplement considérés comme « des chiens qui aboient ». Ceux qui fuguaient étaient attachés. Ceux qui avaient peur étaient souvent simplement considérés comme « peureux ». Ceux qui se montraient agressifs étaient éliminés.
On considérait que c’était leur caractère. La souffrance comportementale du chien n’était pas visible parce qu’on ne s’en préoccupait pas.
🐶 Nous avons changé la place du chien.
Il y a une chose qui a profondément évolué : la place que nous donnons au chien dans notre vie. Aujourd’hui, le chien partage notre quotidien. Il vit dans nos maisons. Il dort parfois dans nos chambres. Il nous accompagne au restaurant, en vacances, en promenade, dans les transports. Nous voulons qu’il soit notre compagnon de vie, notre partenaire, notre membre de famille. Et c’est une très belle évolution.
Mais cette proximité crée également de nouvelles exigences. Plus le chien est présent dans notre quotidien, plus nous attendons de lui qu’il sache évoluer dans des environnements humains. Et plus nous lui demandons cela, plus nous devons nous intéresser à ce dont il a besoin pour y parvenir.
Un chien peut apprendre à vivre dans notre monde. Mais il ne devient pas pour autant humain. Il possède une perception différente de son environnement. Il communique différemment. Il ne raisonne pas comme nous. Il ne vit pas les situations comme nous. Et surtout, ses capacités d’adaptation ne sont pas infinies.
• Un chien peut apprendre à croiser des congénères calmement. 👉 Mais cela ne signifie pas qu’il doit aimer tous les chiens.
• Un chien peut apprendre à vivre avec des enfants. 👉 Mais cela ne signifie pas qu’il doit accepter toutes leurs interactions.
• Un chien peut apprendre à rester seul. 👉 Mais cela ne signifie pas que plusieurs heures d’absence seront faciles pour tous les individus.
• Un chien peut apprendre à prendre les transports. 👉 Mais cela ne signifie pas que tous les environnements urbains seront confortables pour lui.
• Un chien peut apprendre à rester tranquillement en terrasse. 👉 Mais cela ne signifie pas qu’il appréciera nécessairement de passer deux heures dans un environnement bruyant et très stimulant.
La capacité à faire quelque chose n’est pas toujours synonyme de bien-être. Et cette distinction est fondamentale.
🐶 Alors non, nous ne compliquons pas tout !
Lorsque nous parlons des émotions, des besoins, de l’attachement, du stress, de la peur, de la frustration, de la communication ou de l’environnement du chien, certains ont l’impression que nous sommes en train de rendre les choses inutilement compliquées. Pourtant, nous ne créons pas ces mécanismes. Ils existaient déjà. Le chien avait déjà des émotions avant que nous commencions à les étudier. Il avait déjà des besoins comportementaux. Il communiquait déjà avec son corps. Il ressentait déjà de la peur, du stress, de la frustration ou de l'insécurité. Il avait déjà besoin de repos, d’exploration, de mouvement, d’interactions sociales adaptées et d’un environnement suffisamment sécurisant.
Lorsque nous demandons : « Pourquoi fait-il cela ? » plutôt que : « Comment faire pour qu’il arrête ? » nous ne compliquons pas le problème. Nous changeons simplement notre manière de comprendre. Parce qu’un comportement n’apparaît jamais complètement par hasard. Il peut être l’expression d’une émotion, d’un besoin, d’une difficulté d’adaptation, d’un apprentissage, d’un manque de compétences ou d’un environnement qui ne convient pas suffisamment au chien.
Car finalement, si nous avons aujourd’hui davantage de questions sur le comportement de nos chiens, ce n’est pas parce que les comportementalistes compliquent tout.
C’est peut-être simplement parce que nous avons enfin commencé à considérer que leur bien-être méritait, lui aussi, que l’on se pose des questions.
🐾 Changeons de regard pour mieux comprendre nos chiens.
Laurence ROUX
Educatrice Comportementaliste Canin
www.comportementaliste-canin78.fr