27/02/2026
A toi, la petite fille sur cette photo.
Je reconnais tout de suite ton regard.
Pétillant. Malicieux.
Le genre de regard qui fait croire aux adultes que tout est sous contrôle…
Alors qu’en réalité, absolument pas.
Parce que oui, tu étais pleine de vie.
Curieuse. Audacieuse.
Et déjà dotée d’un sacré culot.
Je sais que tu t’es souvent sentie différente. Trop sensible. Trop empathique.
Avec ce coeur qui ressent tout trop fort, trop vite, trop intensément.
Alors très tôt, tu as trouvé refuge ailleurs. Auprès des animaux.
Avec eux, il n’y avait pas de décalage. Pas de jugement.
Juste des silences, des regards qui disent plus que des mots.
Je me souviens de toi, en véritable mission d’infiltration.
A escalader le portail des voisins comme si ta vie en dépendait, à longer la maison en apnée, pour rejoindre le chenil derrière. Et là, tu devenais officiellement… La responsable.
Organisation millimétrée : temps de jeu, temps de récré, temps de sieste.
Et évidemment, sieste collective.
Toi, endormie dans la niche, recouverte de chiots comme une couverture vivante.
J’imagine encore la tête des voisins rentrant chez eux, apercevant deux petits pieds dépasser de la niche.
Surprise. Panique légère. Puis fou rire.
Ils t’ont simplement demandé une chose : prévenir la prochaine fois, histoire de savoir qu’une enfant dormait planquée avec leurs chiens.
Et tu es revenue. Encore et encore.
Il y avait aussi cette autre mission secrète. Cette grande maison, presque un château.
Et cette biche, seule dans son enclos.
Là encore, discrétion maximale.
Déplacements d’arbre en arbre, façon espionne de la nature.
Tu allais la voir, tu la câlinais, et tu lui parlais, tu versais de l’eau sur la terre pour lui fabriquer des bains de boue.
Ces moments, ils étaient à toi. Tes instants de liberté totale, loin du bruit du monde.
Et pourtant, tu étais une petite fille sociable, entourée, pleine d’amis, pleine de rires.
Mais ces moments là…
Ils étaient tes cachettes, tes secrets.
Là où tu te sentais pleinement toi.
En grandissant, cette sensibilité t’a parfois isolée.
Parce que cette passion prenait beaucoup de place.
Parce que ton coeur aimait sans mode d’emploi.
Quand tu étais petite, on trouvait ça attendrissant.
En grandissant, on trouvait ça étrange.
Tu as souvent dû te justifier.
Devant les autres. Et surtout devant toi-même.
Te rappeler qu’aimer aussi fort les animaux ne voulait pas dire aimer moins les humains.
Que ton coeur avait assez de place pour les deux.
Les années ont passé. Tu t’es souvent fait la guerre.
Tentant d’être moins intense, moins sensible, moins « trop ».
Aujourd’hui encore, tu apprends.
A t’accepter telle que tu es. A transformer cette différence en force, plutôt qu’en combat.
Et dans tout ce chemin, ils ont toujours été là. Les animaux. Comme un refuge. Un soutien. Une thérapie silencieuse.
Pendant longtemps, cette sensibilité t’a aussi mise en lutte. En colère contre celles et ceux qui ne ressentaient pas tout ça.
Tu ne comprenais pas comment on pouvait rester si imperméable au vivant, comment on pouvait passer à côté de ces liens, de cette profondeur, de cette évidence.
Maintenant, tu apprends autre chose.
A déposer la colère. A ne plus te battre contre ce que les autres ne peuvent pas ressentir.
A laisser place, parfois, à une forme de peine douce.
Parce que certaines personnes ne connaîtront jamais cette intensité-là.
Jamais cette connexion.
Et finalement, ce n’est pas de leur faute.
Aujourd’hui, je veux te prendre par la main et te dire : tu n’as jamais eu tord.
Tout ce que tu étais, tout ce que tu faisais en cachette, tout ce que tu ressentais… nous a menées exactement ici.
Créer cet hôtel félin, choisir de m’installer à mon compte malgré les peurs, les doutes, et les difficultés, ça a été le plus grand acte d’amour que je pouvais m’offrir.
Alors regardes où ça nous a menées.
Tout ce que tu étais. Tout ce que tu ressentais. Tout ce que tu croyais être « trop ».
C’est exactement ce qui a construit cet endroit.
Aujourd’hui, je célèbre 2 ans d’ouverture.
Deux années à vivre de ce qui me fait vibrer le plus profondément.
Deux années à soigner mes blessures en prenant soin du vivant.
Merci à toutes les personnes qui ont cru en moi quand moi-même je n’y arrivais pas encore.
Merci aussi à ceux qui m’ont rendu la tâche difficile, ce qui m’a rendue tenace pour continuer.
Merci à celles et ceux avec qui je travaille aujourd’hui et qui me permettent de vivre de ce que j’aime le plus.
Ce n’est pas juste un travail pour moi.
C’est une thérapie de vie.