22/09/2025
Traumatisme - Quand le cerveau disjoncte
Sidération, dissociation, amnésie post-traumatique et mémoire traumatique.
Qu'est-ce que c'est? Il s'agit de mécanismes psychologiques et neurobiologiques de sauvegarde exceptionnels de l'organisme qui se mettent en place lors d'un traumatisme.
Les traumatismes qui sont susceptibles d'être à l'origine de ces mécanismes psychotraumatismes sont ceux qui sont vont menacer l'intégrité physique ou l'intégrité psychique.
Certains évènements de la vie constituent, pour l'individu qui les vit, comme une agression et un véritable choc traumatique.
Comme devant tout choc traumatique intense la victime peut réagir par la sidération et la dissociation, et potentiellement par l'amnésie post-traumatique.
Considérons, pour faire la métaphore, que notre système nerveux est comme un réseau électrique d'une maison.
Il comporte un circuit, des prises et un disjoncteur, qui saute lorsque le réseau affronte une charge supérieure à l'intensité pour laquelle il est prévu.
Si le disjoncteur ne fait pas son office, le risque d'incendie et de destruction totale du réseau et de la maison est majeur. Le disjoncteur est la protection.
De même notre système nerveux est prévu pour supporter une certaine charge émotionnelle, comme une charge électrique.
Quand une intensité maximale est dépassée, notre disjoncteur neurologique suit, nous cessons de ressentir quoi que ce soit et nous devenons incapables de réagir : c'est l'état de sidération. Sans cette sidération, nous risquons notre vie.
Ainsi, les agressions, quand elles sont suffisamment fortes pour saturer le système émotionnel de la victime, déclenchent la sidération chez celle-ci, l'empêchant de réagir, de se défendre et cette sidération peut la conduire à ne plus bouger, qui ressemble à un faux-semblant de calme.
Le système neurologique de la victime a disjoncté, pour protéger sa vie.
Par exemple, c'est le cas des femmes qui subissent un viol, elles sont loin d'être consentantes, elles sont sous l'effet de la sidération.
Passé l'état de choc, et la sidération, la victime peut toujours continuer d'agir et sembler dans son état normal. Qu'on ne s'y trompe pas!
Si la victime est ainsi, anormalement calme, c'est qu'elle vit la situation comme si elle la voyait de l'extérieur, elle est dans un état de dissociation.
La victime agit, mais son système émotionnel, qui dans une situation ordinaire, donne l'impression subjective d'être "dans" l'expérience vécue, d'y être associée, est complètement désactivé. Elle est dissociée et elle agit comme un automate.
La sidération est une réaction psychologique et physique involontaire face à un événement traumatique, brutal, ponctuel ou récurrent sous sa forme.
La sidération survient face à des agressions terrifiantes, incompréhensibles, ou des situations de violence perçues par la victime comme sans issue ou sans recours de poser une action salvatrice qui pourrait l'extraire de la situation.
Selon Anne Clothilde Ziégler, auteur de renom, le système de la sidération, dissociation, amnésie post-traumatique et mémoire traumatique peut aussi prendre racine dans l'emprise et l'abus dans la famille et le couple.
La sidération se manifeste par un blocage des fonctions supérieures du cerveau, entraînant une paralysie physique et psychique et une dissociation de la réalité, transformant l'individu en "statue" paralysée.
Face à un danger extrême, le cerveau bloque l'analyse et la réaction, permettant au corps de rester figé.
La sidération peut être le début de troubles traumatiques plus importants, rendant nécessaire une prise en charge psychologique.
Dissociation
La sidération peut s'accompagner d'un sentiment de détachement, de percevoir les événements comme s'ils arrivaient à quelqu'un d'autre, sans ressentir d'émotions.
La dissociation est un mécanisme de défense psychologique qui permet de se déconnecter de la réalité, de ses émotions et de ses sensations lors d'un événement traumatique perçu comme insupportable.
Bien qu'utile à court terme pour la survie, la dissociation peut devenir problématique à long terme, entraînant des troubles du comportement, des douleurs chroniques, et des difficultés à intégrer l'expérience traumatique dans le récit de sa vie.
Amnésie post-traumatique & Mémoire traumatique
Notre mémoire dépend de l'attention que nous portons au contenu à mémoriser et notre attention dépend de l'émotion ressentie.
Dans la mesure où la sidération et la dissociation interrompent notre circuit émotionnel, donc notre attention, elles compromettent grandement notre capacité à nous souvenir.
D'un évènement, il peut nous rester de vagues traces mémorielles, ou parfois pas de traces du tout.
Cependant, la charge émotionnelle non vécue, reste enkystée dans notre système inconscient, et elle contribue à nous tendre sourdement : c'est la mémoire traumatique.
Ainsi, chargée de ces mémoires inconscientes et explosives, la victime avance aussi prudemment que les conducteurs du film "Salaire de la Peur", par crainte de faire flamber le stress contenu des traumas répétés qu'elle porte.
Si elle s'est sidérée et dissociée, c'est que le niveau de stress vécu a été suffisamment intense pour compromettre sa santé immédiate, sinon sa vie , et peut entraîner l'activation des systèmes neurobiologiques de disjonction.
Impuissance acquise VS Sidération
Nous avons à distinguer l'impuissance acquise de la sidération, qui sont deux états psychologiques distincts, bien que l'impuissance acquise puisse parfois conduire à une forme de sidération.
L'impuissance acquise est un apprentissage de la passivité, où un individu, après des expériences répétées d'échecs ou de situations incontrôlables, finit par croire que ses actions sont inutiles et cesse de tenter de changer sa situation. Ce processus fonctionne plus sur la durée face à une expérience désagréable.
La sidération, quant à elle, est une réaction plus immédiate et physiologique à un événement traumatisant, un "gel" du système nerveux qui rend la victime incapable de réagir, de vocaliser ou d'agir au moment présent.
En conclusion
Des études montrent des similitudes frappantes entre le cerveau du chien et celui de l'homme. Tout comme nous, les animaux ressentent profondément les choses de la vie dans un silence stoïque.
Malgré les différences de taille, les cerveaux des chiens et des humains partagent les mêmes structures neuronales fondamentales, comme l’hippocampe pour la mémoire et l’amygdale pour les émotions.
Le psychotrauma laisse des séquelles plus ou moins durables, des troubles de stress post-traumatique incluant des troubles de l'humeur, alimentaires, anxieux et dépressifs, associés à des douleurs morales ou sociales, et parfois aussi à des douleurs chroniques. Le corps parle et ne ment pas!
Tout comme les humains, les animaux sont des Créatures sentientes, et elles peuvent vivre des traumatismes qui peuvent les perturber à vie, les sensibiliser, les rendre vulnérables.
La résilience peut être un chemin délicat pour les victimes de la vie, mais aussi pour les accompagnants bienveillants qui les soutiennent vers des jours meilleurs. Le chemin n'est pas linéaire, mais cela vaut la joie, de rallumer l'étincelle de vie.
Avec toute notre plus profonde empathie pour les personnes et les animaux traumatisés et bousculés par l'existence, et ceux qui les guident. Que la force de la résilience soit avec vous.
Soyez créatif!
Merci de respecter la source de cet article.
Sylvia Kramer.
Comportementaliste Spécialisée
Certifiée TR IDTE
Turid Rugaas International Dog Trainer Education.
Références :
Dissociation et mémoire traumatique de Marianne Kédia
Le trauma et le corps de Clare Pain
Anne Clothilde Ziegler - Somato-psychopédagogue.