26/05/2026
Résignation et douleur
Récemment, j'ai vécu 2 expériences de résignation face à la douleur.
Et j'ai pensé aux chevaux...
Chez une dentiste, que je ne connaissais pas. Je la préviens que je suis très sensible des gencives. Elle me répond "Oui, comme tout le monde!". Ca commençait pas bien.
Evidemment, au détartrage, j'ai signalé la douleur (comme j'ai pu, hein, chez le dentiste). Elle continue. Je finis par tourner la tête, l'obligeant à s'arrêter. On reprend, je continue de bondir sur mon siège, pour qu'elle comprenne mais rien. Elle continue.
J'ai mal mais je décide de prendre sur moi, car je vois bien qu'elle s'en fout et moi, j'ai vraiment besoin de ce soin (6 mois d'attente, ça rend docile à la douleur).
En 2 mots : je me résigne.
Parce-que si je ne le fais pas, ça n'ira pas, ça aura des conséquences probablement plus difficiles.
Et je pense aux chevaux. Je me dis voilà, c'est ça qui se passe pour eux.
A un moment, elle me fait tellement mal, que je me redresse d'un coup et lui écarte fortement le bras. Elle a atteint mon seuil de résignation, de douleur.
Les chevaux résignés font pareil. Un jour, on va trop loin et c'est insupportable.
2e expérience. Entorse, je suis chez le spécialiste. J'ai mal, c'est une blessure courante, mais que l'on sait douloureuse. Je précise que j'ai très mal. "Oui, ça va aller. Mettez de la glace".
Alors pas d'anti-douleur ? Refus catégorique. Il me regarde comme le grand spécialiste qu'il est et qui en a vu d'autres.
Bah ouais, mais moi, j'ai mal. Et, je suis tellement inquiète de ma blessure, interloquée de sa réponse que je me sens toute petite et pas digne d'insister.
Et pourtant... au fond de moi, une voix crie "J'ai mal !! Tu vas prendre en charge ma douleur, c'est aussi ton job !!!"
Et là, je pense à nouveau aux chevaux. A mon petit cheval pour lequel je me bats trop souvent pour que sa douleur soit prise en charge correctement. A une majorité de mes clientes à qui je demande d'insister auprès du vétérinaire pour avoir une prise en charge de la douleur.
Parce-que non, avoir mal n'est pas normal.
Parce-que la douleur non prise en charge, ça altère le mental et ça devient une maladie.
Parce que la pathologie n'a pas besoin d'être grave pour être douloureuse.
De mon côté, j'irai acheter mon paracétamol, et je me sentirai un peu minable de ne pas m'avoir assez protégée, défendue.
Le comble dans tout ça : dans mon métier de comportementaliste équin, j'insiste LOURDEMENT pour :
- écouter la douleur et éviter à TOUT PRIX la résignation,
- insister pour avoir une prise en charge de la douleur
Mais, je suis humaine. J'y arrive moins bien pour moi. Et c'est plus facile à dire quand on n'est pas impliquée.
Ces deux épisodes me laissent effarée par l'absence d'écoute de certains professionnels de santé, en humaine, comme en équine. Par l'absence de prise en charge de la douleur alors que TOUS savent qu'une douleur chronique est une maladie horrible dont on peine à se débarasser.
Un jour, on aura moins de spécialiste tout puissant et plus de spécialiste écoutant.
Pour être mieux soignée, nous et nos chevaux.
Alors, ce soir, je ne vais pas me flageller de mon manque d'insistance.
Je vais prendre soin de moi.
Parce-que je suis dououreuse et que je n'ai pas été entendue, je ne vais pas m'en rajouter.
Je vais me dorloter. Pour aller vite mieux, trouver des ressources et de la force pour que ce monde écoute et avance avec le respect dû à chaque être vivant.
PS : la photo c'est mon réconfort du soir : un brouting avec super Carachou.