22/08/2025
L’amour est dans le pré… et le loup dans tout ça ?
Chaque été, l’émission « L’amour est dans le pré » attire des millions de spectateurs. On y voit des éleveurs et des agriculteurs, filmés dans un décor champêtre, entourés de vaches, de moutons ou de chevaux.
Les animaux y apparaissent comme des compagnons de vie, presque comme des membres de la famille, contribuant à une image attendrissante et idéalisée du monde rural.
Pourtant, derrière cette mise en scène romantique, une autre réalité s’impose : la quasi-totalité des bêtes présentées à l’écran finiront à l’abattoir.
L’histoire de la vache échappée à Pontarlier en août 2025 le rappelle avec brutalité : un animal destiné à la boucherie, qui aura erré quatre heures en ville avant d’être abattu par les louvetiers, n’échappe que rarement à son destin tracé.
C’est là que surgit une contradiction troublante. Lorsqu’un loup s’attaque à une brebis ou à un veau dans la plaine du Nord vaudois ou dans le Jura français, les cris d’alarme fusent : on parle de cruauté, de menace, d’attaque insoutenable.
Pourtant, ces mêmes animaux sont envoyés, sans que cela n’émeuve autant, vers une mort programmée et industrialisée. Le loup devient ainsi le bouc émissaire, incarnation de la violence sauvage, alors que l’abattage en masse, plus discret, est accepté comme une normalité économique.
On touche ici à une dissonance cognitive profonde :
On célèbre la tendresse des éleveurs dans une émission de divertissement.
On dénonce la prédation naturelle comme barbare.
Mais on tolère un système où les animaux, même choyés à l’écran, sont finalement réduits à leur valeur marchande.
Le succès de « L’amour est dans le pré » tient sans doute au besoin collectif d’un récit bucolique et rassurant.
Mais la présence du loup dans nos paysages, comme l’évasion d’une vache en route vers l’abattoir, fissure ce récit en rappelant une vérité moins confortable : le lien à l’animal, dans l’élevage, oscille entre affection et exploitation, entre amour et mise à mort.
Peut-être faudrait-il, à l’avenir, avoir le courage de regarder cette ambivalence en face, plutôt que de l’ensevelir sous les paillettes d’une télé-réalité champêtre ou sous les polémiques contre le loup.