06/03/2026
𝙇𝙚 𝙘𝙝𝙞𝙚𝙣 𝙙𝙚 2026 : 𝙨𝙤𝙢𝙢𝙚𝙨-𝙣𝙤𝙪𝙨 𝙧𝙚́𝙖𝙡𝙞𝙨𝙩𝙚𝙨 ?
On parle souvent de la règle du 3-3-3 lorsqu’un chien arrive dans une nouvelle famille.
3 jours pour décompresser
3 semaines pour commencer à comprendre la routine
3 mois pour se sentir davantage chez lui
C’est une règle populaire dans le monde de l’adoption. Elle a le mérite de rappeler qu’un chien qui change de milieu de vie traverse une période d’adaptation importante, mais avec les années, j’ai aussi constaté qu’elle est parfois mal comprise.
Parce qu’elle peut laisser croire qu’après trois mois, tout sera clair. Que le chien aura révélé sa personnalité. Que les difficultés seront derrière nous. Que la famille saura enfin à quoi s’attendre.
Or, la réalité est souvent beaucoup plus complexe, car un chien n’est pas un ordinateur qui termine son installation après 90 jours.
Certains chiens mettent quelques semaines à trouver leurs repères. D’autres mettent plusieurs mois. Certains arrivent complètement figés par le stress. D’autres semblent parfaitement adaptés au départ avant de commencer à démontrer leurs véritables difficultés lorsqu’ils se sentent suffisamment en confiance pour exprimer leurs émotions.
Après trois mois, le chien n’est pas nécessairement devenu le chien que nous espérions. Il est souvent simplement devenu davantage lui-même. Le masque tombe !
Et c’est parfois à ce moment que commence le véritable défi. Parce que la famille découvre alors le chien réel.
Pas le chien imaginé, le chien rêvé, le chien qu’elle croyait adopter - Le chien réel !
Celui qui tire en laisse. Celui qui réagit aux autres chiens. Celui qui poursuit les chats. Celui qui est inconfortable avec certaines manipulations. Celui qui a besoin d’un environnement beaucoup plus prévisible que prévu. Celui qui demande davantage de temps, d’énergie, de compétences ou d’accompagnement.
Et je me demande parfois si le problème n’est pas plus grand que la simple adoption.
Je me demande si nous ne sommes pas en train de vivre un immense décalage entre ce que sont les chiens et ce que notre société attend désormais d’eux.
Quand j’étais jeune, j’ai grandi à Montréal et j’y ai vécu jusqu’à l’âge de 28 ans, je ne me souviens pas d’un quartier rempli de chiens comme aujourd’hui.
Il y en avait, bien sûr, mais beaucoup moins et surtout, ils ne vivaient pas la même vie.
La majorité des chiens que je connaissais passaient beaucoup de temps dans leur cour, accompagnaient la famille au chalet ou allaient courir dans un parc à proximité. Très peu de propriétaires demandaient à leur chien de les suivre partout. Les longues marches en ville faisaient rarement partie du quotidien et les chiens qui accompagnaient leur famille dans tous leurs déplacements étaient plutôt l’exception que la règle.
Je me souviens aussi de chiens qui aujourd’hui seraient probablement considérés comme problématiques.
La voisine avait un petit poméranien qui n’aimait pas les étrangers et qui pouvait mordre si quelqu’un tentait de le toucher.
🚩 Tout le voisinage le savait.
🚩 Les enfants étaient avertis.
🚩 On respectait ses limites.
Personne n’essayait de le transformer en mascotte de quartier. Personne ne l’amenait dans des événements publics pour voir s’il finirait par aimer ça. On adaptait simplement nos comportements à ce qu’il était capable de gérer.
Et je ne dis pas que c’était mieux. Je dis simplement que c’était différent.
Aujourd’hui, nous parlons beaucoup d’inclusion des chiens dans notre société et c'est une belle évolution à plusieurs égards, mais elle s’accompagne aussi d’attentes beaucoup plus élevées.
Nous voulons des chiens capables de nous suivre partout. Au café, au marché, en randonnée, en voyage, dans les événements publics ou dans les commerces qui les acceptent. Nous voulons qu’ils croisent des inconnus, des enfants, des vélos, des trottinettes, d’autres chiens et toutes sortes de distractions sans difficulté.
𝙀𝙩 𝙨𝙤𝙮𝙤𝙣𝙨 𝙝𝙤𝙣𝙣𝙚̂𝙩𝙚𝙨 2 𝙢𝙞𝙣𝙪𝙩𝙚𝙨 ! 𝙋𝙚𝙪 𝙙𝙚 𝙘𝙝𝙞𝙚𝙣𝙨 𝙥𝙤𝙨𝙨𝙚̀𝙙𝙚𝙣𝙩 𝙣𝙖𝙩𝙪𝙧𝙚𝙡𝙡𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙩𝙤𝙪𝙩𝙚𝙨 𝙘𝙚𝙨 𝙖𝙥𝙩𝙞𝙩𝙪𝙙𝙚𝙨.
Les chiens qui réussissent cela très facilement existent, mais ils représentent rarement la majorité.
Pourtant, ce sont souvent eux que nous voyons sur les réseaux sociaux :
😇 Les chiens parfaitement calmes
😇 Les chiens couchés sous les tables
😇 Les chiens qui nous accompagnent partout
😇 Les chiens qui semblent n’avoir aucune limite
À force de voir ces images, nous finissons parfois par croire que c’est la norme.
Alors qu’il s’agit souvent des chiens les plus adaptés, les plus entraînés ou les plus sélectionnés pour ce type de vie.
On voit beaucoup moins les chiens qui trouvent la ville difficile, ceux qui préfèrent les grands espaces ou ceux qui ont simplement besoin d’une vie plus prévisible pour être bien.
Il y a aussi une autre idée qui me revient souvent lorsque j’observe les difficultés que rencontrent plusieurs chiens dans notre société moderne.
Lorsqu’un chien réagit fortement en laisse, devient incontrôlable à la vue d’un autre chien ou se désorganise complètement dans certaines situations, la conclusion est souvent rapide : il manque d’éducation 🎓
Comme si tout se résumait à davantage d’obéissance.
Pourtant, ce que j’observe sur le terrain est souvent bien différent.
Plusieurs de ces chiens connaissent déjà de nombreux comportements. Ils savent s’asseoir, attendre, revenir ou marcher calmement dans un environnement peu stimulant. Le problème apparaît lorsque l’émotion devient plus forte que leur capacité à la gérer.
Un vélo surgit. Un chien apparaît au détour d’un sentier. Un écureuil traverse la rue. Un enfant court en criant 🤯
À cet instant, ce n’est plus une question de commandes apprises. C’est une question de système nerveux.
Nous parlons énormément d’entraînement, mais beaucoup moins d’autorégulation, de gestion émotionnelle, de tolérance à la frustration ou de capacité à retrouver son calme après un stress.
Pourtant, ce sont souvent ces habiletés qui déterminent si un chien pourra réellement s’adapter à la vie que nous lui proposons.
𝙇’𝙚𝙣𝙩𝙧𝙖𝙞̂𝙣𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙚𝙨𝙩 𝙞𝙢𝙥𝙤𝙧𝙩𝙖𝙣𝙩, 𝙢𝙖𝙞𝙨 𝙡’𝙚𝙣𝙩𝙧𝙖𝙞̂𝙣𝙚𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙨𝙚𝙪𝙡 𝙣𝙚 𝙧𝙚́𝙜𝙪𝙡𝙚 𝙥𝙖𝙨 𝙪𝙣 𝙨𝙮𝙨𝙩𝙚̀𝙢𝙚 𝙣𝙚𝙧𝙫𝙚𝙪𝙭 !
Et lorsque cette nuance est oubliée, la pression retombe rapidement sur les épaules du propriétaire. Les regards se tournent vers lui. On lui fait sentir qu’il manque de rigueur, qu’il ne travaille pas assez ou qu’il n’a pas suffisamment investi dans l’éducation de son chien.
Cette pression sociale est énorme !
Les gens culpabilisent. Ils deviennent anxieux. Ils appréhendent les sorties. Et bien souvent, leur chien finit par ressentir lui aussi cette tension.
Nous devons probablement commencer à distinguer davantage un manque d’apprentissage d’une difficulté d’adaptation émotionnelle.
Ce n’est pas la même chose et les solutions ne sont pas les mêmes non plus. Et ça amène souvent le propriétaire à papillonner d'un entraîneur à l'autre... parce qu'il ne trouve pas de solutions outre que de faire de l'éducation. Mais on s'en fou du "assis". Est-ce que le chien est capable de se gérer ou tu dois TOUT faire pour éviter qu'il vit une émotion ?
Cette réflexion m’amène aussi à me questionner sur les chiens que nous choisissons de reproduire 🐕🐕🐕
Nous n’avons probablement jamais demandé autant aux chiens qu’aujourd’hui. Nous souhaitons qu’ils soient capables de vivre en ville, de fréquenter nos enfants, d’accompagner nos activités, de tolérer les manipulations, les inconnus, les autres chiens et une foule de situations complexes.
Pourtant, je ne suis pas certaine que nous soyons toujours aussi exigeants lorsqu’il est question de sélectionner les individus qui transmettront leurs gènes à la génération suivante ⚠️
J’ai récemment rencontré une magnifique chienne destinée à la reproduction. Une chienne qui attirait immédiatement le regard. Pourtant, derrière cette apparence se cachaient d’importantes difficultés d’adaptation. Les manipulations étaient compliquées, certaines personnes de son entourage ne pouvaient pratiquement pas l’approcher et plusieurs peurs occupaient encore une grande place dans son quotidien.
Malgré cela, le projet de reproduction demeurait 💰 Vive le culte de la beauté !
Je me suis alors demandé ce que nous valorisions réellement 🤦
Parce qu’une famille n’adopte pas seulement une apparence 🔎
Elle accueille également une partie du bagage génétique du chien, sa capacité d’adaptation, sa résilience, sa sensibilité au stress et sa façon d’interagir avec le monde.
Pendant longtemps, les chiens étaient principalement sélectionnés pour leur capacité à accomplir une fonction. Le chien de ferme devait être fiable. Le chien de chasse devait être efficace. Le chien de troupeau devait être capable de travailler.
La sélection de l’époque était parfois brutale et je ne crois pas qu’il faille retourner à ce modèle, mais je crois que nous avons peut-être oublié quelque chose en chemin.
𝙇𝙚 𝙩𝙚𝙢𝙥𝙚́𝙧𝙖𝙢𝙚𝙣𝙩 𝙚𝙨𝙩 𝙩𝙤𝙪𝙩 𝙖𝙪𝙨𝙨𝙞 𝙞𝙢𝙥𝙤𝙧𝙩𝙖𝙣𝙩 𝙦𝙪𝙚 𝙡’𝙖𝙥𝙥𝙖𝙧𝙚𝙣𝙘𝙚 ! 𝙄𝙡 𝙚𝙨𝙩 𝙥𝙧𝙞𝙢𝙤𝙧𝙙𝙞𝙖𝙡𝙚 !
Car au bout du compte, ce n’est pas la couleur du pelage qui détermine la qualité de vie d’un chien. C’est sa capacité à fonctionner dans le monde dans lequel nous lui demandons d’évoluer.
Et cette réflexion ne concerne pas seulement les éleveurs. Elle concerne aussi les adoptants, les refuges, les intervenants, les vétérinaires, les municipalités, les gestionnaires de logements et les décideurs. Bref, tous ceux qui participent à définir la place du chien dans notre société.
Car lorsqu’une adoption échoue, il est rare qu’un seul responsable existe.
☝️Le chien arrive avec son histoire.
☝️La famille arrive avec ses attentes.
☝️Le refuge travaille avec les informations qu’il possède.
☝️Les intervenants tentent d’aider et tout le monde fait généralement de son mieux.
Pourtant, malgré les bonnes intentions, certaines situations demeurent incompatibles.
Peut-être que la question que nous devrions nous poser collectivement n’est pas seulement :
« Comment faire adopter davantage de chiens ? »
Mais plutôt :
« Quels chiens produisons-nous ? »
« Quelles aptitudes valorisons-nous ? »
« Quelles attentes avons-nous envers eux ? »
Et surtout :
« Sommes-nous en train de créer une société réellement compatible avec les chiens que nous prétendons aimer ? »
🎭 Parce qu’un chien n’a pas besoin d’être parfait
🎭 Il n’a pas besoin d’être une vedette Instagram
🎭 Il n’a pas besoin d’accompagner son humain partout pour avoir une belle vie
Mais si nous voulons qu’il puisse occuper une place durable dans notre société moderne, nous devrons probablement commencer à réfléchir autant à nos attentes qu’aux chiens eux-mêmes.
Car parfois, j’ai l’impression que nous sommes passés d’une époque où nous adaptions davantage notre environnement au chien à une époque où nous demandons surtout au chien de s’adapter à notre environnement.
Et ce n’est pas tout à fait la même chose.
Et toi, quelles sont tes attentes vis-à-vis ton chien, de votre relation ? Comment ça se passe ? 👇