06/01/2026
Avez-vous déjà pris le temps d'observer vraiment un poisson dans un aquarium ? Pas celui qui nage gracieusement dans un bac propre et décoré, non.
Je vous parle de celui quâon a oubliĂ© dans un coin. Lâeau est trouble, lâoxygĂšne se fait rare, et il n'a d'autre choix que de tourner en rond, heurtant inlassablement les mĂȘmes parois de verre.
Il ne vit pas ; il survit, en attendant que le temps passe, ou que la fin arrive, faute de soins et d'espace.
âAujourd'hui, je prends la parole pour vous dire que j'ai Ă©tĂ© ce poisson. Et je ne suis pas le seul.
âMon bocal Ă moi, câĂ©tait le systĂšme de protection de la jeunesse. Ma « descente jeunesse », comme on l'appelle. Câest une trajectoire que j'ai pris. Du jour au lendemain, on vous place derriĂšre une vitre. Le dĂ©cor est artificiel, les rĂšgles sont rigides, et l'horizon s'arrĂȘte net contre les murs de l'institution.
âOn pense souvent que ces lieux sont des refuges, des havres de paix pour nous rĂ©parer. Et pour certains, ils le sont. Mais pour beaucoup d'entre nous, câest un aquarium oĂč l'on se sent obligĂ© de rester, contraint par une machine administrative qui oublie parfois l'humain derriĂšre le dossier.
âCâest lĂ que le lien avec ce poisson oubliĂ© devient douloureusement clair. Dans le systĂšme, quand les ressources manquent, quand le personnel est Ă bout de souffle, ou quand la bureaucratie prend le dessus, on nous laisse lĂ . On nous laisse stagner dans une eau qui devient toxique pour notre santĂ© mentale et notre dĂ©veloppement.
On nous regarde à travers la vitre, on commente notre comportement, mais rares sont ceux qui plongent la main pour assainir l'eau ou pour nous offrir un océan de possibilités. On nous laisse, lentement, nous éteindre à petit feu, par indifférence ou par impuissance du systÚme.
âAujourd'hui, j'ai rĂ©ussi Ă sauter hors du bocal. Je respire enfin. Mais je porte cette mission par cĆur, viscĂ©ralement. Pourquoi ? Parce que je connais le goĂ»t de cette eau trouble. Parce que je porte les cicatrices de ces chocs rĂ©pĂ©tĂ©s contre le verre.
âMon passage dans cette « descente » m'a brisĂ©, mais il a aussi allumĂ© en moi une rage de vivre et une clartĂ© implacable. Je sais exactement ce que ressent le jeune qui est encore lĂ -dedans, celui qui n'a plus la force de taper contre la vitre pour qu'on le remarque.
âJe ne prends pas cette mission par charitĂ©. Je la prends parce que câest mon histoire, parce que je suis eux. Je refuse d'accepter que l'on puisse laisser des ĂȘtres vivants mourir intĂ©rieurement dans des "prisons" sous prĂ©texte que « c'est le systĂšme ».
âSensibiliser, pour moi, câest vous inviter Ă regarder derriĂšre la vitre. Ne voyez pas juste un bocal, voyez les vies qui s'y Ă©touffent. Aidez-nous Ă briser ces parois, Ă purifier l'eau et Ă donner Ă chaque poissons l'espace dont il a besoin pour nager librement, avant qu'il ne soit trop t**d.