05/19/2026
{ MAUDE }
Notre rêve, notre havre, notre cauchemar.
Je veux vous raconter une histoire. Une histoire de passion, mais aussi d’essoufflement.
En 2016, je rencontrais Sylvain. Ce qui nous a soudés instantanément ? Notre amour inconditionnel pour les chiens et les sports attelés. Dès les premiers mois, on parlait naïvement, mais avec tellement d’étoiles dans les yeux, de s'acheter une terre. Un grand bout de forêt pour y entraîner nos chiens, vivre notre passion à fond et, surtout, la partager.
À l'époque, j'investissais déjà tout mon temps libre à développer les sports canins au Québec (canicross, bikejoring, skijoring). Avec Sylvain, j’ai découvert le traîneau. C'est devenu plus qu'un loisir : c'est notre mode de vie. Mais pratiquer ces disciplines au Québec, c'est un parcours du combattant. Les accès aux sentiers sont rares, complexes. On rêvait d’offrir un refuge sécuritaire où les chiens seraient accueillis en rois, un lieu pour faire grandir notre communauté. On a élevé des chiens champions. On avait la flamme.
- La naissance du Domaine Nomad 🌲-
En 2019, alors que j’étais enceinte jusqu'aux oreilles de notre deuxième garçon, le destin nous a souri. Grâce à notre ami Hugues, on a rencontré Christian, un propriétaire terrien au Lac Beauport. Christian a eu un coup de foudre pour notre projet de centre de plein air canin. Il nous a fait confiance.
On a tout quitté, on a quitté Bellechasse avec la soif de bâtir notre havre de paix. C’est là qu’est né le Domaine Nomad. Notre petit joyau. Notre bébé.
On voulait tracer des sentiers, former des passionnés, ouvrir nos portes à l'amour des chiens, été comme hiver. On débordait d’énergie. Et puis, l'ombre est arrivée.
- L'ombre d'un seul homme -
Dès notre arrivée, un voisin s'est mis à traverser notre terre pour accéder à la sienne. Sylvain et moi sommes des gens cordiaux, respectueux. Au début, on laissait faire pour la sainte paix. On a instauré des règles strictes pour s'assurer d'être de bons voisins dans ce milieu forestier. Tout le monde nous a adoptés... sauf lui.
Cet homme voulait un droit de passage permanent sur notre propriété, juste devant notre cabane et notre beau lac. Pourtant, nous n'avions pas acheté une terre enclavée ou grevée par une telle obligation. Au contraire : c'est nous qui détenons une servitude notariée sur une portion de son terrain pour prolonger notre propre chemin.
On a tenté de discuter. Impossible. Son objectif ? Faire passer des camions, de la machinerie lourde et des vagues de clients pour y développer un immense projet immobilier. Accepter ce passage, c’était signer l'arrêt de mort du Domaine Nomad.
Aujourd’hui, le dossier est judiciarisé au civil. Notre projet de vie est sur pause, suspendu au verdict d'un procès que l'on attend.
- Vivre dans l'usure et la peur ... -
En attendant la justice, nous subissons sa loi. Cet homme s'obstine à bloquer notre droit de passage légal. D'abord avec un tracteur, sous prétexte de « nous protéger ». Aujourd'hui, comme vous pouvez le voir sur cette photo, avec un barrage de branches compactes, empêchant même qu'on passe à pied.
Légalement, nos mains sont liées en attendant le procès. Alors on prend des photos. On accumule les preuves. Mais aucun appareil photo ne peut capturer les ravages invisibles que cette situation fait en nous.
Ce rêve est devenu une source d'anxiété chronique. J’essaie de garder la tête haute, de me battre pour mes droits et pour ce joyau qu’on a bâti, mais je suis épuisée. J'ai peur de marcher chez moi. Mon cœur débat dans ma poitrine à la simple idée de croiser cet homme qui nous nuit activement depuis six ans. Chaque fois qu'on entrevoit une lueur d'espoir, il trouve un nouveau moyen de nous briser. Comme ce barrage de branches.
L’entrepreneure motivée et rêveuse que j’étais est devenue désillusionnée, blessée.
Ce soir, en essayant d'endormir mes enfants, j'avais cette boule familière et douloureuse dans la gorge. Comment expliquer à mes petits gars qu’une personne nous veut du mal ? Comment leur dire qu'un jour, on va enfin pouvoir respirer ? Je ne peux pas leur cacher ma peine... cette situation me ronge, elle habite notre maison. Mes enfants me voient pleurer trop souvent, toujours pour la même raison.
Mon rêve s'est transformé en cauchemar. Notre adversaire a des projets immobiliers partout, poursuit des tas de gens en même temps. Sa stratégie est simple : user les gens jusqu'à ce qu'ils abandonnent. Mais pour lui, c'est un projet financier parmi d'autres. Pour nous, c’est notre seule et unique parcelle de terre. C'est notre vie.
Au Domaine Nomad, les gens viennent respirer l’air frais de la forêt avec leur chien, sans jugement, en toute quiétude. Nos clients sont reconnaissants, ils rêvent avec nous du jour où le traîneau et le bikejoring s'épanouiront ici.
Ça fait 6 ans. 6 ans d’incertitude, de coups bas et d’angoisse qui nous consument. On encaisse, on endure, on se répète que la justice sera rendue.
Mais en attendant... qui prend soin de nos âmes d’entrepreneurs essoufflés ?
Si j'écris ces lignes ce soir, c'est dans l'espoir d'être entendue, comprise, et soutenue. Parce que ce soir, j'en ai vraiment ma claque...
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