Le paysan du Mistouk

Le paysan du Mistouk Cette page parlera de mes projets de permaculture." La vie est faite de plaisir simples à savourer

06/01/2026

On ne peut qu’admirer la puissance des éléments et la poésie de ces petits poissons argentés qui, portées par une force invisible mais puissante, en l’espace d’un instant, s’élancent et se retrouvent projetés sur le sable. C’est un moment à la fois fragile et grandiose, où le vivant se dévoile sans filtre, entre beauté et intensité brute.

En 2005, avec mon épouse et mes parents, j’ai visité, avec un certain intérêt, le petit village de Saint-Irénée.Nous nou...
06/01/2026

En 2005, avec mon épouse et mes parents, j’ai visité, avec un certain intérêt, le petit village de Saint-Irénée.

Nous nous y étions rendus pour que ma mère puisse voir le village où son père avait grandi. C’était la première fois que mes parents visitaient ce coin de Charlevoix. Ils s’étaient construit une image des lieux à partir des souvenirs et des récits de mon grand-père.

Je revois encore l’expression de mon père lorsque nous sommes entrés dans le village de Saint-Irénée. Il semblait un peu déçu par la simplicité du lieu. Il s’attendait, je crois, à quelque chose de plus animé. Mais ce qu’il avait devant les yeux, ce jour-là, c’était un lieu simple, discret, presque effacé.

Je pense qu’il n’avait pas compris que, lorsque mon grand-père parlait du village de son enfance, ce n’était jamais pour en décrire les limites, mais plutôt pour en raconter l’âme : celle d’un p’tit garçon joyeux, avec des journées longues comme le fleuve.

Le matin, avant même que le soleil soit bien haut, les poches vides, mais libre comme l’eau du fleuve, il descendait la grande côte. Ah, cette côte-là… à la descente, ça allait vite, mais au retour, avec les bottes pleines d’eau et les bras fatigués, elle lui paraissait deux fois plus longue. Il n’avait pas de canne à pêche sophistiquée : juste un vieux fil, un crochet, et des appâts trouvés comme il pouvait. Il faisait avec ce qu’il avait.

Chaque poisson qu’il sortait du fleuve, c’était un peu de soupe en plus, un peu moins de souci pour sa mère. Et même quand ça ne mordait pas, il restait là quand même, assis sur une roche, à regarder l’eau bouger. Le fleuve donnait… mais il décidait quand.

Il y avait des jours où le vent lui coupait le visage, où ses doigts devenaient raides, mais il restait. Parce qu’il n’avait pas le luxe de revenir les mains vides. Et quand il faisait une bonne prise, il remontait la côte avec un peu plus de courage dans les jambes.

Pour lui, le plus beau moment de l’année… ah ça, c’était quand le capelan arrivait.

Il le savait avant même de le voir. Le village changeait d’humeur. Les gens descendaient vers la plage, les chaudières à la main, les enfants courant partout. Puis, tout à coup, le rivage se mettait à vivre. Le capelan roulait sur le sable, par milliers, comme si le fleuve débordait de vie.

On n’avait qu’à se pencher pour les ramasser. Pas de lignes, pas d’hameçons. Juste les mains et les rires. Même les plus pauvres, ce soir-là, repartaient avec de quoi nourrir la famille.

C’était une fête, sans qu’on ait besoin de le dire. Le bruit des vagues, les voix qui s’entremêlaient, l’odeur du sel et du poisson frais… et lui, les pieds dans l’eau froide, le cœur léger comme jamais.
Ces soirs-là, il oubliait la fatigue et même la pauvreté.

Parce que, pendant un moment… il ne manquait de rien.

Plus de vingt ans plus t**d, sous prétexte d’y voir les capelans rouler sur la plage de Saint-Irénée…
j’y suis revenu avec mon épouse. Cette fois, nous avons simplement pris le temps de profiter du lieu… ne cherchant rien d’autre qu’un peu de paix.

Le fleuve, la plage, un coin de silence, une tasse chaude, une respiration plus lente. Pas de pression.
Pas d’urgence.

Juste laisser le cœur faire une pause au rythme des marées… et permettre au temps de nous retrouver.

En laissant les mots de mon grand-père habiter le paysage, tout prenait un autre sens. La côte n’était plus seulement raide : elle était chargée d’efforts et de retours courageux. Le fleuve n’était plus seulement vaste : il était nourricier. Et le village, avec ses maisons serrées et ses chemins étroits, devenait un lieu où la vie avait été rude, mais pleine de vie.

Alors j’ai compris, moi aussi.

Pour mon grand-père, ce n’était pas seulement la beauté des lieux qui faisait de Saint-Irénée un si bel endroit.

C’étaient les souvenirs qu’il y avait laissés… et ceux qu’il avait gardés.

05/05/2026

Il y a des souvenirs qui ne prennent pas une ride… Début des années 80, la vie n’était pas toujours facile, mais on avait appris à créer notre bonheur autrement. On voyageait peu, alors on a bâti notre petit coin de paradis à la maison. Un potager, des fleurs, un jardin d’eau… et surtout, du temps passé ensemble.

Notre cour est devenue un véritable cocon. Chaque pierre, chaque plante avait sa place, choisie avec soin. Les oiseaux venaient s’y poser comme s’ils faisaient partie de la famille, attirés par l’eau fraîche et le calme du lieu. On regardait la vie passer doucement, au rythme des saisons et du chant des oiseaux.

À l’époque, on parlait de « génération cocooning ». Avec le recul, je comprends pourquoi. Ce n’était pas un repli, mais une façon de créer du beau avec peu, de transformer le quotidien en quelque chose de précieux. Ce qu’on n’avait pas en voyages, on le retrouvait dans la simplicité et la chaleur de notre chez-nous.

Cette vidéo, tournée en 2012, c’est un petit bout de ce temps-là… Mon épouse qui arrose les fleurs, les oiseaux qui viennent se désaltérer… Rien d’extraordinaire, et pourtant, tout y est. Peut-être qu’au fond, le vrai luxe, c’était simplement ça.

C’est fou comme le temps nous transforme.En fouillant récemment dans une boîte de vieilles photos, je suis tombé sur ce ...
04/11/2026

C’est fou comme le temps nous transforme.

En fouillant récemment dans une boîte de vieilles photos, je suis tombé sur ce cliché datant de 1983. C’était au tout début de notre histoire, il y a plus de 43 ans déjà. À l’époque, ce n’était qu’une photo parmi d’autres… mais aujourd’hui, elle signifie tellement plus.

En regardant cette jeune demoiselle, je me dis :
quelle chance j’ai eue… et quelle chance j’ai encore.

ÉPILOGUE..Cette petite étincelle qui t'habite, porte là avec courage, avec humilité, et avec le désir qu’elle serve à il...
03/21/2026

ÉPILOGUE..

Cette petite étincelle qui t'habite, porte là avec courage, avec humilité, et avec le désir qu’elle serve à illuminer le monde autant que ta propre route.

Vois-tu, la destinée humaine est une grande trajectoire, une histoire de patience qui ne se révèle qu’avec le temps.
Et malgré le tumulte du monde que nous peinons à comprendre, chaque instant y a sa place, chaque souffle participe à cette toile vivante.
Il suffit de s’arrêter un instant, de respirer profondément et de se laisser envahir par la beauté qui nous entoure.
Dans ces moments, on ressent combien cette Terre est précieuse, combien la vie est un véritable cadeau.

Retiens ceci : dans cette vie, ce que tu possèdes se voit et appartient au monde ; ce que tu es se ressent, et appartient à l’éternité.

Ce vieil homme lumineux l’avait-il compris autrefois, quand il m’a dit :
« Tu es un porteur de lumière. »

Depuis toujours, l’univers éveille en nous un étrange mélange de science, de mystère et de poésie.On nous dit qu’il est ...
03/21/2026

Depuis toujours, l’univers éveille en nous un étrange mélange de science, de mystère et de poésie.

On nous dit qu’il est si vaste que nous n’en percevons probablement qu’une infime fraction.
Que, dans son immensité, il contient des centaines de milliards de galaxies, chacune abritant des milliards d’étoiles, séparées par des distances si grandes que même la lumière met des millions, parfois des milliards d’années à les traverser.

À l’échelle de ce grand théâtre cosmique, notre Terre — pourtant si vaste, si majestueuse, si belle — n’est guère plus qu’un grain de poussière suspendu dans l’immensité silencieuse.

Et pourtant, aussi loin que nos instruments aient porté notre regard dans les profondeurs du cosmos, aucune autre planète n’a encore révélé ce miracle fragile qu’elle abrite.

Voici le mystère.

Cette petite poussière bleue, perdue dans l’océan des étoiles, porte la vie en son cœur.

Depuis la nuit des temps, elle nous accompagne avec une patience infinie, comme une mère silencieuse et fidèle. Sur sa surface fragile, une chose étrange est apparue : la vie. Et un jour, cette vie a levé les yeux vers la voûte céleste, vers ces étoiles anciennes dont elle était issue.

Alors, quelque chose d’inattendu est survenu dans l’histoire de l’Univers.

Une conscience est née.

Une conscience fragile, capable de contempler le ciel et de se demander d’où elle vient, de s’interroger sur sa place dans l’immensité.

C’est peut-être là le message le plus rassurant :
Ont racontent que dès cet instant… l’Univers a fait naître en nous une brève étincelle d’esprit,
une âme infinie capable de contempler sa propre profondeur.

S’il est établi que nous faisons partie de l’Univers,
et si l’Univers vit aussi en nous,

Il est alors permis de penser qu’au travers de nos regards et de nos questions sans fin,
c’est l’Univers lui-même qui se regarde.

Devant la mort, on n’a aucun pouvoir — on a la toute-puissance, dirait mon père.Mon père était un homme bon. Il nous a q...
03/20/2026

Devant la mort, on n’a aucun pouvoir — on a la toute-puissance, dirait mon père.

Mon père était un homme bon. Il nous a quittés paisiblement, sans bruit, lentement, par un beau dimanche de Pâques. Était-ce une coïncidence, un signe, ou simplement le fruit du hasard ?
Je n'en sais rien, mais, j’aime à penser qu’au-delà des mots, il me disait : « Je suis en paix. J’ai retrouvé ma maison. »

Certains vont surréagir. Je comprends : on a tous nos mythes et nos croyances. C’est vrai, au fond, quand on voit comment se comportent les tout-puissants de ce monde, ce n’est certainement pas très rassurant. Mais, au fond, il est ici question de puissance.

Laissez-moi vous rappeler cette petite histoire très troublante, qui correspond à nos mythes à nous.

Il y a plus de deux mille ans, il y avait un homme aux cheveux longs. Il a dû faire une bêtise — je ne sais pas ce qu’il a fait. Toujours est-il qu’il s’est retrouvé devant un procurateur romain. À l’époque, c’était Rome qui gouvernait.

Et là, l’homme était fatigué. On l’avait battu, dépouillé de ses vêtements, et il était humilié.

Et le procurateur romain, paré de ses plus beaux habits qu’il arborait comme un signe de son pouvoir, lui dit :
— Alors, on dit de toi que tu serais roi ?

Le silence fut sa seule réponse.

Le procurateur romain s’impatiente, s’énerve un peu :
— Es-tu roi ?

Silence.

— Es-tu roi des Juifs ? Es-tu roi ?

Et la petite voix éraillée, entre la souffrance et l’acceptation la plus totale :
— Je le suis, mais mon royaume n’est pas de ce monde.

Eh bien, c’est la différence entre le pouvoir du procurateur romain et la puissance qu’est le Galiléen.

Si l’on est du côté du Galiléen, au pire, on est crucifié…

J’ai la profonde conviction que papa est du côté du Galiléen. Et ça me va.

Parce que le Galiléen voulait qu’on retrouve notre dignité. Pas qu’on se sente petits. Pas qu’on ait peur.

Il aurait pu garder ça pour lui
Il aurait pu se taire.
Rester dans le silence.
Laisser chacun chercher sa réponse dans son propre désert.

Mais non.
Il a porté sa croix.
Il est venu dans une époque violente, où la loi du plus fort dominait, pour parler d’un royaume qui n’était pas de ce monde.

Il parlait de vie après la mort.
Pas comme une menace.
Comme une promesse.

Ce qu’il voulait, au fond, c’était simplement qu’on se souvienne :

Que nous sommes déjà reliés.
Que nous sommes déjà aimés.
Que nous portons en nous une étincelle de l’Univers.

Et ça…

Ça ne se vend pas.
Ça ne s’enferme pas.
Ça ne se contrôle pas.

Ça se vit.

Né des profondeurs de l’infini, l’Univers accomplit sa nature…Il en est ainsi depuis l’aube des temps. Dans ce silence i...
03/12/2026

Né des profondeurs de l’infini, l’Univers accomplit sa nature…
Il en est ainsi depuis l’aube des temps.

Dans ce silence intime, ce qu'il murmure à notre âme est simple :
« Accomplis-toi. »

L’Univers, dans sa patience et sagesse lumineuse, n’a cessé de nous envoyer des messagers : écrivains, savants, philosophes, scientifiques, artistes, musiciens…
Chacun déposant une étincelle dans la conscience humaine.

Ils ont raconté qu’avant moi, il y a très longtemps…
Dans les profondeurs d’un monde intérieur, une myriade de voyageurs frémissaient, impatients. Chacun d’eux emportait dans sa fragile nef une bibliothèque d’étoiles, un alphabet minuscule capable d’écrire des montagnes, des rires, des regards, des silences. Ils étaient des comètes de chair, des messagers du possible.

Comme une pluie d’astres libérés d’une galaxie originelle, ils s’élancèrent dans l’immensité. Devant eux s’ouvrait une mer cosmique, obscure et vibrante, traversée de courants mystérieux. Le voyage serait périlleux. Beaucoup s’éteindraient en chemin, consumés par l’effort ou désorientés par l’inconnu. Mais chacun avançait, guidé par une boussole invisible, une force plus ancienne que le temps : l’appel de la rencontre.

Telle une créature céleste — l’autre — était planète et promesse, astre patient suspendu dans son ciel intime. En elle dormait un autre trésor d’étoiles, une autre moitié du grand récit. Son bagage génétique, lui aussi unique, portait les couleurs d’ancêtres innombrables, les échos de visages oubliés, les rêves transmis de génération en génération.

Elle attendait. Non pas dans la passivité, mais dans une attente souveraine, telle une reine cosmique consciente de sa valeur. Autour d’elle gravitaient des champs invisibles, des barrières subtiles, comme l’atmosphère d’une planète précieuse qui ne se laisse approcher que par le voyageur persévérant. Chaque mouvement affirmait :
« Je porte la vie. »

Et puis… la rencontre eut lieu. On raconte qu’un seul, parmi des millions, franchit les derniers remparts. Non pas parce qu’il était le plus fort, mais parce que l’instant, le lieu et l’harmonie des forces l’avaient choisi. Il toucha la surface lumineuse de l’astre. Il frappa à sa porte de lumière.

Ce ne fut ni collision ni conquête, mais fusion. Deux solitudes génétiques s’ouvrirent l’une à l’autre. Deux héritages, deux histoires, deux lignées humaines mêlèrent leurs constellations intérieures. Les chromosomes se rapprochèrent comme des bras qui s’enlacent. Les codes s’entrelacèrent, écrivant une partition nouvelle que nul n’avait jamais entendue.

Dans cette étreinte microscopique éclata une aurore.

Une cellule unique naquit — minuscule étincelle, mais déjà totalité en devenir. En elle vibrait la mémoire du père et la mémoire de la mère, recomposées en une symphonie inédite. Un être exceptionnel venait d’apparaître, non encore visible, mais déjà irréversible.

L’odyssée ne s’achevait pas ; elle commençait à peine.

La cellule se divisa, puis encore, comme si l’univers lui-même répétait le geste de la création. De deux, elle devint quatre. De quatre, elle devint multitude. Un cœur se dessina comme une étoile rouge palpitante. Des mains se préparèrent à saisir le monde. Des yeux, encore clos, rêvaient déjà de lumière.

Et tout cela parce qu’un jour, dans le silence secret des corps aimants, deux voyageurs cosmiques avaient osé se rejoindre.

Ainsi naît la vie :
d’un voyage insensé à travers l’invisible,
d’une rencontre improbable,
d’un amour qui transcende l’infiniment petit pour engendrer l’infiniment précieux.

Chaque être humain est le fruit d’une traversée interstellaire.
Chaque existence est une victoire silencieuse sur le néant.
Chaque naissance est une pluie d’étoiles dans la nuit du monde.

Et nous avançons, souvent sans le savoir, habités par cette première lumière.
S’en souvenir, c’est laisser cette lueur ancienne orienter doucement nos pas dans l’immensité.

Il est dans la nature humaine de chercher à comprendre ce qui nous dépasse.Bien sûr, les réponses viendront, mais l’Univ...
03/07/2026

Il est dans la nature humaine de chercher à comprendre ce qui nous dépasse.
Bien sûr, les réponses viendront, mais l’Univers, lui, a tout son temps. Parfois, il faut savoir être patient.

Telle une lumière familière, chaque fois que le silence se fait langage, la vie nous dévoile, peu à peu, le chemin à suivre.

Je devrai attendre quelques dizaines d’années avant que ce visage oublié, mais pourtant si présent dans son essence, ne refasse surface dans mon monde tangible et réel.

Je crois que c’était en 2005. Je participais à un salon Expo Habitat. À titre d’artisan, j’y présentais, avec mon épouse et mon neveu, des meubles à vin originaux que nous fabriquions artisanalement dans notre atelier.

Pour attirer l’attention des visiteurs, nous avions installé une cave à vin grandeur nature en démonstration.

Lors de ce salon, cette cave fit sensation. Elle avait quelque chose de théâtral, d’un peu magique. Les visiteurs affluaient, fascinés. Beaucoup d’amateurs de bons vins s’approchaient, admiratifs, pour nous féliciter de notre originalité et de la qualité de nos produits uniques. Nous étions aux anges. Portés par l’enthousiasme de la foule, Mathieu, Line et moi prenions un réel plaisir à jouer les experts sommeliers devant ces visiteurs déjà conquis.

Dans la foule, un peu en retrait, un vieil homme au sourire lumineux m’observait. Il semblait prendre un malin plaisir à me voir argumenter avec les visiteurs sur la qualité de nos produits. Il faut dire que j’y mettais une énergie soutenue, dans le but inavoué de démontrer à Line et à Mathieu que j’étais non seulement un bon concepteur de meubles, mais que je pouvais aussi être un excellent vendeur.

Quelques temps plus t**d, il s’approcha finalement de moi. De sa présence émanait une sagesse, une bonté que l’on pouvait presque toucher. Il me serra la main, posa l’autre sur mon épaule et me lança :

— Tu as fait un beau travail, jeune homme.

Ses paroles étaient rassurantes, teintées d’une admiration douce, à la manière d’un père félicitant son fils pour un travail bien accompli.

Puis il ajouta :
« Aujourd’hui, tu fais rêver les gens, tu es un marchand de rêves. Demain, tu auras un impact positif sur les autres, tu seras un porteur de lumière. »

Il m’a souri, puis il est reparti discrètement, sans un autre mot. Sans aucune autre explication.

Sur le coup, j’ai voulu rationaliser. Me dire que c’était un marchand qui appréciait mes produits, un exposant, un commerçant… qui sait ? Quelqu’un qui voyait peut-être une opportunité d’affaires.

Mais au fond de moi, je savais que ce n’était pas ça.

C’était plutôt un sentiment troublant. Une sensation étrange, une impression de déjà-vu.

Cette courte rencontre, ce sourire, cette complicité invisible, cette petite phrase — « Tu es un porteur de lumière » — déposée exactement au moment où l’on est prêt à l’entendre, n’étaient pas dus au hasard, mais à une continuité, résonnant en moi comme l’écho de l’Univers me murmurant un autre secret.

Avec l’âge, j’ai acquis la certitude que certaines rencontres restent suspendues quelque part en nous. Ces tout petits moments, discrets mais constants, avec l’intangible… sont toujours là, prêts à nous rappeler qu’au-delà des ombres, il y a la lumière qui ne demande qu’à être vue, ressentie, vécue.

Dans mes jeunes années, je sculptais le bois.Quand je dis « je sculptais », c’est un grand mot. Disons que j’attaquais d...
03/01/2026

Dans mes jeunes années, je sculptais le bois.
Quand je dis « je sculptais », c’est un grand mot. Disons que j’attaquais des morceaux de bois avec confiance.

Autodidacte, j'avais réussi quelques réalisations qu'on aurait pu classer dans la catégorie art naïf optimiste.
Ce n’était déjà pas si mal. Ça aurait pu rester un loisir inoffensif, une activité tranquille, sans conséquence pour l’humanité.

Mais un matin — attention — illumination.
Je me lève, je respire, et je SAIS.
Je ne suis plus un simple sculpteur amateur.
Je suis un artiste.

J’annonce donc à Line, avec l’assurance d’un génie incompris :
— Line, prépare-toi. Je vais faire une œuvre d’art. Grande comme ça !

Et j’ouvre les bras avec l’ampleur d’un prophète recevant la révélation.
— Je vais te sculpter en relief. Une œuvre unique. Magnifique. Aussi magnifique que ta beauté, mon amour.

Line n’est pas du genre à s’emballer facilement.
Je crois qu’à cet instant précis, elle s’est demandé si je n’avais pas consommé un produit dont la vente est strictement réglementée par le Code criminel.
Son visage exprimait ce subtil mélange entre inquiétude conjugale et évaluation psychiatrique.

Mais bon. Line est rationnelle. Elle a fait un rapide calcul mental :
le prix du bois, le laminage, quelques heures de paix tranquille, et qu'au fond il valait mieux attendre le résultat.

Conclusion : « Laissons-le vivre son moment. »

Alors je me suis lancé. Inspiré. Possédé. Habité par la grâce. Chaque coup de ciseau transformait la matière. Dans ma tête, j’étais déjà entre génie incompris et Michel-Ange.

J’y ai mis du temps. Du cœur. De la sueur, comme seul un artiste doté d’un don exceptionnel peut le faire.
Je réalisais une œuvre unique. Elle m’hypnotisait.

À chaque coup de ciseau à bois, je me voyais déjà exposé dans une galerie. Des critiques sérieux parleraient de « maîtrise de la matière », de « force expressive », peut-être même de « rupture audacieuse avec les conventions anatomiques ».

Nous nous rapprochions de la perfection…
Perfection, perfection… tout est relatif, me direz-vous.
La beauté est dans les yeux de celui qui regarde… disait je ne sais plus qui.

Ça me rappelait un vieux film que j’avais vu enfant : un couple aux visages défigurés tombait amoureux. Aux yeux des autres, ils étaient d’une laideur extrême, et la caméra les montrait ainsi. Mais eux, quand ils se regardaient avec tout leur amour, ils devenaient si beaux.

À ce stade, je regardais ma sculpture avec amour.
Il faut admettre que l’hypnose artistique est puissante.
Et elle était… presque acceptable.

Puis vint le moment fatidique.
Je recule. J’admire. J’appelle Line.
Elle s’approche.

Silence.
Un long silence.

Ce silence-là, vous savez… celui où la personne cherche désespérément une phrase qui ne déclenchera ni crise existentielle ni divorce.

Son visage oscillait entre le rire incontrôlable et l’envie de me prendre dans ses bras pour me consoler d’avance.

La vérité ?
Mon chef-d’œuvre ressemblait effectivement aux personnages du film. Mais dans la version où la caméra est cruelle.
Très cruelle.

À cet instant, l’hypnose artistique s’est dissipée.
J’ai vu.
Vraiment vu.

Et j’ai compris que l’univers de l’art contemporain n’était peut-être pas encore prêt pour moi.

La sculpture a terminé sa carrière dans le poêle à bois.
Performance finale : combustion expressive en trois actes.

Ce jour-là, j’ai appris deux choses :

On ne devient pas artiste simplement parce qu’on se lève inspiré.
L’amour rend aveugle… surtout envers ses propres créations.

Aux vrais artistes — les vrais de vrais — vous avez tout mon respect.

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Alma, QC
G8E1A1

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