19/03/2026
Myosite des muscles masticateurs
La MMM est une maladie auto-immune spécifique au chien. Contrairement à d'autres formes de myosites, elle ne touche que les muscles servant à la mastication (le temporal, le masséter et le ptérygoïde).
En effet, ces muscles possèdent une structure moléculaire unique : des fibres de type 2M. Le système immunitaire du chien fait une « erreur de reconnaissance » et attaque ces fibres comme s'il s'agissait de corps étrangers.
1. Tableau clinique
Selon le Pr Moissonnier, le Pr Fuhrer et le Pr Thibaud : « La myosite des muscles masticateurs est, d’après une étude récente portant sur 200 cas, la deuxième cause de myopathie inflammatoire du chien. Elle ne connaît pas de disposition d’âge (1 à 14 ans), de race ou de sexe.
Le diagnostic est généralement établi par une prise de sang visant à rechercher les anticorps anti-fibres 2M, un test très spécifique à cette pathologie.
2. Symptômes et évolution
L'évolution de la MMM se divise classiquement en deux phases distinctes.
a) Phase aiguë (inflammatoire)
C'est le début de la "guerre" immunitaire . Les symptômes sont souvent impressionnants :
- gonflement bilatéral des muscles sur le dessus de la tête (crâne) et des joues.
- douleur intense lors de l'ouverture de la gu**le. Le chien peut crier s'il essaie de bâiller ou de saisir une b***e.
- exophtalmie : les yeux semblent sortir de leurs orbites à cause de l'inflammation des muscles situés juste derrière.
- difficulté à manger : le chien a faim mais ne peut physiquement pas mastiquer.
b) Phase chronique (atrophique)
Si la phase aiguë n'est pas traitée, l'inflammation laisse place à des cicatrices (fibrose) :
- atrophie musculaire sévère : le crâne devient "saillant", le chien prend une apparence de "tête de mort" car les muscles temporaux disparaissent peu à peu.
- trismus (gu**le verrouillée) : c'est le signe le plus grave. La mâchoire se fige et ne peut plus être ouverte, même sous anesthésie générale.
- enfoncement des yeux (enophtalmie) : suite à la fonte des muscles à l’arrière de l'œil.
3. Traitements :
L'objectif est double : stopper l'attaque immunitaire et restaurer la mobilité de la mâchoire.
Traitement de référence :
Il repose sur des doses importantes de corticoïdes pour supprimer la réponse immunitaire. Le traitement est long (plusieurs mois) avec une diminution très progressive des doses pour éviter les rechutes.
Options et approches alternatives
Elles constituent un excellent complément pour limiter les effets secondaires des corticoïdes et améliorer la qualité de vie.
Alimentation : la mise en place d’une diète liquide ou semi-humide permet au chien de se nourrir en lapant sans solliciter les muscles douloureux.
Phytothérapie : l’administration de plantes anti-inflammatoires peut contibuer à réduire la dose de cortisone ; on les associera aux plantes de la sphère hépatique, indispensables pour protéger le foie sollicité par les traitements lourds.
Ostéopathie cranio-sacrée : les manipulations douces aident à relâcher les tensions fasciales sans force l’ouverture de la mâchoire.
Laserthérapie : des séances de laser de classe IV favorisent la réparation tissulaire et réduisent la douleur locale.
Attention ! Il ne faut jamais tenter de forcer l'ouverture de la gu**le manuellement (mécaniquement), car cela risque de déchirer les fibres musculaires déjà fragilisées et d'aggraver la fibrose.
4. Évolution et pronostic
Si la maladie est prise en charge durant la phase aiguë, le pronostic est excellent et les muscles peuvent retrouver leur volume normal. En revanche, une fois la phase de trismus (blocage) installée, la récupération est beaucoup plus longue et parfois incomplète.
Lors d’un cas pratique de MMM présentée par une femelle labrador retriever de 6 ans ayant développé une complication de la corticothérapie, le Pr Moissonnier, le Pr Furher et le Pr Thibaud expliquent :
« En effet, une corticothérapie à forte dose et de longue durée, toujours nécessaire lors de maladie à médiation immune sous peine d’essuyer un échec thérapeutique, présente des risques d’effets secondaires. Certains sont bien connus : troubles digestifs, polyuro-polydipsie, polyphagie, troubles cutanés, risque infectieux majoré. D’autres sont plus rares, tels les phénomènes thromboemboliques. En effet, un excès de corticoïdes endogène ou exogène est une cause de thromboembolie… »
Source : « Neurologie du chien et du chat – recueil de cas cliniques », éditions Med’com