30/06/2025
"C’est pas un peu d’eau qui va traumatiser le chien"
L’autre jour, j’étais en train de discuter avec une collègue maître-chien, passionnée de comportement. À un moment, elle me parle d’un youtubeur connu qui utilise un spray d’eau pour corriger un chien réactif congénères.
Elle me dit qu’elle trouve ça efficace, que le chien se calme vite, que la technique est propre. Pas de cris, pas de coups, juste un petit pschitt.
Et elle conclut :
"Franchement, c’est pas un peu d’eau qui va traumatiser le chien"
Et elle a raison!
Le problème, ce n’est pas l’eau, pas la violence du geste, ce n’est même pas le "traumatisme", ce mot usé jusqu’à l’os, qui sert aujourd’hui à désigner à peu près tout et n’importe quoi...
Non, ce qui me dérange, c’est le biais pédagogique!
Le geste ne me choque pas, mais me pose question sur la démarche éducative...
Parce qu’interdire un comportement, ce n’est pas montrer ce qu’on attend à la place.
Parce qu’inhiber une réaction, ce n’est pas aider le chien à s’autoréguler.
Et parce que faire disparaître un symptôme sous contrainte, ce n’est pas résoudre le problème émotionnel qui l’alimente.
Vous voulez quoi, exactement ?
Un chien qui ne fait pas parce qu’il redoute une conséquence désagréable ?
Ou un chien qui ne fait pas parce qu’il ne ressent plus ce besoin ou cette envie?
laissez moi reformuler ça en "humain":
Vous préférez un conducteur qui respecte le code de la route parce qu’il en comprend le sens et qu’il est capable de gérer la frustration de s’arrêter à un feu rouge, oubde respecter les limitations de vitesse?
ou celui qui pile devant les radars et réaccélère comme une fusée trente mètres plus loin ?
Le premier a intégré la règle
Le second évite la sanction
L’un a été éduqué
L’autre a été conditionné
-
Un chien qui arrête d'aboyer ou de grogner parce qu’il reçoit un coup de spray n’a rien appris sur la gestion de ses émotions, ni sur la lecture sociale, ni sur la bonne manière de se comporter face à un congénère.
Il a juste appris à taire un signal d’alerte, et parfois à le remplacer par un comportement plus sourd, plus dangereux, plus difficile à anticiper.
On parle d’éducation, d’apprentissage
Et tout apprentissage repose sur une logique simple :
Qu’est-ce que j’enseigne, là, maintenant ?
Qu’est-ce que le chien comprend comme étant la cause de ce qu’il vit ?
Qu’est-ce qu’il retient de cette interaction ?
Est-ce que ce qu’il apprend le rend plus autonome, plus calme, plus lisible ?
Deux minutes de théorie: ( bon ça dépend de votre vitesse de lecture ça... 😅)
Dans l’apprentissage, on distingue :
Renforcement, ce qui fait augmenter un comportement
Punition, ce qui le fait diminuer
Positif, quand on ajoute quelque chose
Négatif, quand on enlève quelque chose
Donc :
Renforcement positif : on ajoute quelque chose d’agréable
Punition positive : on ajoute quelque chose de désagréable
Punition négative : on enlève quelque chose d’agréable
Renforcement négatif : on enlève quelque chose de désagréable
C’est ce dernier, le renforcement négatif, qui est souvent mal compris
Le renforcement négatif n’est pas une punition
C’est une manière de faire comprendre au chien que son bon comportement met fin à une situation inconfortable
Ce n’est pas je te fais peur pour que tu m’obéisses, c'est tu adoptes la bonne posture et j’allège la pression
( Vous savez le fameux "il faut que ton idée devienne son idée")
Mais pour que ça fonctionne, il faut que:
- L’inconfort soit lisible, mesuré ( personnellement je travaille avec une tension légère sur le collier, placé haut sur le cou pour ne pas le blesser à la trachée)
- Le chien ait un vrai levier d’action ( c'est a dire une possibilité de proposer des solutions alternatives).
- L’humain relâche immédiatement dès que c’est juste ( le fameux timing qui fait souvent défaut)
Bien utilisé, c’est un outil structurant, précis et durable, outil favoris de la plupart des grands dresseurs ( oui oui là j'ai bien dis "dresseur" et horse whisperer).
Faire obéir ou faire comprendre ?
Un chien qu’on corrige à coups de spray( ou autres...) finit par obéir, mais il obéit sans engagement, sans compréhension, sans confiance.
Il exécute, anticipe, se retient, et s'adapte... Le jour où vous manquez de vigilance, le jour où vous avez oublié le pschitt, le journal roulé, ou la ta***te à mouche... Ou le jour où ce n'est plus la même personne au bout de la laisse.... Ça dérape! ( Ben oui, y'a pas de radar, donc je roule pied au plancher !!)
Je ne veux pas d’un chien sage par crainte,
je veux un chien stable parce qu’il a appris à le devenir
Parce qu’il sait comment se réguler,
parce qu’il comprend ce qu’on attend,
et surtout parce qu’il y trouve une forme de sécurité
Et ça, aucun pschitt ne l’enseigne!