04/07/2025
🐾 Ce que vous payez… n’est pas ce qu’on gagne.
Aujourd’hui, j’ai envie d’aller un peu plus en profondeur. Parce qu’on entend encore souvent ce genre de remarque :
« Avec 6 chiens par jour, vous devez bien gagner votre vie non ? »
Sur le papier, ça a l’air vrai. Mais la réalité, c’est qu’il ne suffit pas de multiplier pour savoir ce qu’il reste. Et ça, beaucoup l’ignorent.
Partons d’un exemple déjà très optimiste :
👉 Un chien facturé 45 € de l’heure.
👉 Un chien prend minimum 1h30 quand on veut respecter son rythme et le nôtre.
👉 Ça fait 67,50 € par chien.
👉 Avec 6 chiens par jour, on arrive à 405 €/jour, soit 8 100 €/mois.
Et pourtant, même ce tarif de 45 €/h est déjà au-dessus de la moyenne pratiquée par la plupart des toiletteuses. Donc oui, mon exemple est biaisé en faveur du meilleur scénario possible… mais vous allez voir que même là, ça ne suffit pas.
💡 Commençons par les chiffres.
Sur ces 8 100 €, il faut encore retirer :
• la TVA (21 %),
• les cotisations sociales (~20 %),
• l’impôt (~20 %),
• le loyer, l’électricité, les assurances, le matériel…
Mises bout à bout, ces charges représentent environ 80 % de ce qu’on facture.
Au final, il ne reste qu’environ 1 600–1 700 € net pour vivre.
C’est moins qu’un salarié en Belgique à 45 h/semaine, qui touche en moyenne 2 900 €/mois net, avec en plus le chômage, une pension correcte, et des congés payés. Nous, on cotise pour le système… mais si on tombe, on n’a rien ou presque.
💡 Et maintenant, parlons de ce qu’on ne voit pas dans les chiffres.
Toiletter 6 chiens par jour, pendant 9 h, 5 jours/semaine, c’est 45 heures d’un travail physique intense, à répéter pendant des dizaines d’années. Il faut un corps en béton pour résister à ça sans y laisser des morceaux : combien d’entre nous finissent opérées, avec des tendinites chroniques, des capsulites, des douleurs aux épaules, au dos, aux poignets ?
On sacrifie beaucoup plus que notre temps. On sacrifie aussi notre santé.
✍️ Et un petit bout de mon histoire…
Pour ma part, je suis devenue indépendante dès le début. Je n’ai jamais été salariée : je suis entrée directement dans la vie active avec ce statut. Depuis le premier jour, je cotise pour la collectivité, je paye mes impôts, ma TVA, mes charges… parce que je trouve normal de contribuer au système.
Mais récemment, j’ai découvert quelque chose qui m’a laissée amère : si mon entreprise venait à tomber, je n’aurais même pas droit au chômage. Pourquoi ? Parce que je n’ai jamais été salariée auparavant.
En Belgique, il faut avoir travaillé au moins un an comme salarié pour ouvrir ce droit. Sinon, même après des années de cotisations, on ne bénéficie d’aucune aide si l’on ferme.
Et ce n’est pas tout : je ne sais pas si vous le savez, mais après 15 ans en tant qu’indépendant, le droit au chômage disparaît complètement. Même si vous avez cotisé à la TVA, aux impôts, à la sécurité sociale pendant 15 ans… si, après tout ça, il vous arrive quelque chose, le système ne vous aide plus.
C’est une incompréhension totale pour moi. On cotise sans filet de sécurité durable. Et c’est bien là toute la difficulté : être indépendant, c’est vivre avec une énorme insécurité, tout en voyant 80 % de ce qu’on demande à nos clients partir en charges. On gagne juste assez pour vivre… parfois juste pour survivre.
Alors oui, si certains d’entre vous arrivent à mettre un peu de côté, tant mieux. Parce que vu l’insécurité totale et les filets de sécurité inexistants par rapport aux salariés, il est presque obligatoire de pouvoir épargner pour se protéger. Mais dans la réalité, on a rarement les moyens d’épargner correctement. Et c’est bien là le problème : en cas de coup dur, on est seuls.
Et ça, ce n’est pas juste.
Merci de respecter notre travail, de comprendre ce qu’il y a derrière chaque chien confié et derrière chaque facture.
Nous faisons ce que nous aimons, mais ce que vous payez… ce n’est jamais ce qu’on gagne.
📌 Je comprends que ces pourcentages puissent surprendre, alors voici quelques précisions avec des sources fiables :
📌 Cotisations sociales (~20,5 %)
Les indépendants à titre principal paient 20,5 % de leur revenu net imposable en cotisations sociales obligatoires ➡️ https://www.ucm.be/actualites/tout-savoir-sur-vos-cotisations-sociales-2024
📌 Frais professionnels (~20–30 %)
Les frais indispensables pour travailler (local, matériel, assurances, comptable…) représentent en moyenne entre 20 % et 30 % du chiffre HTVA, selon la nature de l’activité.
👉 Xerius – liste de frais déductibles :
https://www.xerius.be/fr-be/devenir-independant/votre-preparation/frais-deductibles-pour-independants
📌 Impôt sur le revenu (~25–50 % progressif)
L’impôt des personnes physiques est progressif et monte très vite, d’où une ponction finale autour de 15–25 % du chiffre HTVA.
👉 Wikifin – impôts pour indépendants :
https://www.wikifin.be/fr/impots-emploi-et-revenus/declaration-dimpots/vos-revenus-professionnels/vous-etes-independant-titre
📌 TVA (~21 %)
En Belgique, la TVA standard est de 21 %, et même si on peut la récupérer sur nos achats, elle reste à reverser sur tout ce qu’on facture.
👉 Xerius – guide TVA :
https://www.xerius.be/fr-be/devenir-independant/votre-preparation/tva-expliquee
Quand on additionne TVA, frais pro, cotisations sociales et impôts, on arrive facilement à 75–85 % de charges, ce qui ne laisse que 15–25 % nets pour vivre, surtout en personne physique.
Voilà pourquoi ce n’est pas une exagération, mais bien la réalité des chiffres.
Alors oui, tant mieux si certains arrivent à mieux s’en sortir et à réduire leurs frais. Ça leur permet parfois de mettre un peu de côté — et tant mieux, parce qu’avec un métier aussi incertain et sans véritable filet de sécurité, c’est presque une nécessité. 🙏✨
Ces chiffres ne sont pas des exagérations : ils reflètent la réalité quotidienne d’une majorité d’indépendants en Belgique. 🇧🇪
🐾 Le Journal d’une toiletteuse, indépendante
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