13/03/2026
CEUX QUI SAVENT
Dans la vie d’un cavalier, il existe un phénomène fascinant : la remise en question.
Enfin… fascinant pour ceux qui la pratiquent.
Pour les autres, c’est un peu comme manger des légumes verts : on sait que c’est utile, mais beaucoup préfèrent faire semblant de ne pas être au courant.
Ils ont avalé un morceau de brocoli en 2009 et considèrent que la question est réglée pour les trente prochaines années.
Le cavalier évolue inévitablement , qu'il le veuille ou non , au fil des rencontres humaines et équines.
Au fil des chutes aussi, qui , reconnaissons le , restent une méthode pédagogique extrêmement efficace… bien que dispensée avec la délicatesse d’un parpaing lancé du deuxième étage.
Chaque cheval à sa méthode d’enseignement.
Certains sont doux, pédagogues et expliquent calmement, prennent leur temps, tolèrent les erreurs.
Et puis il y a les autres.
Ceux qui enseignent selon une pédagogie dite « dynamique ».
À base d’écarts, de sauts de cabri et de départs au galop vers l’horizon, généralement au moment précis où le cavalier pensait être en train d'ouvrir un nouveau chakra.
Et progressivement, plus le cavalier prend de l'âge et de l'expérience plus il comprend une chose essentielle :
👉 Qu'il ne sait pas grand-chose.
C’est une révélation. Je dirais même c'est a partir de cet instant qu'il va pouvoir apprendre... Je veux dire , vraiment.
Car il existe dans le monde du cheval une autre catégorie de cavaliers : les fermement convaincus.
Eux ils ont trouvé la clef.
Ils savent.
Ils ont compris.
Ils ont trouvé la méthode : la bonne.
La vraie ! .. La seule.
Et à partir de ce moment-là, leur cerveau se ferme avec la délicatesse d’un piège à loup.
ClACK !
Pour eux, le monde équestre se divise désormais en deux catégories très simples :
– ceux qui savent (eux)
– ceux qui ne savent pas (le reste de la planète)
C’est un peu comme ces gens qui découvrent le CrossFit et passent ensuite trois ans à expliquer à tout le monde que courir, nager ou faire du vélo est une perte de temps ( sachez que si certains d'entre vous se sentent visés .... c'est pas mon problème 😂)
Dans le cheval, c’est pareil.
Il suffit parfois d’un stage.
Un week-end a 1000 balles les 24h , un carnet de notes , un bon crayon bic et hop !
✨Éveil spirituel ✨
Récemment, en commentaire d'une de mes publications sur la randonnée à cheval, une dame m’a demandé très sérieusement :
« Mais… vous envisagez un jour de devenir femme de cheval ? »
La question m’a un peu surprise.
Déjà parce qu’elle n’avait absolument rien à voir avec le sujet , et ensuite parce que je me suis demandé ce que j’étais censée être si je n'étais pas une femme de cheval ... Vu le temps et l'énergie que j'y mets , m***e !
Dans sa grande sagesse, elle m’a expliqué qu’être une « femme de cheval », dans son esprit, signifiait être stagiaire d’Andy Booth..
Sans stage Andy Booth, visiblement, on reste une sorte de mammifère approximatif qui rôde autour des chevaux sans jamais accéder à leur véritable dimension cosmique .
Elle a même d'office suggéré que j'en fasse un , sans même me demander si ca n'était pas déjà le cas.
Alors qu’on soit clair :
j’aime bien Andy Booth ( Surtout ses chemises et son chapeau ) mais pas au point de considérer que l’humanité se divise entre ses stagiaires… et les autres primates.
Parce que le problème, dans l’équitation, ce n’est pas d’aimer une méthode...
C’est d’arrêter de réfléchir après. Et surtout d'adhérer corps et âme à l'une d'elle sans en avoir connu d'autre.
L’extrémisme technique est un phénomène assez courant...pas que dans le cheval d'ailleurs.
Il ressemble beaucoup aux régimes politi...heu... alimentaires.
Il y a les gens qui mangent de tout et ceux qui passent trois heures à expliquer pourquoi les tomates sont une hérésie écologique issue d'une conspiration mondiale menée par les lobbyistes du Gaspacho.
Et bien dans le cheval, c’est pareil.
Certains cavaliers montent, observent, apprennent, testent, doutent, évoluent et continuent de chercher.
Et d’autres deviennent les témoins de Jéhovah d’une méthode.
Ils frappent presque aux portes :
« Bonjour. Avez-vous cinq minutes pour parler du licol éthologique ? »
Le plus drôle, c’est que même la bien-pensance équestre peut devenir extrémiste.
Oui, même la bien-pensance... ( J'ai envie de dire " surtout " mais ça serait un peu extrémiste, n'est ce pas ? ).
Un phénomène fascinant où certaines personnes passent tellement de temps à expliquer aux autres comment être ouverts d’esprit… qu’elles deviennent elles-mêmes hermétiquement fermées. Peut-être pour se persuader, eux même et le reste du monde qu'ils ont compris quelque chose.
Une sorte de paradoxe philosophique en somme.
Or la vérité est beaucoup plus simple.
En fait la vérité absolue en équitation n’existe pas.
Et elle n’existera probablement pas avant que nous ayons réussi à apprendre à un cheval à parler ou écrire... pour rédiger un compte-rendu détaillé après chaque séance.
« Cher cavalier,
aujourd’hui la mobilité de ton bassin était à c***r , mais j’ai apprécié ton effort de coordination ... Il faudra cependant qu'on travaille ensemble sur ton triangle de substentation et sur quelques points d'amélioration de ta proprioception ».
Pour l’instant, le cheval s’exprime plutôt avec des outils plus rudimentaires :
Les oreilles ou les pieds ( parfois les 4 en même temps ).
Et pour compliquer encore un peu les choses , chaque cheval parle un dialecte différent.
Ce qui oblige le cavalier à faire quelque chose d’extrêmement inconfortable :
réfléchir , observer , douter , changer .... Et recommencer.
C’est beaucoup moins confortable que de suivre les notes dictées par un gourou...on est d'accord.
Mais c’est aussi beaucoup plus intéressant.
Car au fond, progresser à cheval peut être facilement comparé a la façon dont on aborde le monde en général.
Les cavaliers convaincus vivent dans un studio avec les rideaux fermés.
Les autres ouvrent les fenêtres.
Et découvrent qu’il existe beaucoup plus de paysages que ce qu’ils avaient imaginé.
Et surtout beaucoup plus de chevaux. 🐎
Bref… Adhérez a une méthode si vous le souhaitez, suivez un maître, un courant, une école … mais gardez toujours une fenêtre ouverte.
Cherchez, étudiez, échangez, doutez un peu si vous souhaitez vous améliorer.
Car le vrai danger n’est pas de se tromper.
Le vrai danger, c’est le jour où , parce que l'on croit savoir , on cesse d'apprendre.