12/04/2026
Pardon pour les trous dans vos tubes de bambou. Je sais ce que vous pensez. Hôtel à insectes, coquille vide, décoration. Rien de tout ça n'est vrai.
Je suis l'osmie rousse. Une abeille solitaire. Je n'ai pas de colonie, pas d'ouvrières, pas de reine à protéger. Il n'y a que moi. J'ai choisi vos tubes seule, et je n'ai rien à défendre avec un essaim parce qu'il n'y a pas d'essaim. Vous pouvez passer à dix centimètres de mon nid sans que je réagisse. Je suis occupée.
Je construis un garde-manger.
Chaque tube que j'occupe contient des cellules individuelles séparées par des cloisons de boue ou de feuilles mâchées. Chaque cellule contient une boule de pollen et de nectar, un œuf et c'est tout. Quand ma larve éclot, la nourriture l'attend. Elle mange, se nymphe dans le tube et reste là jusqu'au printemps suivant. Je n'hiverne pas dans le nid — j'y naîtrai l'année prochaine.
Je pollinise de mi-mars à fin mai, quand la plupart des autres abeilles ne sont pas encore actives. Je visite les cerisiers, les pommiers, les poiriers, les pruniers et les fleurs sauvages dans un rayon de 300 mètres autour du nid. Une osmie femelle visite jusqu'à 2 000 fleurs par jour — sans trier par race ou par variété.
Il existe trois espèces principales de maçonnes solitaires en France que l'on confond souvent.
L'osmie rousse (Osmia bicornis) : le corps de la femelle est brun-roux avec le ventre couvert de poils orangés denses qui servent à transporter le pollen. Elle occupe des tubes de 6 à 10 mm de diamètre, jamais plus larges. Les cloisons du nid sont en boue.
L'osmie cornue (Osmia cornuta) : légèrement plus grande, active dès février-mars sur les premières floraisons. La femelle porte deux petites cornes à la base du visage — visibles à la loupe. Elle préfère les tubes un peu plus larges et les tiges creuses de sureau.
L'osmie à ventre bleu (Osmia caerulescens) : plus petite, avec un reflet bleu-vert métallique. Elle ferme ses cellules avec des fragments de feuilles mâchées au lieu de boue, laissant une cloison verte reconnaissable à l'entrée des tubes.
Comment lire le nid :
- Cloisons de boue fraîche visibles à l'entrée — actif. Une femelle remplit les cellules. Ne touchez à rien.
- Entrée bien scellée, boue sèche et lisse — le nid est complet. Les larves se développent jusqu'au printemps prochain. Laissez en place.
- Tube ouvert avec un petit trou propre rond au centre de la cloison — les adultes ont émergé. La saison est terminée pour ce tube.
Quoi faire :
- Les tubes de 6 à 8 mm de diamètre, en roseaux secs ou en bambou, orientés plein est ou sud-est à 1,50 m du sol et protégés de la pluie sont les plus occupés.
- Sortez les tubes à l'automne pour les conserver dans un endroit frais (garage, cave) à l'abri des rongeurs — la chaleur précoce du printemps peut dérégler l'émergence.
- En mars, remettez les tubes en place et ajoutez des tubes neufs à côté des anciens.
J'ai l'air insignifiante. C'est tout le contraire. Vos fruitiers produisent parce que je suis là en mars.