08/01/2026
Absynthia Dolorem, la gardienne des rêves
Dans les ombres du Château des Devil’s, quand tout le monde dort et que les murs cessent de murmurer, Absynthia Dolorem commence sa ronde.
Sa fourrure blanche glisse comme un manteau de lune, et ses yeux vairons lisent ce que les humains oublient en s’endormant : les messages cachés dans leurs songes.
Absynthia est Oniromancienne.
Elle n’invente pas les rêves, elle les écoute, les déchiffre. Et lorsque le futur se montre un peu trop sombre, elle se permet parfois de le rendre... plus doux.
Dans la chambre de Mathias, le songe s’étire comme un ruban brouillé. Des phrases interminables se mêlent aux règles de français tombées du plafond.
Les accents circonflexes attaquent les élèves !
La prof exige que chacun conjugue le verbe croiver au futur plus-que-passé, c'est la panique !
Absynthia observe, réfléchit, puis effleure le rêve du bout de la queue. Les mots se délient, la classe devient une piste de course enchantée, et Mathias pé**le sur son Grand bi, poursuivi par un fantôme incapable de conjuguer correctement. À chaque bonne réponse qu’il donne, un speed bonus s'active et le propulse quelques mètres plus loin, étincelant comme un éclair de lune.
Le présage demeure, demain l’évaluation de français l’attend, mais la peur s’évanouit, remplacée par un souffle de malice.
Chez Aloïs, le songe est brumeux, fragile comme une bulle de cristal. Absynthia s’y glisse et y lit l’épreuve à venir : les horribles monstre-légumes de la cantine.
Elle choisit la voie la plus sûre : l’absurde.
Un Chevalier-Artichaut armé de cuillères en argent surgit, majestueux, chevauchant un escargot à vapeur.
Autour de lui, un orchestre de carottes joue du violonradicelle dans une salle de bal, des chandelles flottant dans les airs.
Le message est clair : demain demandera du courage pour arriver jusqu'au dessert, mais il sera possible de rire en chemin. Aloïs esquisse un sourire dans son sommeil, tandis qu’une étincelle de légèreté éclaire la brume de son rêve.
Plus loin, Absynthia apaise un autre présage : la narine de Verne, source de désordre nocturne récurrent au Château, prête à troubler la nuit entière. Un sort minuscule, presque invisible, et le château respire à nouveau dans un silence parfumé de magie douce.
Alors qu’elle se dirige vers le prochain rêve, un frisson parcourt le couloir. Quelque chose bouge. Une ombre à peine perceptible, mais beaucoup trop réelle. Absynthia sursaute, rebrousse chemin et bondit de frayeur dans le lit d’Aloïs.
Le garçon ouvre les yeux, surpris. « Absynthia ? Tu as eu peur ? » murmure-t-il en s’asseyant doucement à côté d’elle.
La petite oniromancienne tremble, les oreilles basses, les yeux mi-clos. « Chut… je suis là, tu es en sécurité. Rien de mauvais ne peut t’atteindre tant que je veille sur toi » souffle Aloïs en tendant sa main pour qu’elle s’y blottisse.
Absynthia se glisse contre lui, sentant la chaleur rassurante de sa paume. Peu à peu, son souffle se calme, son cœur ralentit, ses paupières s’alourdissent.
Et pour la première fois aussi, Absynthia Dolorem interrompt sa ronde nocturne, se laissant bercer par de beaux rêves soufflés par Aloïs lui‑même.
Au matin, le Château des Devil’s s’éveille dans une harmonie feutrée. Les lendemains sont là, fidèles aux songes, mais allégés, rendus plus doux.
Et l’on comprend alors une vérité ancienne, connue des chats depuis toujours : si chaque humain a besoin d’un chat pour veiller sur ses rêves, l’inverse est tout aussi vrai.
Même la plus grande des Oniromanciennes a parfois besoin d’un humain magique pour la protéger, quand la nuit devient un peu trop réelle.