30/05/2026
Ils menaçaient de s’asphyxier.
Trois chatons retrouvés dans un sac-poubelle à Romont
Un cruel cas d’abandon d’animaux domestiques à Romont rappelle l’enjeu de la stérilisation et du puçage. Le canton de Fribourg compte toujours autant d’animaux domestiques abandonnés, regrette la SPA.
« J’ai aperçu une poubelle qui bougeait en contrebas de ma terrasse.» C’est à une scène lugubre qu’a été confrontée Laura* en cette fraîche matinée du 15 mai, alors qu’elle sortait pour replacer la bâche de son grill arrachée par le vent.
«J’entendais couiner. J’ai pensé que c’étaient des rats», relate cette habitante du quartier du Pré-de-la-Grange à Romont. Elle appelle son fils pour ouvrir le sac pourtant bien ficelé.
Sauvés de l’asphyxie
A l’intérieur, ils y découvrent trois chatons en danger d’asphyxie. «Ils miaulaient, soufflaient. Ils étaient apeurés.» Choquée, Laura les amène chez elle et appelle aussitôt un vétérinaire qui la réoriente vers l’association payernoise Un Cœur pour Miracle. Le temps de les laver, puis elle conduit les trois rescapés chez une gardienne d’animaux de l’association, qui les soignera jusqu’à l’âge de 3 à 4 mois (lire ci-dessous).
Les trois chatons pris en photo au moment de leur prise en charge.DR
«J’espère que l’on retrouvera qui a fait ça, mais je doute qu’on y parvienne», partage la femme qui n’exclut pas que l’auteur les ait sciemment laissés là, sachant qu’elle élève des chats. «Si c’est le cas, j’aurais quand même aimé qu’ils sonnent au moins à la porte.»
«Cet abandon nous a heurtés. Nous récupérons énormément de chats abandonnés. Mais ici, c’est la méthode qui choque», commente Fabienne Rohrbach, fondatrice et présidente d’Un Cœur pour Miracle. A travers ce cas, c’est la problématique des abandons sauvages et de l’importance de la stérilisation des chats de maison qu’a voulu médiatiser cette association créée en 2022 à Payerne pour venir en aide aux chats.
« Trop de gens ne stérilisent pas leurs ch**tes »
Fabienne Rohrbach·Présidente de l’association Un Cœur pour Miracle
«Malheureusement, nous sommes dans une situation où trop de gens ne stérilisent pas, déplore-t-elle. Une ch**te représente deux à trois portées par année.» A elle seule, l’association accueille entre 150 et 200 chats errants ou de particuliers par an, dans la région valdo-fribourgeoise. Actuellement, elle en accueille une septantaine.
Surtout au printemps
L’abandon est un phénomène particulièrement marqué au printemps, période de forte natalité. «On a aussi beaucoup de naissances vers août et septembre. Entre deux, on se retrouve avec les vacances, où beaucoup de chats sont aussi abandonnés», observe la présidente.
Un Cœur pour Miracle s’appuie sur un réseau de 27 familles d’accueil pour placer les félidés qu’elle sauve, dans l’attente de leur adoption. Mais elle est toujours en quête de nouvelles familles d’accueil pour répondre au besoin criant. Et qui ne touche pas que cette association.
«Malheureusement, le nombre d’animaux abandonnés ne diminue pas. Nous avons toujours des listes d’attente», abonde Magali Kreienbühl, vétérinaire au refuge de Font de la Société de protection des animaux (SPA) de Fribourg. «Nous avons recueilli 360 chats en 2025, dont 109 chatons, tous issus de mamans errantes.» La SPA Fribourg héberge actuellement 98 chats, dont plusieurs femelles avec leur portée.
Démographie galopante
«La castration et la stérilisation des chats errants est notre principal cheval de bataille, relève la vétérinaire. On a malheureusement énormément de chats errants dans le canton.» Si leur nombre n’est pas connu, cette population est estimée à 220 000 individus au niveau suisse par la Protection suisse des animaux (PSA). Autre indicateur: la population des chats enregistrés dans le canton a plus que triplé en dix ans, passant de 9777 individus en avril 2016 à 35 192 en avril 2026, selon la société Identitas.
La SPA Fribourg a subventionné à hauteur de 20 000 francs (en partie financés par la PSA), la castration ou stérilisation de 558 chats durant sa campagne de 2025. A quoi s’ajoute la stérilisation de 84 chats directement pris en charge par la SPA. Le coût de l’opération est estimé par la vétérinaire entre 220 et 300 francs pour une femelle et 95 et 130 francs pour un mâle. «Le vétérinaire fait un geste, la SPA paie une partie, mais la personne qui amène le chat doit payer le solde.»
La présidente d’Un Cœur pour Miracle, qui mène aussi des campagnes – avec environ 60 stérilisations et castrations en 2025 et déjà 40 en 2026 – souhaiterait pour sa part que celles-ci soient rendues obligatoires: «Ce serait plus logique que les naissances soient contrôlées en élevage, comme pour les chats de races.»
Refus du Conseil national
Fabienne Rohrbach identifie plusieurs problèmes à la surpopulation de chats, dont la prédation d’oiseaux et de rongeurs ou la consanguinité. Mais aussi la propagation de maladies. «Nous testons tous les chats par des tests FIV/FeLV (sida des chats, ndlr) avant de les placer», ajoute-t-elle. «On leur pose aussi une puce électronique.» Ce, en dépit du refus en mai 2025 par le Conseil national d’une proposition visant à rendre obligatoire l’identification électronique des chats. Une décision incomprise sur le terrain. «Ce sont des gens qui ne sont jamais venus dans refuge», fustige aussi Magali Kreienbühl.
Une délicate phase d’apprivoisement
«Ils devaient bien avoir entre trois et quatre semaines», se souvient Sandra Schneuwly. Cette gardienne d’animaux a biberonné, puis accompagné les trois chatons lors du transfert de la nourriture liquide vers le solide qui s’opère normalement en douceur au contact de la maman. «Ils ont un peu vomi et eu de la diarrhée», évoque la gardienne, qui a dû se rendre chez le vétérinaire.
Aujourd’hui, la fratrie prend encore un traitement pour la flore intestinale et des antivomitifs pour 2-3 jours. Elle reçoit aussi un complément en calories.
Sandra Schneuwly a aussi aperçu certains troubles du comportement chez ses protégés. «La plus petite des trois, Hope, se mettait en boule, faisait le dos rond et s’urinait parmi, dès que je l’approchais de trop près avec la main ou si je parlais trop fort.» Elle évoque aussi les attitudes troublantes de Néo, le tigré noir et blanc, et de Phénix, le tigré: «Quand je les approchais, ils se cachaient dans les coins du carton, comme s’ils étaient punis.»
Pour leur apprendre à faire leurs besoins, Sandra Schneuwly a dû user de différentes techniques: stimuler leurs intestins avec une lavette, les masser après le biberonnage, ou encore leur mimer le geste de gratter le sable pour leur donner le réflexe du lieu où faire leurs besoins.
Autant d’efforts utiles. «Aujourd’hui, ils me font confiance. Mais si une nouvelle personne vient, ils ont encore peur. Mon travail est qu’ils reprennent confiance en l’humain.» Certaines phases d’apprentissage (jeu, morsure, toilette) se réalisent par l’imitation de chats adultes qui vivent sous le même toit.
«L’important est qu’ils soient bien dans leur tête avant d’être en contact avec des adoptants», justifie la gardienne. Les trois chatons partiront vaccinés, déparasités, vermifugés et pucés. Le contrat d’adoption contiendra aussi certaines clauses. Dont celle de se faire stériliser. Ce qui ne peut être fait avant six mois.
Des cas punis par la loi
L’association Un Cœur pour Miracle indique avoir écrit au vétérinaire cantonal et à la police pour les informer du cas romontois. Contactés, ni l’un ni l’autre n’en avaient pris connaissance.
«L’abandon est pénalement répréhensible», précise toutefois Lisa Lenz, chargée de communication à la police cantonale, qui renvoie à l’article 26 de la loi sur la protection des animaux (LPA). La police ne tient pas de statistiques des abandons. Ce d’autant plus qu’«il est difficilement possible d’identifier le propriétaire», ajoute-t-elle.
Aucune statistique non plus au Service de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (SAAV). On y estime néanmoins que «ce type de signalement demeure très rare», selon Fiona McCullough, chargée de communication.
Ce service de l’Etat nous renvoie à son tour vers les refuges et la SPA pour plus d’informations. Le SAAV confirme que c’est dans le cadre privé que sont régulièrement menées des campagnes de stérilisation pour limiter la prolifération des chats.