09/27/2025
Être un bon éleveur aujourd'hui est loin d'être aussi évident que l'on pourrait ce l'imaginer.
La question m’est souvent posée : « Comment savoir si le chien que je me procure aura une bonne santé ? »
Être un bon éleveur et produire des chiens en santé ne se limite pas à accoupler deux chiens de race.
1. La consanguinité
C’est un facteur essentiel à surveiller. Accoupler des chiens de la même famille (frère, sœur, cousin, mère, etc.) peut causer de nombreux problèmes de santé.
Ici au Québec, la variété génétique du Dogue de Bordeaux est limitée, ce qui rend difficile de connaître la génétique exacte sans pedigree. La consanguinité affaiblit le système immunitaire et réduit l’espérance de vie 2 a 5 ans pour les chiens qui ont ce problème (en général mes chiens vivent de 7 à 10 ans ).
Pour ne pas avoir ce problème, j’ai importé de nouvelles lignées européennes afin de diversifier mon cheptel et améliorer la santé générale de mes Dogues de Bordeaux.
2. Les hypertypes
Les hypertypes consistent à accentuer à l’extrême certains traits physiques d’une race (nez trop plat, ossature trop lourde, épaules exagérément larges, etc.).
Mes 10 premières années d’élevage ont été consacrées au Bulldog anglais, une race malheureusement touchée par l’hypertype. Ces exagérations, souvent recherchées pour l’apparence, causent de sérieux problèmes de santé : troubles respiratoires, espérance de vie réduite et fragilités multiples.
J’ai donc pris la décision d’arrêter l’élevage du Bulldog anglais et de ne plus encourager ces pratiques.
Petite anecdote : j’ai déjà acquis un très gros mâle Dogue de Bordeaux hypertype, reconnu sur les réseaux sociaux. Après seulement 30 minutes de route, il est décédé d’une crise cardiaque dans ma voiture. J’ai été déçu par l’événement, mais soulagé de ne pas avoir introduit sa pathologie dans mes lignées.
3. Les principales préoccupations de santé
Chez le Dogue de Bordeaux, les deux grands problèmes sont :
la dysplasie de la hanche
les problèmes cardiaques
Dans mon élevage, à ce jour, aucune crise cardiaque n’a été répertoriée dans mes lignées.
Concernant la dysplasie, selon la méthode AIS PennHIP, environ 90 % des Dogues de Bordeaux dans le monde présentent au moins une forme légère de dysplasie. Cela ne signifie pas qu’ils auront forcément des symptômes ou de la douleur : de nombreux chiens vivent très bien avec une dysplasie légère à modérée. Grâce à une sélection rigoureuse depuis mes débuts, j’ai réussi à éliminer les cas graves. Après 14 ans de travail et de radiographies vétérinaires, j’ai trouvé un couple certifié sans dysplasie par l’OFA : mon mâle Balthazar et ma femelle Saphir.
Cependant, sur les 20 Dogues de Bordeaux de différentes lignées radiographiés au fil des années, 18 ont présenté une certaine forme de dysplasie. Si je n’avais accouplé que des chiens totalement exempts de dysplasie, je n’aurais jamais pu débuter mon élevage. Certaines races, comme le Dogue de Bordeaux, peuvent très bien vivre avec une dysplasie légère à modérée.
À titre d’exemple, le Bulldog anglais est presque toujours affecté par une forme de dysplasie. Pourtant, durant mes 10 années d’élevage, je n’ai jamais reçu de plaintes concernant leurs hanches ou coudes. À l’inverse, dans mon élevage de Cane Corso, les chiens présentant une dysplasie voyaient leur qualité de vie fortement affectée.
En Europe, lorsqu’un Dogue de Bordeaux est radiographié et reçoit une note LOF, cela indique qu’il présente au moins une petite dysplasie. Les notes vont de A à E : A signifie hanches normales, tandis que C, D ou E reflètent différents degrés de dysplasie. Il est rare de voir deux reproducteurs notés A s’accoupler, mais cela arrive. Pour ma part, je vais me faire venir un mâle de France dont les deux parents sont A. Mais attention : ce n’est pas parce que les deux parents sont exempts de dysplasie que leurs chiots le seront forcément.
3b. La dysplasie et l’impact de l’environnement
Même si les deux parents sont exempts de dysplasie, le chiot peut développer une dysplasie si son environnement n’est pas optimal. Une croissance trop rapide, un poids excessif, un exercice inadapté ou une alimentation déséquilibrée peuvent provoquer ou aggraver des problèmes articulaires.
En revanche, avec des parents sains et un environnement parfaitement contrôlé (croissance adaptée, poids équilibré, alimentation de qualité, exercice modéré), le chiot aura très probablement des hanches et des coudes sains, et le risque de dysplasie grave reste extrêmement faible.
4. Ma façon de sélectionner et d’améliorer mes reproducteurs
Quand je garde des femelles comme relève, je ne les reproduis pas toutes. En moyenne, seulement 2 femelles sur 3 sont jugées assez bonnes pour être intégrées à mon programme. L’autre est écartée si je constate un défaut ou un risque pouvant nuire à mes lignées.
À chaque génération, je garde ensuite les chiots les plus prometteurs afin de poursuivre mon travail de sélection.
Grâce à cette méthode, j’ai réussi à :
éliminer les babines trop pendantes qui causent une bave excessive
éliminer les allergies alimentaires
prêter attention aux mâchoires et aux cas de prognathisme supérieur (overbite)
C’est un travail de longue haleine : à chaque génération il faut trouver un mâle qui n’apporte pas de nouveaux défauts et qui n’aggrave pas ceux déjà éliminés.
5. Respiration et confort
Le Dogue de Bordeaux n’est pas un chien brachycéphale extrême, mais comme toutes les races à museau court, il peut être plus sensible aux grandes chaleurs ou aux efforts intenses.
Dans mon élevage, je sélectionne des chiens qui respirent bien et dont le museau est suffisamment développé pour favoriser une bonne oxygénation. Cela dit, cela ne veut pas dire qu’ils ne ronflent pas : attendez-vous à de bons ronflements !
Mon objectif est de produire des compagnons robustes, équilibrés et confortables au quotidien.
6. Entretien
Le Dogue de Bordeaux est robuste, mais certains soins sont essentiels :
Entropions légers : paupières légèrement tournées vers l’intérieur. Aucun cas grave dans mon élevage.
Plis de peau sous les yeux : à nettoyer régulièrement pour éviter irritations et infections.
Oreilles pendantes : à nettoyer fréquemment avec une lingette humide, surtout après le bain, pour prévenir les otites.
Hernie ombilicale : environ 10 % des chiots. La plupart sont mineures et esthétiques. Si elle ne se referme pas naturellement, il est conseillé de la retirer lors de la stérilisation (opération mineure, coût