05/21/2026
Une journée dans la vie d’un éleveur… Qu’est-ce qu’on a fait hier ? Attachez votre tuque. Hier, c’était folklorique 😌 La maison des fous version chats en 40 étages, 600 bureaux et 50 escaliers.
Réveil : 6h30. Enfin... officieusement, parce qu’avec les deux Chipies et les deux Korriganes actuellement dans la chambre, le concept même de sommeil relève davantage du mythe que d’une activité réellement pratiquée. Donc debout à 5h50. Tournée des litières. Sortie des chiennes. Routine habituelle. Le café ? Ah ben non. Comme d’habitude, il a été sacrifié sur l’autel du chaos quelque part entre 7 et 8 :D
J’embarque Tennessee, les papiers d’export d’Alia et direction le bureau avec un crochet par l’ACIA. L’ACIA, ou Agence canadienne d’inspection des aliments. Qui, comme son nom ne l’indique absolument PAS, doit aussi valider les exportations d’animaux de compagnie. En les considérant plus ou moins avec autant d'empathie et de sentiments qu'une carotte (ouais, j'exagère à peine).
Et c’est là... LÀ... que ma journée est entrée dans une autre dimension.
— Madame, on doit aussi inspecter la cage et elle doit être scellée.
— Ah non, je suis désolée, mais ce n’est pas le cas.
— Si, c’est le règlement.
— Depuis quand ?
— Depuis toujours.
— On ne m’a jamais demandé ça.
— Ben si. Moi ça fait plus de 15 ans que je travaille ici et ça a toujours été comme ça.
À ce stade-là, cher lecteur, chère lectrice, notre conversation est audible sur Mars, la secrétaire est planqué sous son bureau d'où elle fait semblant d'être captivée par la rédaction d'un mail de 300 pages et mon dernier neurone est déjà en train de demander l’asile politique. Le laisser-passer A38 pour l'asile, c'est à quel étage, escalier combien, bureau combien qu'on le dépose ? Pour immatriculer une galère, vous devez demander au port, c'est en bas de la ville, près de la mer... Sauf que voyez-vous, le fameux argument du "Moi Madame, ça fait 15 ans que je fais ça.", il vient avec son prédateur naturel :
— Et moi ça fait plus de 15 ans que j’exporte des chats. 😌
Grand silence en face durant lequel j'en profite pour enfoncer le clou :
— Donc vos collègues avec qui j’ai travaillé pendant QUINZE ANS étaient quoi exactement ? Des rebelles administratifs ou de pures incompétents ?
Parce qu’il faut comprendre ce qu'on me demande : les scellés, ce sont des fermetures qui empêchent l’ouverture de la cage avant les douanes du pays d'arrivée.
Maintenant faisons un peu de math :
📍 Véto : Boucherville. Rendez-vous : 30 min.
📍 ACIA : St-Hyacinthe. Rendez-vous : 30 min.
📍 Vol Europe. Aéroport : Dorval. Arrivée exigée avant le vol : 4h.
Temps de route : environ 1h30 (hors trafic, c'est Montréal, exagérons pas).
Temps de vol : 7h. Temps aux douanes : 1h30.
Résultat ? Si vous avez pas fait maths, c'est pas grave, je vous épargne ça, je les ai faits pour votre information personnelle. Et celle de l'ACIA. Ça fait un chaton de 4 mois enfermé potentiellement 16h30 dans une cage. BEN OUI TOI, CHOSE !
— Pour être claire, vous me demandez d'enfermer le chat sans possibilité de se dégourdir les pattes, d'aller faire ses besoins, d'être nourri, abreuvé pendant près de 17 heures ? Alors même que votre règlement exige qu'on puisse le faire ? Il n'y a pas de problème, mais dans ce cas, vous me donnez votre nom et je porte plainte pour maltraitance animale et incitation à la maltraitance.
Et là, je crois que c'est sa santé mentale qui a commencé à remplir elle même le formulaire A38 😌 Finalement, Madame disparaît avec les papiers. 15 minutes plus t**d, elle revient. Avec le règlement imprimé. Et un ton soudainement beaucoup plus doux :
— Ah ben finalement... pas besoin des scellés puisque vous voyagez AVEC le chat.
SILENCE. SILENCE ABSOLU. À ce stade, j’ai regardé le plafond. Le plafond m’a regardée. Nous avons partagé un moment. J’ai respiré. Très fort. Parce que non, on n’allait pas finir la journée avec un homicide administratif finalement 😌... Mais l’univers n’en avait pas terminé avec moi.
— Ah mais par contre, comme c’est un mouvement commercial, il fallait faire signer ça 48h avant. Faudra revenir demain.
.. Pardon ?
— Vous vous foutez de moi ? J’ai demandé si les délais étaient corrects quand j’ai pris rendez-vous.
— À qui ?
— À votre bureau.
Néant cérébral en face.
— Ici. Quand j’ai appelé.
Encéphalo plat. J'insiste :
— Quand j'ai pris rdv.
— Non mais ce n’est pas la compagnie aérienne qu’il faut appeler.
.. Je parle quelle langue exactement là ??? 😭 Et donc me voilà repartie avant de céder à une envie irrépressible qui vous aurait menés à m'amener des oranges dans un lieu sans fenêtre et éventuellement une chemise qui se boutonne dans le dos. Retour voiture. Retour téléphone. Retour appels. Je pense avoir rappelé l’ACIA une quinzaine de fois dans la matinée. À ce stade, ce n'était plus une exportation féline. C'était une épreuve olympique administrative.
Après... direction le bureau. Enfin plus exactement : un Tim proche du prochain rendez-vous, vu que j'étais à la bourre. Oui, parce que contrairement à ce que semblait croire cette charmante dame ce matin-là : Y’EN A QUI BOSSENT 😌
Puis il y a eu Tennessee 🤍 Son départ vers sa nouvelle famille. Des gens adorables qui vont la gâter. Tennessee prend sa retraite tôt, mais je suis de celle qui crois que rien n'arrive par hasard. Quand cette famille m'a contactée, à la recherche d'un retraité et que Tennessee était la plus désignée pour eux, je n'ai pas hésité une seconde à la stériliser pour la leur confier et lui donner une belle vie. Un rayon de soleil donc dans ma journée. Le genre de rencontre qui rappelle pourquoi on fait tout ça. D’un coup... la maison des fous avait laissé un peu de place au soleil.
18h : retour chez le vétérinaire pour refaire signer les papiers d’Alia (merci ma vet ❤️).
Puis enfin… maison.
Ma vie est un long fleuve tranquille 😌 Ou pas...